Discours et communiqués de presse
Discours de Renaud Donnedieu de Vabres
CONVENTION UMP/CULTURE

mardi 24 janvier 2006

Mes chers amis,

Merci, cher Francis Nani, de nous accueillir dans ce théâtre. Pour commencer par un clin d’œil à Laurent Baffie et à la pièce qui se joue ici tous les soirs, je souhaite qu’en ce lieu, nous réfléchissions, non pas aux TOC, troubles obsessionnels compulsifs de la société française, mais au TOC : le théâtre ouvert de la culture !

Merci, cher Nicolas, d’avoir décidé de tenir cette convention dans un lieu de spectacle vivant. C’est une marque de l’importance que notre mouvement accorde à la culture vivante, à l’alliance féconde du patrimoine et de la création. Choisir la culture comme thème de la première convention de cette année utile, décisive, pour l’action et pour la préparation de l’avenir, c’est une reconnaissance de ce que signifient la culture et la communication dans la vie des Français aujourd’hui.

Ne nous y trompons pas : vous allez, nous allons, tous ensemble, réfléchir et débattre de l’essentiel.

Parce que la place de la culture dans notre société, dans notre République, dans notre vivre ensemble n’est pas une place annexe, accessoire ; parce que la politique culturelle est d’abord une grande ambition collective ; parce que la culture et la communication sont l’expression de notre cohésion nationale, comme de notre rayonnement international.

Créer, partager, mettre en commun, échanger et transmettre les idées, les œuvres, les projets : que les missions du ministère que j’ai la chance et la charge d’animer soient au cœur de l’actualité, ce n’est ni un hasard, ni le fruit des circonstances. J’y vois une confirmation que face aux violences du monde et de notre société, face au désenchantement, voire à « l’ensauvagement du monde », c’est par la culture que la France est plus ancienne qu'elle ne le sait, plus grande qu'elle ne le croit, plus audacieuse, plus généreuse qu'elle ne l'imagine. Que la France déborde ses frontières, par sa langue, par ses œuvres, par son histoire, par son destin. Une France qui porte dans le monde un message de respect, de dialogue, de solidarité, de diversité. Un message qui est confronté à de nouveaux défis, à de nouvelles fragilités, à de nouvelles fractures, mais un message plus que jamais nécessaire, pour créer une dynamique de confiance, pour refuser la spirale des peurs et pour rassembler, pour réconcilier les Français autour de valeurs communes et partagées.

Quelles sont ces valeurs ?

L’autre, quel qu’il soit, n’est pas une menace, même s’il est une force émergente, et parfois provocatrice, dès lors que soi-même on se sent reconnu, soutenu, respecté dans sa propre identité.

Dans ce monde, la diversité culturelle n’est pas seulement devenue un nouvel élément du droit international avec l’adoption le 20 octobre dernier, de la convention de l’Unesco, mais surtout une vraie valeur. Une valeur essentielle qui offre la meilleure réponse à la mondialisation, faite de rêve, de dynamique, de respect, de création.

Cette diversité culturelle est brillante, foisonnante, mais aussi fragile. Elle est notre fierté, elle est notre richesse. Une richesse qui vient des différences, reconnues et respectées. Une richesse fondée sur la conviction que la création, dans toutes ses expressions et sous toutes ses formes, et même si elle a une dimension économique ou industrielle, indispensable, n'est pas, ne peut pas être et ne sera jamais une marchandise comme une autre, soumise aux seules lois du marché. C’est justement pour cette raison qu’elle est fragile.

La diversité culturelle est d’abord le fruit du travail, oui, du travail des créateurs, des artistes et des acteurs de la culture. Ils nous font partager leurs rêves. Ce sont eux, aussi, qui réalisent les créations qui nous procurent un environnement culturel d’une qualité sans équivalent dans le monde, qui fait partie intégrante de notre qualité de vie, au même titre que la pureté de l’air que nous respirons, la diversité de l’environnement naturel que nous voulons préserver, la beauté des sites et des paysages que nous aimons. Une qualité qui fait de notre pays l’une des toutes premières destinations des voyageurs du monde. Un patrimoine exceptionnel, des créations rayonnantes : telles sont les forces de notre culture, que je souhaite mettre au service de l’attractivité de la France.

La mission d’intégration et de cohésion sociale qu’ont assumée peu à peu, tout au long de l’histoire, au même titre que l’école, notre patrimoine et nos institutions culturelles, n’a cessé de croître en même temps que leur ouverture au plus grand nombre, et leur triple rôle, en faveur de l’identité nationale, du rayonnement international et du développement économique.

Le secteur culturel génère directement et indirectement, 450 000 emplois dont un peu plus de la moitié au sein des entreprises du disque, du cinéma, de l’audiovisuel et du livre, et l’autre moitié se répartissant entre le spectacle vivant et le patrimoine.

