Discours et communiqués de presse

Discours prononcé par Renaud Donnedieu de Vabres
lors de la conférence de presse pour la réouverture de la nef du Grand Palais

Grand Palais, Paris - mardi 30 août 2005

> le dossier de presse

Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ici, sous cette splendide verrière restaurée, avec la chance du soleil qui vient éclairer cette rentrée.

Ceux d’entre vous qui avez pu venir ici le 12 janvier dernier, lors de la cérémonie des vœux à la presse, savent que j’avais annoncé la réouverture prochaine du Grand Palais, et que j’avais souhaité qu’il soit rendu et offert librement aux Français en septembre de cette année, à l’occasion des 22èmes Journées européennes du patrimoine. Nous y sommes. Le public de ces journées, qui auront lieu les 17 et 18 septembre prochains, et dont je vous présenterai le programme mardi prochain, pourra redécouvrir le Grand Palais. Et sans doute, pour une partie, le découvrir, car, vous le savez, il est fermé depuis 1993. Plus que d’une réouverture, il s’agit donc bien d’une renaissance.

Après plusieurs années d’études, la première phase des travaux - 72,3 M€ financés par l’Etat - de 2001 à la fin de l’an dernier, a permis notamment :

- de conforter les fondations – autrefois constituées de 3400 pieux en chêne, remplacés par des ouvrages en béton qui vont chercher la couche de sol « dur » en calcaire, à 12 mètres de profondeur, à travers les alluvions de la Seine sur lesquelles nous nous trouvons ;
- de réparer entièrement les charpentes métalliques de la nef – dont le poids total atteint 8500 tonnes, contre 8000 pour la Tour Eiffel ;
- de rendre à la verrière sa transparence d’origine, en changeant ses quelque 15000 m² ;
- de réparer la toiture - 5200 m² de couverture en zinc - et de restaurer les quadriges de Georges Récipon, placés aux angles de la façade principale, qui représentent, côté Seine, L’Harmonie triomphant de la Discorde et côté Champs-Elysées, L’Immortalité devançant le Temps.

Vous trouvez plus de détails sur ces travaux complexes dans votre dossier de presse, ainsi que la liste de tous les intervenants qui ont mis en commun leurs talents pour mener à bien cette restauration historique par son ampleur, qui a permis de préserver et de faire revivre l’une des dernières verrières de ce type subsistant au monde, et assurément la plus belle et la plus grande. Je tiens à remercier, aussi bien les experts et les architectes du ministère de la Culture et de la Communication, spécialistes des monuments historiques, que les entreprises et les artisans qui ont démontré ici, de façon spectaculaire, leurs savoirs-faire. Leurs noms figurent dans le dossier de presse. Pour ma part, je tiens à remercier tout particulièrement Jean-Claude Dumont, président de l’établissement public de maîtrise d’ouvrage des travaux culturels (EMOC), et M. Alain Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques, et leurs équipes.

Ce chantier très important doit se poursuivre, par la restauration des façades et des éléments décoratifs, qui est en cours, jusqu’en 2007. L’effort d’investissement de l’Etat atteindra ainsi un peu plus de 100 millions d’euros.

Dès que j’ai pris mes fonctions, j’ai souhaité rendre à ce haut lieu de notre patrimoine toute sa vocation culturelle. C’est pourquoi, avant que ne débute la deuxième phase des travaux, entre 2008 et 2010, j’ai souhaité inviter le plus large public dans ce lieu magnifique et lui donner en quelque sorte un avant-goût de la programmation qui pourra, ici, associer toutes les facettes de notre rayonnement culturel, fondé sur l’alliance de la création la plus contemporaine et de notre patrimoine le plus emblématique.

Le caractère exceptionnel de cet événement justifiait qu’au-delà des Journées du patrimoine, le Grand Palais demeure ouvert librement au public jusqu’au 1er octobre, de midi à minuit, et, qu’ensuite, un circuit de visite soit organisé.

Nos concitoyens pourront ainsi découvrir deux éléments symboliques de l’histoire et de l’avenir de ce lieu, qui a, depuis l’exposition universelle de 1900, toujours été dédié au rayonnement de la France, dans ses multiples dimensions artistiques et culturelles - on parlait à l’époque de Beaux-Arts et d’Arts décoratifs avec en particulier l’accueil des Salons - mais aussi économiques, techniques, scientifiques et festives, avec l’accueil de toutes sortes de foires, de salons et d’évènements, comportant toujours un aspect lié à la découverte de la Modernité ou de l’Autre.

J’ai souhaité donc que cette verrière, qui est en elle-même un fleuron de notre patrimoine, accueille des éléments prestigieux de notre patrimoine historique, mais qu’elle demeure aussi ouverte sur les créations d’aujourd’hui, sur notre propre modernité.

