Discours et communiqués de presse
Installation de l’Observatoire des usages numériques culturels

lundi 18 juillet 2005

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Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois pour installer cet Observatoire des usages numériques culturels, et je vous remercie d’avoir répondu à mon invitation.

Il y a déjà quelques mois en effet, avait émergé le besoin d’un Observatoire de la contrefaçon numérique. Il s’agissait alors d’étudier de près les volumes de reproductions des œuvres sans l’autorisation des créateurs, d’examiner les tendances en cours, de mesurer les effets économiques de ces pratiques.

Les représentants du monde de la création, ici présents, savent combien mon action pour défendre les valeurs de la création et de la diversité culturelle ferme, déterminée, et résolue. De la fermeté, il en faut, pour dissiper les sirènes de la gratuité, qui séduisent certains esprits, mais dévalorisent la création, et réduisent les rémunérations directes des auteurs, des artistes et des producteurs. Ce chemin conduit à dépendance de la création et mine ce qui lui est le plus nécessaire, la liberté de créer, et de vivre de sa création. Ces valeurs éminentes doivent aujourd’hui être défendues sans la moindre hésitation et reléguer les fausses bonnes idées au rang qui est le leur : celui d’une facilité de penser.

La préservation de l’offre de contenus et de ses fragiles équilibres économiques ne saurait cependant occuper toute notre réflexion et masquer l’importance des évolutions à l’œuvre dans les pratiques de nos concitoyens. La demande de contenus et de services numériques ne cesse de croître, dans un contexte d’évolution technique rapide. De notre capacité collective à anticiper ces mutations technologiques, à comprendre les évolutions des usages numériques culturels et les attentes de nos concitoyens dépendent aussi les conditions de renforcement de nos industries de création audiovisuelle, cinématographique, musicale et multimédia, et le succès des nouvelles offres numériques, que ce soit sur la télévision, sur internet ou sur les mobiles.

C’est pourquoi je me réjouis que cet observatoire soit devenu celui des usages numériques culturels, c’est à dire des nouvelles pratiques culturelles de nos concitoyens et non plus seulement celui de la contrefaçon numérique.

Ces nouveaux territoires constituent en effet une nouvelle priorité que j’ai assignée à mon ministère. Ils sont à la fois un levier de création d’emplois culturels nouveaux et diversifiés, mais aussi un levier pour développer « l’accès du plus grand nombre aux œuvres de l’esprit », mission fondatrice de ce ministère, qu’il nous faut accomplir dans le souci de garantir les conditions de la création, de la diversité et du pluralisme.

C’est pourquoi, je souhaite que cet Observatoire joue pleinement son rôle de dialogue entre les professionnels et les usagers du numérique. Ne manquent ni les terres nouvelles à défricher, ni les objets d’analyse à partager : la veille technologique, les nouveaux modèles d’affaires, les modes d’accès à l’information, à la culture et au divertissement par tous les publics. Car derrière la question des usages culturels numériques, c’est bien la question de « l’accès du plus grand nombre aux œuvres de l’esprit » qui se pose.

Un travail de rencontres, d’analyses et de discussions est toujours indispensable entre les industries culturelles, les industries techniques et les utilisateurs. Cette méthode a été engagée aux sujets de la Charte musique ou de la vidéo à la demande. Elle doit trouver une assise plus large, plus profonde et sans doute aussi plus scientifique.

D’ores et déjà, l’Observatoire de la musique, dont je tiens à saluer le travail, produit des analyses fines et régulières de l’offre musicale en ligne comme il le fait dans le domaine de la radio, et comme il le fera pour l’audiovisuel. Analyser les usages numériques, c’est aussi analyser votre capacité à offrir numériquement toute la diversité des catalogues et notre capacité à vous y aider. Un travail analogue de baromètre sera nécessaire pour la vidéo à la demande et je sais que le CNC s’y prépare. Il est important de mesurer les effets d’offres ouvertes à de très larges catalogues, la possibilité de revivifier les répertoires de niche, les fonds de catalogues pour satisfaire des publics, plus larges, plus exigeants, en France mais aussi à l’étranger.

Il conviendra aussi d’apprécier l’accroissement de l’offre numérique publique. Les richesses patrimoniales, audiovisuelles, picturales, monumentales, éditoriales du public participent pleinement à ces nouvelles formes d’accès numériques à la culture. Ce n’est pas seulement une question de volume ou de méthode de numérisation des œuvres, mais surtout une question d’accès.

Vous mesurez également tous l’importance que revêtent des sujets comme celui des moteurs de recherche. La France, s’en est saisie, avec ses partenaires européens, dans le cadre du projet de création d’une bibliothèque numérique européenne, voulue par le Président de la République, et dont j’ai installé le comité de pilotage mercredi dernier.


