Discours et communiqués de presse
Transmission et enseignement du théâtre
Théâtre de Chaillot
15 mai 2006

Monsieur le Directeur de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, cher Jérôme Bouët,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de m'associer à votre réunion au Théâtre National de Chaillot et je remercie son directeur, Ariel Goldenberg, de nous accueillir tout au long de cet après midi. Dès le 5 octobre dernier, lors de la présentation aux professionnels et à la presse de mon action en faveur du Théâtre, j'avais annoncé que la création d'un Diplôme d'Etat d'Enseignement du Théâtre constituait une des initiatives les plus importantes du ministère de la culture et que je réunirai le 15 mai 2006 tous ceux qui ont contribué à sa mise en œuvre.

C'est donc avec fierté que je vous retrouve aujourd'hui, vous les premiers titulaires de ce diplôme, et vous tous qui avez apporté votre concours à la conception et à l'organisation d'épreuves qui se sont déroulées en 2005 et 2006 sur tout le territoire national.

Des épreuves qui auront été le fruit d'une collaboration exemplaire entre des professionnels d'horizons très variés et des services de la DMDTS que vous ne m'en voudrez pas de remercier plus particulièrement pour avoir permis, par leur engagement et leur compétence, de faire de cette entreprise une complète réussite.

Vous le savez, j'ai fait des métiers de la culture, et plus particulièrement de ceux du spectacle vivant, l'une des priorités de mon action, parce que vos activités reposent sur la conjugaison du travail et du talent et parce que depuis que je suis ministre de la culture, je n'ai cessé d'œuvrer pour la reconnaissance par le plus grand nombre de nos concitoyens de ce travail et de ces talents.

Et si vos expériences sans cesse renouvelées sont au cœur de vos métiers, votre capacité à transmettre en est aussi constitutive, comme le prouve le succès de ce " D.E. ", créé cette année. Je suis très heureux de l'adhésion de la profession théâtrale, tous âges et toutes expériences confondus, à ce diplôme qui a connu un véritable engouement dès sa mise en place : près de 850 candidats ont été admis à se présenter aux épreuves et vous êtes 319 à les avoir passées avec succès. Je tiens à vous en féliciter personnellement.

" L'art du théâtre ne prend toute sa signification que lorsqu'il parvient à assembler et à unir ", disait Jean Vilar. Vous êtes les artisans de ces liens profonds, solides, qu'il vous revient de tisser avec le public le plus vaste possible. Or, au théâtre, comme dans tous les autres domaines artistiques, tout passe d'abord par la découverte et la formation. C'est pourquoi, je tenais à échanger avec vous sur le sens et l'importance de la transmission et de l'enseignement du théâtre aujourd'hui.

En partant de vos motivations, de vos parcours, de la perception que vous avez de votre métier, je voudrais que nous réfléchissions ensemble à la place du théâtre dans notre pays, à la mission que vous vous êtes vous-mêmes confiée en vous présentant aux épreuves de ce diplôme, et aux horizons que vous souhaitez explorer aujourd'hui. Ce sont des questions essentielles, dont dépend, nous en sommes tous conscients, l'avenir même de cette pratique artistique.

A terme, l'enjeu est de proposer aux jeunes, partout en France, une offre riche de découverte et d'enseignement du théâtre, au même titre que pour la musique et la danse. La réalisation d'un volet " théâtre " dans chacun des " schémas départementaux de développement des enseignements artistiques ", dont j'ai souhaité la mise en œuvre, constitue ainsi une nouveauté importante que l'Etat accompagne et accompagnera plus fortement encore dans les mois qui viennent.

Pour ma part, je veux également rappeler avec force que les mesures de soutien à l'emploi comme celles favorisant l'amélioration des conditions de travail des artistes et des techniciens, sont un volet essentiel de l'action artistique et des plans que j'ai présentés à l'automne pour le théâtre, la musique et la danse. Elles sont indissociables de l'ensemble de la politique que je mène en faveur de la création.

Vous le savez, devant le Conseil national des professions du spectacle réuni vendredi dernier, j'ai présenté avec mon collègue Gérard Larcher, Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, les mesures de soutien de l'Etat en faveur du secteur du spectacle vivant et enregistré, qui emploie environ 300 000 personnes, dont un tiers relève du régime de l'intermittence.

Afin de favoriser une structuration de ce secteur, Gérard Larcher et moi-même avons d'abord fait des propositions communes pour que les négociations en cours des nouvelles conventions collectives aboutissent avant la fin 2006.

Ensuite, nous avons annoncé la création d'un fonds permanent de professionnalisation et de solidarité, destiné à compléter le futur régime d'assurance chômage des professionnels relevant des annexes 8 et 10. Ce fonds traduit un engagement fort de l'Etat. Il s'articulera avec le protocole d'indemnisation rédigé par les partenaires sociaux au sein de l'Unedic qui, je l'espère, sera signé cette semaine pour que chacun assume d'une façon complémentaire son rôle et ses responsabilités.

Ce fonds prend en charge une allocation de fin de droits pour les intermittents ayant épuisé leurs 243 jours d'indemnisation. Elle sera de 30 euros par jour sur 2 à 6 mois, selon l'ancienneté des artistes et techniciens concernés.