La diversité culturelle, ce sont aussi des nouveaux circuits de distribution, des nouvelles technologies, des nouveaux médias, qui permettent l’accès du plus grand nombre à la culture.

C’est au nom de cette diversité culturelle que j’ai tant tenu, dès mon arrivée rue de Valois, à renouer les fils du dialogue avec les artistes et les techniciens du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, ainsi qu’avec tous les créateurs et les acteurs de la culture, afin d’organiser une véritable réflexion collective, une mobilisation politique.

C’est un défi de taille, pour lequel j’ai besoin de votre soutien, que celui de la vraie négociation que j’ai obtenue et qui commence le 14 février prochain, sur les annexes 8 et 10 de la convention générale d’assurance chômage qui concernent, vous le savez, les artistes et les techniciens.

Dans ce domaine, l’Etat est là aussi pour donner tous les moyens, notamment intellectuels, et pas seulement matériels, de la rencontre entre la profusion des propositions artistiques et celle des désirs de culture qui s’expriment partout sur notre territoire. C’est pour moi la plus haute ambition et le plus puissant motif d’action. L’Etat n’est pas seulement un guichet. C’est un fédérateur d’énergies, un déclencheur de partenariats, un moteur de la pluralité des politiques culturelles, un gardien vigilant de l’éthique.
Oui, c’est l’ensemble de la société que nous devons mobiliser dans ce combat, où je suis fier d’emmener aussi mes collègues ministres de la culture européens, à la suite des rencontres que j’ai organisées ici même au Palais-Royal, à la Comédie Française, avec 800 artistes et créateurs de toute l’Europe. Le mot de Milan Kundera, selon lequel « l’aspiration européenne correspond à une ambition culturelle », demeure plus actuel que jamais. Parce que 70 % des films projetés dans les salles de cinéma de l’Union Européenne sont américains, je suis fier de promouvoir le cinéma français en Europe. Savez-vous que, pour la première fois l’an dernier, le nombre de spectateurs des films français hors de France a dépassé celui des spectateurs dans notre pays ?

Parce que l’Europe ne peut rester à l’écart de la nouvelle géographie des connaissances sur les réseaux d’aujourd’hui, je suis fier de faire avancer le projet de bibliothèque numérique européenne lancé par le Président de la République.

Parce que, comme l’a dit Dominique de Villepin à la FIAC le 10 octobre dernier, un pays qui crée va de l’avant, s’adresse à son temps et au reste du monde, parce que la création artistique et culturelle, au-delà de l’expression vivante de notre patrimoine, de notre identité et de nos racines, est un facteur majeur de l’attractivité de la France, je suis fier de mettre en œuvre les mesures, notamment fiscales, annoncées par le Premier Ministre en faveur des artistes, pour lever les blocages qui affectent le marché de l’art et pour permettre à l’Etat de mieux accompagner, de mieux identifier et de valoriser les jeunes talents dans tous les domaines. Je pense, bien sûr, non seulement aux arts plastiques, mais aussi à la création audiovisuelle et numérique.

Je suis fier des combats que nous avons gagnés, de ceux que nous menons et de ceux qui sont devant nous. Mais pour les mener à bien j’ai besoin de vous, de votre soutien, actif et critique, de vos réflexions, de vos propositions, de vos projets et de vos énergies.

Parmi les défis qui sont devant nous, je pense aux jeunes plasticiens qui remportent un remarquable succès public au Palais de Tokyo en ce moment même, et qu’il nous faut encore davantage stimuler et encourager. Ce sera notamment la mission d’une autre exposition que nous préparons pour le printemps en hommage à la création française, au Grand Palais, qui est redevenu un lieu phare de notre rayonnement culturel et artistique. Ce peut être encore la mission d’un autre lieu exceptionnel, dans les Hauts-de-Seine, cher Nicolas, l’Ile Seguin, qui pourra accueillir des résidences, des ateliers, des écoles d’artistes et leur donner une nouvelle visibilité. Il nous faut aussi continuer à ouvrir davantage notre patrimoine à tous et à toutes. Après le succès de l’opération « Les portes du temps », qui a permis l’été dernier à 10000 jeunes des quartiers d’Ile de France de découvrir le magnifique château de Fontainebleau, ce sont 18 sites et monuments historiques prestigieux, partout en France, qui ouvriront leurs portes cette année, pendant les vacances scolaires aux jeunes, qui n’auraient sans doute pas osé les franchir.

Oui, l’un des plus grands défis qui se trouve devant nous, c’est celui de l’éducation artistique et culturelle. Dans ce domaine, nous avons, nous le savons, un important retard à rattraper. L’éducation artistique et culturelle est l’un des fondamentaux de l’enseignement. Et j’allais dire, de l’éducation civique.

