Discours et communiqués de presse
Remise des insignes de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres
à Annick Massis


7 mars 2007

Annick MassisChère Annick Massis,

un véritable triomphe, en ce moment même, à l'Opéra national de Paris, où vous interprétez la Princesse Eudoxie, dans La Juive d'Halévy. La finesse de votre interprétation, votre puissance dramatique et votre extrême musicalité sont au cœur de l'événement.

Si le mot vocation a un sens, alors, chère Annick Massis, vous l'illustrez à merveille ! Passionnément attirée par l'art lyrique dès l'enfance, vous vous heurtez aux réticences de vos parents, qui tentent de vous en éloigner, de toute la force de leur tendresse et de leur expérience : un père baryton dans le Choeur de Radio France et une mère cantatrice ne sont, paradoxalement, pas les meilleurs alliés pour aborder la carrière ! Peut-être, simplement, cherchaient-ils à éprouver votre conviction, parce qu'ils connaissaient mieux que quiconque l'âpreté du métier que vous rêviez d'embrasser.

Mais les chemins buissonniers ne sont pas les moins efficaces. Vos études d'histoire et d'anglais vous forgent de solides bases pour évoluer dans le monde universel de l'art lyrique. Quant au métier d'institutrice, que vous exercerez durant huit années, il vous permet d'ouvrir les portes de la pratique musicale à vos jeunes élèves, et de vous laisser émerveiller par leur écoute de L'enfant et les sortilèges et par leur imagination naissante.

Mais vous n'avez jamais renoncé à l'étude du chant. Vous apprenez tardivement le solfège, rencontrez de grands maîtres et suivez une chaîne de hasards et d'amitiés qui feront de vous cette " soprano à la voix ailée " demandée par les maisons d'opéra du monde entier.

Disciple d'Isabel Garcisanz, élève dans les masterclasses de Régine Crespin et les stages de Denise Duplex, vous rencontrez Gabriel Dussurget, fondateur du Festival d'Aix-en-Provence, qui vous présente au chef d'orchestre Bernard Thomas.

Une simple audition vous permet de débuter dans la Grand Messe en Ut de Mozart, l'un des compositeurs phares de votre panthéon personnel. C'est ensuite tout un répertoire d'oratorio qui s'offre à vous, et des engagements, très vite, dans la plupart des opéras de notre pays, où vous excellez, dans le répertoire français du XIXe siècle.

En 1997, le Festival de Glyndebourne représente un tournant dans votre carrière, désormais internationale. Vous êtes une Comtesse Adèle très remarquée dans Le Comte Ory de Rossini. Lyrique, virtuose, plein d'esprit, ce rôle, au-delà de la performance vocale, est l'un des plus drôles du répertoire. Il vous permet de déployer la fantaisie et la présence scénique que l'on applaudira aussi dans un rôle à votre démesure, celui de La Folie dans Platée de Rameau, que vous chantez au Palais Garnier sous la direction exigeante de Marc Minkowski. Vous brillez de la même façon dans Les Indes Galantes , sous la direction de William Christie.

Le fait marquant de ces représentations n'est pas uniquement votre aptitude à chanter un contre-ré, c'est aussi l'élargissement de votre répertoire au registre baroque, pour lequel les meilleurs chefs vous réclament.

Mais les grands rôles dramatiques du répertoire italien vous offriront sans doute vos plus grands triomphes. Je fais ici, bien sûr, allusion à vos débuts au Metropolitan Opera de New-York, où vous chantez au cours de la saison 2002-2003 le redoutable rôle-titre de Lucia di Lammermoor. La folie toujours!.

La même saison, vous livrez toute l'étendue de votre palette. Vous enregistrez Marguerite d'Anjou, de Meyerbeer, pour le label Opera Rara avec le London Philharmonic Orchestra, et vous interprétez Teresa dans Benvenuto Cellini, de Berlioz, au Théâtre Mogador avec l'Orchestre de Paris dirigé par Christoph Eschenbach.

Vous qui déclarez " cultiver un grain de folie ", vous nous offrez l'image d'un talent exemplaire et rigoureux, qui s'épanouit dans tout les répertoires.

Vous êtes aussi convaincante et émouvante en Ophélie du Hamlet d'Ambroise Thomas, qu'en Leila des Pêcheurs de perles de Bizet, en Elvire des Puritains qu'en Gilda de Rigoletto ou en Giuletta des Capulet et des Montaigu.

Vous aimez, je le sais, vous adapter à chaque style, avec une prédilection cependant pour le grand répertoire romantique italien, ainsi que pour les grandes pages du XIXe siècle français, que vous servez admirablement. Votre interptétation de la Princesse Eudoxie nous en offre une fois encore un témoignage éclatant.

Vous êtes l'un des fleurons de cette magnifique génération de chanteurs français qui s'épanouit aussi bien dans Mozart, Offenbach, que dans le répertoire baroque ou Ravel. Vous défendez leurs couleurs à Milan, à Vienne, à Barcelone, aux Etats-Unis et en Angleterre, où vous êtes l'invitée des plus grandes scènes lyriques. Je suis heureux de saluer ce soir une artiste véritable, diverse, et audacieuse, qui fait rayonner la scène française au-delà de nos frontières.

Annick Massis, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres.

photo : Farida Bréchemier/MCC



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