Avec l’explosion de l’offre de contenus que favorisent les techniques numériques, je pense par exemple à la TNT, ce qui compte désormais, ce n’est pas seulement la disponibilité des œuvres, mais l’information sur celles-ci. Dans ce domaine, les publics peuvent aussi jouer un rôle majeur et neuf. C’est une donne nouvelle : les publics, les communautés, les individus les plus actifs se font aussi producteurs, éditeurs, créateurs, diffuseurs et indiquent ainsi leurs préférences, comme ils n’avaient jamais pu le faire auparavant. L’essor des blogs, des messageries instantanées, des forums, de cette nouvelle forme de radio à la demande que l’on appelle podcasting ce mélange évolutif complexe d’accès et d’édition, d’échanges interpersonnels et de consommations nouvelles, modifient profondément la notion de « public » de la culture.

L’ensemble de ces enjeux dessine un large champ d’étude pour cet Observatoire : les pratiques et les attentes des utilisateurs, le contexte et la prospective technologique, les offres numériques et la contrefaçon numérique.

La transversalité est une condition nécessaire de réalisation de ces objectifs multiples. C’est pourquoi, j’ai souhaité confié l’organisation et l’animation de cet Observatoire à la Délégation au développement et aux affaires internationales.
Telles sont les missions que je vous confie :

- mesurer les offres marchandes en ligne d’œuvres dématérialisées, qu’il s’agisse de la musique, du cinéma, des jeux, de l’édition, mais aussi du commerce en ligne de supports ;

- Analyser les pratiques numériques culturelles en fonction notamment des taux d’équipements, des conditions d’usages, des offres et des déterminants sociaux ;

- apprécier les nouveaux usages des technologies nouvelles, y compris et sans doute particulièrement des pratiques de pair à pair ;

- conduire aussi des études économiques spécialisées ;

- aborder enfin, et c’est certainement plus complexe, les liens et les différences entre les usages numériques culturels et les usages non numériques d’accès à la culture.

Ce vaste chantier que nous ouvrons durablement ensemble appelle une mise en commun de nombreuses compétences. C’est pourquoi, j’ai demandé au Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de constituer un Comité d’études qui regroupera tous les services d’études dépendant du ministère sur ces sujets : ceux du CNC, de la DDM, de la Direction du Livre, de la DMDTS, et l’Observatoire de la musique. Il permettra de conduire et de valider les études qu’il réalisera ou fera réaliser. Il s’ouvrira à chacun d’entre vous pour les études conjointes que nous aurons à mener en fonction de l’utilité que vous leur accorderez.

Dès aujourd’hui, le ministère de la culture souhaite vous présenter une étude conduite durant le premier semestre sur les pratiques de téléchargement. Il s’agit d’une étude menée sur un très grand nombre d’internautes à deux reprises. Ses résultats confirment la nécessité de cet Observatoire. Ils montrent combien les usages numériques sont variés ; leur analyse complexe démontre l’importance des études futures qu’il faudra conduire régulièrement, de façon de plus en plus précise.

Mais, au-delà des données étudiées par le ministère, dont il faudra certainement affiner l’analyse par la suite, je souhaite que cet Observatoire puisse aussi permettre une véritable collaboration avec ses membres, avec les professionnels, qui ont également accès à différentes sources de données. L’analyse partagée que doit réaliser cet Observatoire doit en effet permettre de renforcer le poids et l’impact des différentes études qui pourront y être apportées, non seulement par des instituts spécialisés, des chercheurs, mais aussi des professionnels.

Je pense en particulier aux différentes analyses des réseaux « pair-à-pair » qui peuvent être réalisées par les sociétés civiles et les organismes de lutte anti-piraterie et notamment celles qui devraient découler des traitements automatisés lorsqu’ils auront été autorisés par la CNIL. Je pense également aux perspectives ouvertes par le rapport Kahn-Brugidou, d’observations statistiques directes sur les réseaux numériques. Je pense aussi à l’expertise technologique des industriels pour développer la prospective dans ce domaine et anticiper avec les industries culturelles les défis de demain et les attentes des publics, car ils savent qu’avec l’ergonomie des outils, la formation aux technologies, les attentes de contenus participent de l’attrait et du développement des usages numériques culturels. Sans viser l’exhaustivité, ces différents exemples ouvrent des perspectives d’analyses et d’échanges fructueux.

Soyons attentifs aussi à la dimension qualitative des études, en complément des indispensables données quantitatives.

Car au-delà de l’étude et de l’analyse, cet Observatoire doit aussi être un lieu d’échanges de bonnes pratiques, de coordination des actions entre les filières culturelles, avec les industries technologiques et les consommateurs. C’est tous ensemble que nous devrons relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Je compte sur votre participation comme vous pouvez compter sur mon écoute. Car cette instance de dialogue et d’études que nous créons aujourd’hui doit ouvrir concrètement de nouvelles perspectives de développement qui doivent profiter à tous : de nouveaux marchés, de nouveaux emplois, de nouveaux usages, et surtout, un accès plus large à la culture.

Je vous remercie.


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