Monsieur le ministre dEtat,
Monsieur le ministre,
Mesdames, Messieurs,
Je tiens à remercier Nicolas Sarkozy daccueillir au
ministère de léconomie, des finances et de lindustrie
cette réunion, qui à mes yeux a un caractère fondateur.
Cest en effet un symbole extrêmement fort, que nous nous trouvions aujourdhui ensemble autour de cette table, ministère de léconomie, des finances et de lindustrie avec le ministère de la culture et de la communication, fournisseurs daccès à internet avec les créateurs, artistes et producteurs, sans oublier les consommateurs, industries et distributeurs, pour aboutir à des propositions communes.
Car il y a urgence : avec lexplosion de la piraterie sur Internet, cest lensemble des activités de création qui sont menacées, musique, cinéma, mais aussi bande dessinée, jeu vidéo et logiciel. Dores et déjà, les téléchargements illicites de contenus protégés se chiffrent par milliards, pour représenter près de quatre fois les ventes. Dores et déjà, limpact économique, social et sur la création se fait durement sentir, notamment sur la musique.
La piraterie, cest du chômage. Cest du vol. Mais cest bien plus encore.
Parce quelle peut être fatale aux créateurs les plus fragiles, la piraterie est une menace pour la création et la diversité culturelle. Car la piraterie, en définitive, assèche peu à peu la création, la diversité à laquelle le public est attaché. Ceux qui sont menacés, ce sont les jeunes artistes, encore peu connus du public et de la presse, dont la disparition passera inaperçue, alors quils auraient pu être les grands artistes de demain.
Si nous ne réagissons pas rapidement, la piraterie finira par nuire au public, quand bien même il pense en tirer profit, parce quelle ne lui laissera quun désert culturel, uniforme et insipide.
Je veux donc faire émerger la création et la diversité culturelle comme des valeurs, auxquelles nous sommes tous ensemble attachés, mais surtout que chacun doit respecter et protéger, à limage de la protection de lenvironnement.
Lenjeu est grand. Nous ne sommes quau début dun phénomène, qui a pourtant commencé il y a cinq ans. Cinq ans dans le domaine des nouvelles technologies, cest déjà très long, mais cest très court dans la vie des industries de création, qui sont contraintes de sadapter à marche forcée.
Face à cette situation, il nous faut réagir, maintenant et ensemble, pour mobiliser les énergies.
Dabord le Gouvernement : cest le sens du plan daction que jai, dès le 19 mai dernier, présenté au conseil des ministres, à la demande du Président de la République et du Premier Ministre.
Ensemble, cela veut dire aussi, au-delà des pouvoirs publics, avec tous les acteurs concernés et cest tout le sens de notre réunion daujourdhui, qui exprime cette large mobilisation.
Mais cette mobilisation doit dépasser le cadre national, car cest au niveau international que le problème se pose. Cest aussi à ce niveau quune solution durable peut être efficacement envisagée.
Jai ainsi organisé à Cannes, le 16 mai dernier, une réunion avec les représentants des studios de cinéma, des sociétés de production, des diffuseurs et des réalisateurs des Etats-Unis, dEurope, dInde, de Chine et de Russie. A lissue de cette réunion, nous avons rédigé une déclaration commune, posant les bases dune alliance nouvelle et un peu inattendue, pour la lutte contre la piraterie et en faveur de la diversité culturelle.
Mardi dernier à Rotterdam, jai proposé à la présidence néerlandaise de lUnion européenne et à mes collègues ministres de la culture de lEurope à 25 délaborer ensemble un plan européen de lutte contre la piraterie en concertation avec les autres formations concernées du Conseil des ministres (compétitivité-marché intérieur, justice et affaires intérieures).
Ce plan aurait dabord pour objectif de sensibiliser ensemble les opinions publiques et de développer les échanges de bonnes pratiques entre Etats membres.
Il pourrait comprendre également une décision-cadre sur les sanctions pénales contre la contrefaçon, pour compléter la directive contrefaçon.
Il permettrait daborder de façon concertée la promotion des offres légales. Je souhaite notamment que nous puissions organiser une journée européenne du téléchargement légal, qui mobilisera les offres les plus créatives et les plus diverses dans chaque capitale ou dans chaque grande ville de culture de notre continent.
Il aurait aussi pour effet de stimuler les travaux de la commission européenne sur linteropérabilité ou compatibilité des systèmes. Cest en effet un aspect essentiel, qui crée là encore une alliance nouvelle et inattendue, cette fois entre les producteurs et les consommateurs, qui souhaitent ensemble que les offres puissent être facilement accessibles sur un maximum de supports.