Elle incarne en effet le rôle de la politique culturelle dans son essence civique la plus centrale : forger une cité par le partage de règles et d'une identité commune, établir l'harmonie entre le "je" individuel et le "nous" républicain.

Dans un monde inquiet, divisé par les mémoires, la culture demeure ce passeur entre les temps qui accomplit, ce que Proust disait de la lecture, "ce miracle fécond d'une communication au sein de la solitude".

Oui, la culture est un antidote à la violence, car elle nous invite à la compréhension d’autrui et féconde la tolérance, en nous incitant à partir à la rencontre d'autres imaginaires et d'autres cultures.

Nous sommes dépositaires de cet héritage, fait de respect de la liberté individuelle et de ciment collectif, ce qui nous oblige à la fois à le faire partager, mais aussi à l'entretenir, sachant que la création d'aujourd'hui sera le patrimoine de demain.

L’accès à l’art et la culture, la pratique artistique et culturelle, sont des facteurs d’épanouissement personnel, d’ouverture sur le monde et la société. Le développement des actions culturelles en faveur des quartiers en difficulté s’inscrit, par conséquent, dans l’action que nous devons mener tous ensemble en faveur de l’égalité des chances.

C’est pourquoi, je suis si attaché à l’engagement et à l’action de l’Etat. Nous n’avons, dans ce domaine, de leçons à recevoir de personne !

L’Etat doit assumer, en effet, avec fierté, sa fonction de garant de l’indépendance et de la liberté artistiques. Et, dans un monde de violences, de troubles identitaires, en quête de sens et de repères, pour affirmer la force motrice et réconciliatrice de la culture.

Alors que la révolution numérique et la mondialisation marquent un changement d'ère, le passage d'une rive à l'autre comme le disait Chateaubriand en évoquant la révolution, il nous faut prendre l'initiative, pour restaurer une vision adaptée à notre temps et dégager les marges de manœuvre pour la mettre en œuvre.
Oui, la France dont nous sommes fiers, la France du patrimoine, la France aux mille festivals, qu’illustre très bien l’affiche de cette convention, notre France est forte de sa créativité, de son dynamisme, de ses capacités d’innovation et d’invention, de ses succès technologiques. Ce sont de grands atouts dans l’ère numérique qui fait désormais partie de notre vie quotidienne.

Sur Internet, qui est d’abord une formidable liberté, une chance magnifique pour la culture, nous avons aussi à permettre le développement d’une offre légale, riche et diversifiée, et le respect des créateurs sans lesquels il n’est pas de création. Je suis heureux de le dire, moi qui suis l’un des tout premiers responsables politiques à avoir ouvert un blog, devant les militants d’une formation pionnière et exemplaire sur Internet. La démarche du Gouvernement et celle de l’UMP avec Nicolas Sarkozy est la bonne : oui, après la charte que nous avions signée ensemble sur la musique, après l’accord sur le cinéma à la demande, que j’ai obtenu en décembre, il s’agit de concilier les droits et les libertés des artistes, et des internautes.

Dans ce domaine aussi, nous inventons l’avenir, non pas une fois pour toutes, mais pas à pas, résolument, en franchissant une étape après l’autre.

Je suis heureux, sur un sujet où l’équilibre, le courage, la lucidité sont des fondamentaux, d’avoir bénéficié du soutien éclairé du Président de la République, du Premier ministre et du Président de l’UMP. Et si cette addition des énergies était, d’ailleurs, le gage des stratégies gagnantes ? Nous avons ainsi des principes d’action simples et clairs, contrairement aux déclarations des socialistes qui ne cessent de se contredire entre eux, hésitant entre le respect de principes dont ils n’ont plus le monopole depuis longtemps et la ligne de plus grande pente de la démagogie. Leur seule proposition c’est d’attendre, c’est l’immobilisme. C’est révélateur de leur absence de projet, de leur incapacité à envisager l’avenir. Alors que sur des sujets de société aussi importants, l’idéal serait de parvenir à une solution acceptée par tous, sans pour autant qu’elle devienne grise. La dureté des temps, les exigences et les impatiences de nos concitoyens, ce n’est pas un renoncement, ni la grisaille. L’avenir n’appartient pas aux chantres du déclins, mais à ceux qui s’engagent fortement.

Cette convention contribuera à nous doter sur la culture d’un projet clair et lisible par tous. Je tiens à vous en remercier. Je vous l’ai dit, soyez fiers ! Soyez forts ! Allez partout à la rencontre, où l’on vous attend mais aussi où l’on ne vous attend pas, là où ça bouge, là où ça dérange peut-être, et surtout !

Oui, partout, soyez présents et actifs, porteurs des valeurs d’union, de rassemblement, d’ouverture d’esprit, d’intelligence et d’humanisme, qui sont au cœur de la culture et de la culture de notre mouvement populaire !


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