Monsieur
le Président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou,
Président du Haut Conseil de léducation artistique et
culturelle, cher Bruno Racine,
Monsieur le Président du comité scientifique du symposium, cher
Emmanuel Fraisse,
Madame le Professeur, chère Anne Bamford,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
Je vous souhaite à tous une très bonne année. Je suis
très heureux que vous soyez aussi nombreux, par votre présence
ici aujourdhui, à lavoir placée demblée
sous le signe de léducation artistique et culturelle et de son
évaluation. Cest un enjeu international et vous êtes venus
de toute lEurope et du monde entier ; un enjeu de société,
un enjeu politique au sens le plus large de ce terme ; cest aussi un
enjeu scientifique et vous êtes des experts de ce domaine.
Je tiens à vous remercier, Monsieur le Président,
cher Bruno Racine, de nous accueillir dans ce haut lieu de culture, à
vocation internationale, qui est aussi un espace privilégié
daccueil, de découverte et dinitiation aux arts, pour tous
les publics, toutes les générations.
Oui, léducation artistique et culturelle est un impératif,
une urgence de notre temps, et lannée qui vient de sécouler
a été marquée en France, par plusieurs faits significatifs
de notre volonté commune davancer, avec nos partenaires du ministère
de lEducation nationale, sur cette priorité.
Léducation artistique et culturelle pour tous est désormais inscrite dans le Socle Commun, par le décret du 11 juillet 2006. Des groupes de travail ont été mis en place, dès la rentrée 2006, au ministère de lÉducation nationale, pour décliner les sept « piliers » du socle commun. Ils définiront précisément léducation culturelle commune à tous les élèves, et prendront en compte la dimension culturelle et artistique de tous les enseignements et de toutes les disciplines.
Cest la première fois dans notre pays que léducation artistique et culturelle fait lobjet dun texte réglementaire, dun décret, qui a une importance capitale pour la fixation des contenus mêmes de lenseignement, et représente un texte dorientation fondamental pour lavenir des programmes.
Le 9 octobre dernier a été signée la circulaire sur les emplois aidés conjointement par les services du ministère de la Culture et de la Communication, et ceux du ministère de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement. Cette circulaire sinscrit dans le cadre du plan durgence pour lemploi. Elle a pour objectif prioritaire de développer les emplois de médiation dans les structures culturelles, et de contribuer ainsi à renforcer leurs relations avec les établissements scolaires situés dans leur proximité immédiate.
J'ai eu le plaisir de signer, le 5 décembre dernier, une convention avec le Ministre de l'Éducation nationale et le Président de l'Ordre des architectes, qui permettra à ces derniers d'intervenir progressivement, aux côtés des enseignants, afin de donner aux futurs citoyens des clés pour mieux comprendre leur environnement et leur cadre de vie. Les collèges « Ambition Réussite » en seront les premiers bénéficiaires.
Par ailleurs, nous avons oeuvré, avec Gilles de Robien, pour que les priorités définies ensemble se concrétisent, les 22 et 23 janvier 2007, par un séminaire national de formation destiné à mobiliser et à sensibiliser les cadres de léducation nationale et de la culture à ces problématiques. Ce séminaire constituera ainsi un corps de doctrine qui pourra servir à la formation des futurs cadres et futurs enseignants, de façon pérenne.
Je tiens enfin à saluer la qualité du travail du Haut Conseil de léducation artistique et culturelle, installé fin 2005, qui a rendu compte de létat davancement de ses travaux au mois de juin dernier à ses deux présidents, le Ministre de lÉducation nationale et moi-même. Il nous a fait déjà plusieurs propositions, et doit remettre son premier rapport dans quelques semaines, en mars 2007.
Vous pouvez le constater, notre politique en faveur de léducation artistique et culturelle avance à grand pas, et de façon très concrète. Le symposium qui nous réunit aujourdhui marque une nouvelle étape décisive pour lavenir de ces actions. La société civile et les parlementaires attendent bien évidemment que le gouvernement rende compte de la façon dont largent public est utilisé. Cette attente légitime nous a conduit à adopter en 2001 une loi modifiant en profondeur lorganisation de notre budget. Le budget de lÉtat est désormais construit par programmes dactions et par objectifs. A chaque objectif est associé un indicateur. La mesure de lécart entre les résultats atteints chaque année et les objectifs que nous nous sommes fixés, est devenue un outil majeur de pilotage des politiques publiques. Lévaluation est désormais un impératif national.
Toutes les politiques éducatives, à travers le monde, font une place aux arts, comme la montré la première conférence mondiale organisée par lUNESCO sur léducation artistique en mars 2006, à Lisbonne. Mais il existe bien un gouffre, selon le terme utilisé par le professeur Anne Bamford dans son intervention douverture, entre les déclarations dintention, ce quelle appelle joliment « the lip service », et leur mise en oeuvre concrète, dans les écoles et les autres structures éducatives. Si la question de lévaluation de léducation artistique et culturelle est désormais posée avec autant dintensité, cest bien pour combler cet écart.
Mieux appuyer nos arguments en faveur de léducation artistique et culturelle, par des travaux scientifiques, peut contribuer à renforcer sa place dans le système éducatif et à assurer la continuité des politiques dans ce domaine. Cest cette ambition qui nous a conduit à organiser ce symposium aujourdhui. Je tiens à remercier le professeur Emmanuel Fraisse, et les universitaires qui ont constitué autour de lui le comité scientifique, davoir consacré une partie de leur temps à sa préparation. Je tiens également à remercier le professeur Anne Bamford pour sa participation précieuse à lélaboration de cette rencontre. Mes remerciements vont enfin, cher Bruno Racine, au Centre Pompidou, et en particulier à Véronique Hahn, Charlotte Fesneau et Nathalie Tramieux, les chevilles ouvrières de cette manifestation.