Cette mobilisation européenne est essentielle. Car en cette matière en particulier, il faut jouer collectif pour gagner. La coordination de laction est la clé du succès. Mais regardons les choses en face : ce travail de conviction ne fait que commencer. La présidence néerlandaise préfère laisser faire le marché là où nous voulons une action volontariste. Nous devons la gagner à notre cause.
Par ailleurs, pour gagner ce combat, il importe de prendre la mesure de la complexité du problème.
Cette complexité est dabord celle de la chaîne de valeur de la création, avec ses créateurs, ses artistes, ses producteurs, ses distributeurs, ses clients, mais aussi des contraintes propres à chaque type duvre.
Si les enjeux de la lutte contre la piraterie sont partagés, les différents types duvre, musique, cinéma, bande dessinée, jeu vidéo, ont ou auront des modèles économiques et des calendriers assez différents pour loffre légale en ligne.
Cette complexité naît également de lexistence de deux mythes, le mythe de la gratuité et le mythe de limpunité sur Internet.
La gratuité, cest une société qui efface les traces de ses pas.
Ce mythe de la gratuité inspire des idées nouvelles, proposant de faire table rase de la propriété intellectuelle, pour mettre en place des systèmes de mutualisation séduisant par leur simplicité.
Gardons-nous des fausses bonnes idées, qui détruiraient un modèle de financement de la création qui a fait ses preuves pour un système dont personne ne sait sil serait capable dassurer correctement le financement de la création.
Le mythe de la gratuité détruit la valeur de la création. Lorsque tout est gratuit, on ne perçoit plus la valeur de la création, que lon prend et que lon jette. Face au gratuit, il est tentant de considérer que le prix du payant est trop élevé, et de justifier ainsi la piraterie. La qualité a en effet un prix, qui est celui de la création originale.
Cette question du prix remet dailleurs au cur du débat la question de la baisse de la TVA sur le disque, baisse quil faudrait envisager détendre à la vente de contenus en ligne. La sensibilisation des autres Etats européens à laquelle je mattache, sur les sujets de la diversité culturelle et de la piraterie, devraient en amener certains à devenir nos alliés sur cette question, ce qui est essentiel puisque la décision relève du niveau européen.
A côté du mythe de la gratuité, existe sur Internet le mythe de limpunité.
Entendons-nous bien : je suis un enthousiaste dInternet, de ce monde décloisonné, de laccès à la connaissance et à linformation pour tous, de lextraordinaire liberté dexpression quil permet. Mais il ny a pas de liberté sans responsabilité et sans conscience de cette responsabilité.
Chacun doit pouvoir protéger sa vie privée sur Internet, et nous y sommes très attachés en France. Mais la protection de la vie privée ne doit pas servir de couverture à des infractions, pour lesquelles le juge peut lever lanonymat. Internet nest pas, ne doit pas être un espace de non-droit.
Face à cette complexité, il est nécessaire de promouvoir une approche globale du problème. Cest le sens du plan daction que jai présenté, qui repose sur un équilibre entre les mesures de lutte contre la piraterie, les actions judiciaires devant être accompagnées de mesures de sensibilisation et de prévention. Mais il faut aussi mettre en place des offres légales sur internet les plus diverses et les plus abondantes possible.
Lun des axes importants de ce plan daction repose sur la concertation que nous commençons aujourdhui. Notre réunion est un point de départ dune négociation entre les acteurs qui doit aboutir rapidement.
Comme viens de le dire Nicolas Sarkozy, des propositions communes aux fournisseurs daccès à internet, aux auteurs et aux producteurs de musique, ont déjà été formalisées dans un projet de charte.
Certaines de ces propositions pourront être mises en uvre immédiatement. Des modalités techniques devront être rapidement précisées pour dautres, avec le soutien de Philippe Chantepie et Jean Berbinau. Les plates-formes de distribution en ligne jouent un rôle éminent dans loffre légale et devront être associées. Enfin, dautres propositions nécessitent une étude et une expérimentation rapide.
Cest le cas du filtrage, qui doit être abordé dans un esprit positif de responsabilisation des utilisateurs. Ces techniques devront pouvoir donner lieu à des expérimentations rapides auprès dun panel dabonnés, afin den valider lefficacité. [sous légide dun expert indépendant nommé par les pouvoirs publics]
Cest également le cas de la mise en place des offres
légales pour le cinéma, qui doit être nécessairement
associé à cette négociation. Un groupe de travail sera
organisé par le CNC, pour déterminer les modèles
économiques et la place des offres licites en ligne dans la chronologie
des médias, et aboutir à des propositions dici à la
fin de lannée.
Jinvite lensemble des industries
culturelles à sassocier à ce projet, en tenant compte des
spécificités de chacune et selon leur calendrier de mise en place
des offres légales.
Je suis convaincu que grâce à vous tous cette mobilisation portera ses fruits. Je compte sur votre engagement à tous et je en vous remercie.