Par ailleurs, les congés correspondant aux maladies remboursées à 100% par la Sécurité Sociale seront inclus dans le calcul des heures permettant l'ouverture des droits, de même que, et c'est une grande victoire pour tous ceux qui sont ici réunis, 120 heures par an au titre des activités de formation -éducation artistique, ateliers d'écriture, stages ou cours de théâtre - dispensées par les artistes et techniciens sans conditions d'âge ou d'ancienneté.

Le Fonds prévoit par ailleurs un soutien financier aux structures pour aider à la pérennisation des emplois. Il proposera également un soutien professionnel aux artistes et techniciens en situation de vulnérabilité professionnelle. Enfin, il prendra en charge de manière transitoire, au plus tard jusqu'à la fin de l'année 2007, l'indemnisation des artistes et techniciens qui ont travaillé 507 heures sur 12 mois, mais qui n'y sont pas parvenus en dix mois ou en dix mois et demi.

Ce nouveau dispositif, je le redis, marque un geste fort de l'Etat, soucieux de garantir aux artistes de bonnes conditions d'exercice de leur métier.

Oui, le développement de l'emploi culturel est au cœur de la mission qui m'a été confiée, et il est indissociable de notre politique d'éducation artistique et de formation à l'art dramatique sur laquelle je tenais à ce que nous échangions aujourd'hui.

Dans tous les métiers, et cela vaut bien sûr pour le métier d'acteur, la formation professionnelle favorise l'insertion professionnelle, et je tiens à le rappeler, au moment où j'encourage une réflexion intense sur les parcours professionnels.

Je tiens enfin à redire avec force, en réponse à certaines inquiétudes exprimées ici ou là, que le Diplôme d'Etat d'enseignement du théâtre ne conditionne en aucune manière l'accès à l'activité d'enseignement et qu'il ne saurait être exigé pour participer à des projets d'éducation artistique ou culturelle. Ce diplôme est un simple outil d'évaluation, qui n'entraîne ni avantage ni sanction, mais démontre une compétence reconnue au niveau national, celle " d'artiste formateur en art dramatique ".

Mais si aucune collectivité n'est tenue de demander ce diplôme à un intervenant en théâtre, nul doute que sa possession permettra à terme de le choisir autrement que sur simples critères subjectifs.

En l'attente de la nouvelle session qui se déroulera en 2008, je resterai vigilant sur le respect des principes qui ont guidé la mise en place du Diplôme d'Etat : valoriser, mais, en aucun cas, exclure. Et c'est en parallèle que j'engagerai, dès cette année, la nécessaire réflexion sur la mise en place d'un nouveau Certificat d'aptitude aux fonctions de professeur d'art dramatique.

De la même manière, je veux redire solennellement devant vous que la création prochaine d'un diplôme national de comédien ne s'apparentera en aucune façon à la mise en place d'une quelconque carte professionnelle, dont je ne suis absolument pas partisan.

Délivré en partenariat avec une Université, ce diplôme aura essentiellement pour vertu de ménager aux comédiens qui le possèdent une possible reconversion si leur carrière devait être interrompue. Utile, il ne sera pas un sésame pour la scène : le talent seul, et la persévérance, continueront de prévaloir. Et il en sera de même pour les futurs metteurs en scène, même si les expériences de l'Unité nomade ou du Théâtre National de Strasbourg montrent que ce qui traditionnellement ne s'apprend pas peut tout de même se transmettre.

Ainsi, grâce à tous ceux - formateurs, élèves en voie de professionnalisation ou amateurs - qui transmettent ou reçoivent un savoir, la circulation des expériences et des sensibilités continuera de favoriser l'ouverture, qui est un de mes objectifs essentiels.

Je voudrais, en guise de conclusion, vous lancer une invitation. Comme vous le savez, j'ai décidé, en cette année 2006, de célébrer le soixantième anniversaire de la décentralisation théâtrale.

Menée sous l'impulsion de Jeanne Laurent, avec la création des centres dramatiques, poursuivie par André Malraux, et portée par des pionniers enthousiastes, la décentralisation théâtrale avait pour belle et noble ambition de toucher de nouveaux publics et d'irriguer de nouveaux territoires de cette sève essentielle qu'est l'art du théâtre. Une ambition dont vous êtes aujourd'hui les nouveaux relais, déterminés et, vous l'avez prouvé en obtenant ce diplôme, enthousiastes.

Je vous invite donc tous à participer à cette journée particulière, conçue sous le regard attentif d'un grand ancien du théâtre à la pensée toujours aiguë, Gabriel Monnet. Elle se déroulera à Avignon le 17 juillet, et il s'y tiendra notamment une table ronde sur la formation et l'enseignement du théâtre à laquelle, si votre emploi du temps le permet, je serai heureux de vous retrouver.

Ce 17 juillet 2006, fait de paroles et d'images d'archives, de témoignages rares et de rencontres imprévues, sera pour nous tous l'occasion de mesurer le chemin parcouru et l'exceptionnel développement de la vie du théâtre dans notre pays. Ensemble, nous y puiserons la force, l'énergie et l'élan que nous souhaitons continuer d'impulser à l'art dramatique.

Je vous remercie.



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