Très peu dinitiatives ont été prises en France jusquà présent en matière dévaluation dans le champ de léducation artistique et culturelle. Les quelques études disponibles portent dailleurs moins sur lévaluation des politiques publiques que sur lobservation des effets de dispositifs déducation artistique sur de petits groupes denfants, dans le cadre scolaire.
La très forte représentation des chercheurs anglo-saxons, et notamment des Etats-Unis et de Grande Bretagne, montre que nous avons pris du retard dans ce domaine. Nous ne sommes pas les seuls, puisque cela semble être une caractéristique commune, en Europe, à lensemble des pays latins.
Le recensement que le professeur Anne Bamford a mené, pour le compte de lUNESCO, des travaux de recherche sur limpact de léducation artistique a été, comme elle la elle-même observé, pour nous comme pour dautres pays, un révélateur de nos propres manques en la matière. Il a sonné comme un rappel de la nécessité de progresser dans notre effort de recherche. Ce premier symposium mondial consacré à lévaluation des effets de léducation artistique et culturelle sur les enfants et les jeunes constitue la première réponse à cette interpellation.
Il déterminera les axes prioritaires auxquels la recherche devra satteler.
Il ne sagit pas seulement de nourrir notre curiosité intellectuelle ou de justifier la place que selon nous, léducation artistique et culturelle doit avoir dans la formation de la personnalité. Après tout, alors que tous les systèmes éducatifs font une place importante à lenseignement des mathématiques, nous nous interrogeons rarement au sujet de leur impact sur la formation des enfants et des jeunes, ou sur le rôle que jouent les mathématiques en tant quinstrument majeur de la sélection à lécole.
Lobjectif essentiel des démarches dévaluation est de construire des grilles dobservation des pratiques déducation artistique et culturelle, et de mettre en évidence les « bonnes pratiques », notamment en ce qui concerne le partenariat entre les enseignants et les artistes ou les professionnels de la culture. La recherche en matière dévaluation doit mettre en évidence les approches de léducation artistique et culturelle qui obtiennent les meilleurs impacts. Il ne sagit pas pour autant de construire des normes de conduite auxquelles les enseignants et leurs partenaires devraient se conformer. Il nest évidemment pas question de remettre en cause la liberté pédagogique elle est au coeur des démarches de projet mais de demander à la recherche daider les praticiens de léducation à prendre du recul par rapport à leurs pratiques.
La recherche en matière dévaluation est aussi, pour le ministère de la Culture et de la Communication, un outil majeur daccompagnement des institutions culturelles partenaires de lécole. Dans le cadre de la mise en place en 2005 dun plan de relance de léducation artistique et culturelle, jai souhaité que, désormais, toutes les structures artistiques et culturelles subventionnées par le ministère de la Culture et de la Communication mettent en oeuvre un projet éducatif. Mais il y a bien des façons de remplir cette obligation, qui est encore trop souvent considérée comme un objectif secondaire, voire comme une concession faite à une mission qui incomberait essentiellement, voire exclusivement à lÉducation nationale. Le partenariat entre écoles et institutions culturelles nest pas simplement bénéfique pour les élèves, il lest aussi pour nos institutions. Il permet de replacer la question des publics au coeur de lacte de création et de diffusion, et den faire le socle des politiques de conservation et de valorisation de notre patrimoine. Nous attendons des démarches dévaluation quelles nous aident, grâce à un examen critique des pratiques, à faire de léducation artistique et culturelle une dimension essentielle des missions des institutions culturelles.
Les décisions politiques, si elles peuvent être éclairées par les résultats de la recherche, sont dabord fondées sur laffirmation dun certain nombre de valeurs. La recherche ne doit pas être utilisée, de façon abusive, pour justifier ces décisions politiques.
Le choix de renforcer la place de léducation artistique et culturelle dans la formation des enfants est certes un choix raisonné, et qui sera éclairé par vos travaux, mais cest aussi, et dabord, un choix politique, que jassume pleinement comme tel.
Face à la crise de la transmission, à la perte de repères de nos sociétés confrontées à des bouleversements technologiques et économiques sans précédent, je suis en effet convaincu que léducation artistique et culturelle apporte une réponse indispensable, riche en promesses, parce quelle est une réponse tournée vers notre avenir.
Léducation artistique et culturelle doit en effet transmettre, au-delà de la connaissance des oeuvres et des pratiques artistiques, les valeurs mêmes au fondement de notre société, au premier rang desquelles le dialogue et louverture à lautre. Oui, léducation, dans son sens le plus noble, est bien un cheminement vers la citoyenneté, la responsabilité, la liberté et lintelligence, et ce chemin passe par la culture. Car quest-ce quéduquer si ce nest donner les clés pour comprendre le monde qui nous entoure, pour agir en lui et le transformer, pour comprendre lautre, également, pour respecter, connaître et aimer ses différences ? Chaque oeuvre de lesprit, de limagination, de tous les époques et de toutes les cultures, recèle une vision du monde, une clé pour lappréhender. Je souhaite que nous trouvions, ensemble, la meilleure façon de faire prendre conscience de cette richesse à chaque élève de nos établissements.
Je vous remercie.
photo : Didier Plowy/MCC