
Madame la Présidente,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de vous retrouver, à lInstitut du
monde arabe, en ce lieu exemplaire de louverture et du dialogue des
cultures si nécessaires à notre temps, au cur de cette
journée de réflexion sur un sujet auquel, je vous le dis
demblée, jattache, en tant que ministre de la culture et de
la communication, une très grande importance, particulièrement
dans le contexte de violence nationale et internationale que nous vivons.
Jai coutume de dire que nous vivons une époque moyenâgeuse :
confrontés à un chaudron qui peut exploser à tout moment,
des fagots sont jetés et peuvent à tout moment exploser.
Je tiens à adresser mes remerciements aux organisateurs, Blandine Kriegel, Présidente du Haut conseil à lintégration, Denis Bauchard, notre hôte, Président de lInstitut du monde arabe, Dominique Baudis, Président du CSA, et Olivier Rousselle, directeur général du Fonds daction et de soutien pour lintégration et la lutte contre les discriminations, pour avoir réuni ici tous ceux qui peuvent et doivent agir pour faire bouger les choses.
Cest ce qui fait la force de cette journée et cest bien pourquoi je compte beaucoup sur vos travaux, dont je me tiens étroitement informé.
Ce colloque est en effet une première.
Je tiens à féliciter tout particulièrement Dominique Baudis, davoir pris linitiative de rassembler, celles et ceux qui feront, jen suis convaincu, progresser notre réflexion à tous : autorité de régulation, haut conseil, fonds daction et de soutien, mais aussi, bien sûr, en première ligne, les hauts responsables des chaînes de télévision, et tous les acteurs opérationnels, quils soient animateurs, producteurs, journalistes, mais aussi comédiens, entrepreneurs, responsables des associations qui se mobilisent pour que nos écrans soient moins pâles, pour quils prennent des couleurs, tout simplement les couleurs de la société française daujourdhui : une société riche de la diversité de ses talents, de la diversité des identités, des racines, des origines géographiques et sociales, et des traditions qui la composent.
Bref, une diversité féconde, car elle exprime avant tout ce qui rassemble et non pas ce qui divise :
- une diversité qui unit plus quelle sépare, qui propose plus quelle noppose ;
- une diversité fondée sur le respect, la tolérance, la connaissance autant que sur la reconnaissance ;
- une diversité qui est gage de richesse et dunité de notre République ;
Une société qui exclut, qui additionne les communautarismes est une société qui meurt, recroquevillée sur les replis identitaires.
Sil y a une valeur à laquelle je suis particulièrement sensible, cest lamitié. Je constate avec plaisir que je compte de nombreux amis dans la salle.
Mais permettez-moi de rendre un hommage personnel à lun dentre eux, un hommage particulier, car cest un ami qui incarne vraiment, par son parcours, cette vision chaleureuse de la société française que nous partageons et qui agit pour la faire prévaloir. Cest linventeur de la formule « écrans pâles », titre dune tribune publiée récemment. Vous laurez reconnu, il sagit de notre ami Zaïr Kedadouche, Zaïr « le gaulois », comme il se définit lui-même.
Oui, Zaïr, tu as raison : « vivre ensemble avec nos différences, cest faire chacun un effort et se tendre la main », je reprends volontiers ces propos qui sont les tiens à mon compte.
Oui, la télévision doit montrer lexemple.
Oui, cest une vraie responsabilité des chaînes.
Et cest, en particulier, une responsabilité du service public.
La télévision doit montrer lexemple.
Notre société souffre de multiples fractures et de multiples violences, visibles et invisibles. Cest pourquoi laction en faveur de la cohésion sociale est, plus que jamais, une ardente obligation qui incombe à chacun dentre nous.
Dans une société individualiste, marquée par le repli et les crispations, la télévision tient parfois lieu de lien social.
Le creuset républicain passe aussi par le citoyen-téléspectateur, donc par lexpression, à la télévision, de la diversité de notre société.
Cest une vraie responsabilité des chaînes.
Les modifications introduites dans les conventions passées avec lensemble des diffuseurs disposent clairement que lensemble des chaînes doivent « promouvoir les valeurs dintégration et de solidarité qui sont celles de la République ». Elle doivent aussi « prendre en compte dans la représentation à lantenne la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale ».
Lobjectif est donc clair et les temps ont changé :
- Le temps est bien révolu où des responsables de chaînes ou de programmes craignaient que la présence à lantenne de journalistes ou de présentateurs de couleur ait pour effet de réduire laudience ! Au contraire, il semble que les études montrent, fort heureusement, linverse : les téléspectateurs attendent une plus grande variété de talents ;
- Le temps nest plus tout à fait où les minorités étaient cantonnées dans des rôles ingrats, stéréotypés, caricaturaux, peu valorisants pour limage des communautés quils étaient censés représenter à lécran !
Malgré ces évolutions, ne nous rassurons pas à bon compte ! Beaucoup reste à faire. Jen appelle :
- à lintelligence, à la liberté, à la créativité de chacun ;
- à la rigueur aussi, dans la définition de repères stables et de critères pertinents, pour permettre dévaluer sereinement et efficacement le chemin parcouru ;
- à la vigilance, également, face aux risques de dérives, et je pense à la tentation de quotas basés sur la couleur de la peau ou lorigine ethnique ou religieuse supposée. Attention ! Nous devons tous veiller à ne pas créer de ghettos artificiels dans le paysage audiovisuel français, à lheure où tous nos efforts doivent au contraire tendre à « déghettoïser », à décloisonner notre société !
Il y a une responsabilité particulière du service public.
Jentends et je partage les vux du CSA de voir les engagements de la télévision publique formalisés dans les cahiers des missions et des charges des chaînes publiques. Je salue le travail dores et déjà réalisé par le CSA qui a joué pleinement son rôle dimpulsion.
De même, le plan « daction positive » de France Télévisions pour lintégration me paraît aller dans la bonne direction et traduit le rôle et la responsabilité que se donne le groupe phare du service public de laudiovisuel.
Ce plan me paraît aller dans le bon sens dabord dans les termes. Sagissant dune question de société où le symbole est toujours proche de laction, les mots ont leur importance. Oui, « laction positive », « la mobilisation positive » sonnent mieux que la « discrimination positive ».
Ensuite dans la double dimension de cette action, qui porte sur le contenu des programmes, et sur la politique sociale de lentreprise.
Les chaînes de service public sont des témoins, au sens fort. Leur témoignage a valeur dengagement.
Sil est un domaine où cet engagement doit prendre toute sa force, cest aussi celui de lemploi. Jy serai très attentif. Comme je lai dit, je me considère comme le ministre de lemploi culturel, et cela vaut aussi pour ma responsabilité de ministre de la communication.
Linsertion professionnelle de tous les talents, dans tous les métiers de laudiovisuel doit être une priorité. Il convient aussi de développer des partenariats avec des écoles et mettre en place des systèmes astucieux, en amont, dans lesprit de ce qua su faire Sciences-Po, pour diversifier les recrutements.
Vous laurez compris, mon objectif est de faire vivre, en association avec tous les acteurs, dans laudiovisuel, cette très belle promesse républicaine inscrite à larticle VI de la déclaration des droits de lhomme : que tous les citoyens, égaux, soient réellement « également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »
Oui, nos écrans doivent offrir à chacun de vraies chances de réussite.
Merci dêtre venu ici échanger de bonnes idées et de bonnes pratiques qui nous seront utiles pour avancer. Je compte sur vos réflexions et vos propositions qui, nen doutez pas, se traduiront en actions concrètes et mesurables par tous.