L’histoire, c’est l’exposition dans cette nef des globes de Coronelli. C’est un événement exceptionnel. J’ai souhaité que ces deux sphères, l’une terrestre, l’autre céleste, mesurant plus de quatre mètres de diamètre et douze mètres de circonférence, et pesant une tonne et demie chacune, les plus grandes jamais construites au XVIIe siècle, commandées par le Cardinal d’Estrées à Vincenzo Coronelli pour Louis XIV, soient sorties des caisses où elles demeuraient depuis leur dernière présentation au public - c’était au Centre Georges Pompidou, il y a un quart de siècle. Les globes de Coronelli n’avaient auparavant pas été vus par le public depuis 1901, après avoir été longtemps présentés à Marly, puis à la Bibliothèque du Roi, devenue Bibliothèque nationale, avant la construction de la grande salle de lecture rue de Richelieu.

Je tiens à remercier le groupe Natexis-Banques Populaires, d’avoir, grâce à son mécénat, permis cette opération, et le président Jean-Noël Jeanneney, d’en avoir, avec enthousiasme, accepté l’idée, d’autant que les globes pourront, après leur passage au Grand Palais et leur restauration, être exposés à la nouvelle Bibliothèque nationale de France, dans le hall du site François Mitterrand.

Expression de la volonté de puissance du Roi Soleil, ces globes, par le savoir encyclopédique qu’ils manifestent, sont aussi précurseurs des Lumières, des grandes découvertes et de la science moderne. C’est une autre mise en lumière qui sera proposée au public pour illuminer cette verrière qui éclairera à nouveau Paris. Je veux parler des « ondes visibles », de la création lumineuse de Thierry Dreyfus et sonore de Frédéric Sanchez, qui accompagnera le public lors de sa traversée du Grand Palais.

J’ai confié au talent de Patrick Bouchain la charge de coordonner l’ensemble de la mise en espace et de la scénographie qui unira la présentation des globes de Coronelli et cette installation.

Cette unité montrera ainsi combien les créations contemporaines - en l’occurrence celles de ces jeunes artistes - peuvent mettre en valeur notre patrimoine, tout en le métamorphosant et en quelque sorte, en lui rendant son âme, en demeurant fidèle à l’esprit qui a présidé à sa création, et en l’ouvrant à de nombreux publics.

Dès l’exposition universelle de 1900, 12000 ampoules illuminaient la verrière dans le ciel de Paris, le Grand Palais étant lui-même un hymne à la lumière, qui change son aspect d’heure en heure.

L’installation diurne de Thierry Dreyfus utilisera des miroirs et la lumière naturelle pour donner aux visiteurs l’impression qu’ils marchent dans la verrière. La nuit, des vagues lumineuses permettront aux passants de glisser de l’éblouissement à la rêverie. Ces sensations seront complétées par l’espace sonore que créera Frédéric Sanchez, tout au long de ce parcours, et qui alliera la musique la plus contemporaine aux éléments de notre patrimoine musical de ces cinq derniers siècles et à des sons venus de la nature.

Je tiens à remercier la Fondation EdF, partenaire privilégié du ministère de la Culture et de la Communication - grâce à ses prestigieuses mises en lumières du pont du Gard et du Mont Saint Michel - qui a permis, par son mécénat, de présenter cette création. Cette programmation est, je l’ai dit, en quelque sorte une avant-première. Car je veillerai à la qualité de la programmation culturelle du Grand Palais et des évènements qui y seront accueillis tout au long de l’année.

Parmi ceux-ci, je peux vous signaler dès maintenant des salons d’artistes, une exposition de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC), du 5 au 10 octobre prochains, le salon d’art contemporain Art Paris, la Biennale des antiquaires, Musicora – salon de la musique classique et du jazz – mais aussi les défilés des maisons Dior, Chanel, Yves Saint-Laurent et Hermès, et l’enregistrement d’émissions de télévision, comme le Téléthon et « des Racines et des Ailes », sur le thème du patrimoine, qui sera diffusée sur France 3 le mercredi 14 septembre.

Bien sûr, les Galeries nationales demeureront au Grand Palais. C’est donc un véritable projet culturel qui irriguera ce haut lieu de notre patrimoine, au bénéfice d’une nouvelle institution, destinée à prendre progressivement la place qui lui revient naturellement dans notre paysage culturel, par la richesse, la variété et la densité de sa programmation.

De telles perspectives, mûrement réfléchies, et sur lesquelles je me suis engagé, avec l’accord du Gouvernement, excluent bien entendu tout autre projet parallèle, dont j’entends dire, ici ou là, qu’il pourrait être à l’étude [ projet d’extension du Palais de la découverte ].

Pour que vous puissiez vous-mêmes prendre toute la mesure de cet espace et de ces perspectives, je vous invite - par petits groupes, j’y insiste - à découvrir le toit du Grand Palais, au bénéfice du temps magnifique d’aujourd’hui. Vous verrez de vos propres yeux combien c’est un lieu unique qui sera bientôt offert aux Parisiens, aux Français et aux visiteurs du monde entier.

Je vous remercie.


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