Le gouvernement et la majorité étaient confrontés à un défi majeur
Plus de la moitié des Français
sont internautes et plus de huit internautes sur dix sont connectés
par haut débit. En l'absence d'offre légale attractive, une
partie d'entre eux avait pris l'habitude de télécharger illégalement
dans un contexte d'impunité de fait ce qui constitue un risque pour
la création et la diversité culturelle.
Ce contexte nécessitait d'aborder avec courage et pédagogie
deux enjeux :
> adapter le droit d'auteur, fruit de la Révolution française,
à l'ère du numérique pour garantir le respect et le développement
de notre création et faire vivre concrètement la diversité
culturelle promue par le Président de la République et consacrée
dans le droit international par la convention de l'Unesco en cours de ratification.
> faire d'Internet une double chance : pour le public, c'est une chance
d'avoir accès à plus de musique et de cinéma, à
des tarifs attractifs et quel que soit son lieu d'habitation sur le territoire.
Pour les artistes, c'est une opportunité supplémentaire de faire
connaître leur travail et de développer de nouvelles formes d'exploitation
des œuvres et de nouvelles ressources pour la création.
Ces deux enjeux ont été pris de front grâce à une
collaboration fructueuse entre le Gouvernement et la majorité. Plutôt
que se retrancher dans la posture de double langage adoptée par l'opposition
pour ne rien faire, la majorité a choisi la voie de l'action pour parvenir
à une réconciliation entre les artistes et les internautes et
à un résultat d'équilibre.
Ainsi, le projet de loi permet de garantir deux principes :
> Le premier principe est le respect du droit
d'auteur, droit fondamental et intangible. En cela, la majorité promeut
une idée simple : chacun doit pouvoir vivre du fruit de son travail
;
> Le deuxième principe essentiel est
le développement de l'accès le plus large aux œuvres.
Il s'agit de développer une liberté qui, dans l'univers numérique,
doit permettre d'accéder à une offre nouvelle et diversifiée.
C'est dans ce cadre que la commission mixte paritaire, réunie le 22
juin dernier, a abouti à un texte commun. Cet accord montre qu'un équilibre
était possible en respectant l'ensemble des points de vue.
Voici donc les raisons de juger positivement l'équilibre traduit par
le texte de la commission mixte paritaire, fruit d'un travail de collaboration
entre le Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat.
> La garantie du droit d'auteur
: remettre nos créateurs au centre de leurs choix de diffusion et leur
permettre de vivre du fruit de leur travail
> Le projet de loi garantit qu'à l'ère numérique l'auteur
choisit le mode de diffusion de ses œuvres et qu'il peut le faire gratuitement.
Il s'agit là d'un apport essentiel de la majorité au texte initial.
> Une réflexion sera engagée pour la mise en place d'une
plate-forme publique de téléchargement, permettant à
tout créateur vivant, absent des plates-formes commerciales de téléchargement,
de mettre ses œuvres ou ses interprétations à disposition
du public et d'en obtenir une juste rémunération. Là
encore, cela constitue concrètement une chance supplémentaire
offerte à des artistes pour la promotion de leur talent, en dehors
du système strictement commercial ;
> L'interopérabilité : l'émergence d'un principe nouveau pour un accès plus large aux œuvres
> Le projet de loi affirme un principe nouveau qui fait de la France un pays pionnier en Europe : l'interopérabilité. Derrière un terme technique, une réalité simple : toute œuvre acquise légalement doit pouvoir être lue sur n'importe quel support numérique. Il s'agit ainsi de mettre fin aux verrous technologiques induisant des situations de monopole qui rendent les consommateurs prisonniers d'une technologie. Depuis le débat français sur le projet de loi, quatre autres pays européens veulent suivre l'exemple français.
Le texte de la CMP a défini un cadre opérationnel
précis pour mettre en œuvre ce principe :
> Les mesures techniques de protection ne doivent pas avoir pour effet
de nuire à la mise en œuvre effective de l'interopérabilité.
A cet effet, les fabricants de mesures techniques de protection ont l'obligation
de fournir les informations essentielles à l'interopérabilité,
afin de favoriser l'innovation et la concurrence. Les manquements seront soumis
à une autorité administrative indépendante, l'Autorité
de régulation des mesures techniques, dont les pouvoirs ont été
renforcés et qui pourra prononcer des sanctions.
> L'interopérabilité doit s'inscrire dans le cadre d'une
concurrence loyale et ne doit donc pas constituer un prétexte au piratage
en rendant inefficaces les mesures techniques de protection ;
La préservation de l'avenir du logiciel libre : par
rapport à la directive, qui ne contient aucune disposition concernant
spécifiquement le secteur du logiciel, de nombreuses dispositions supplémentaires
ont été apportées en faveur du logiciel libre dans le
projet de loi, en particulier pour :
> clarifier la définition des mesures techniques, pour éviter
des effets similaires au brevet logiciel
> préserver clairement l'exception de décompilation, qui
est une alternative aux procédures engagées auprès de
l'autorité pour obtenir les informations essentielles à l'interopérabilité.
> explicitement de l'interdiction de contournement des mesures techniques
les actes réalisés à des fins d'interopérabilité.
> La consolidation de la copie privée
La copie privée est le droit de réaliser en
fonction du type de support, pour son usage personnel ou celui de ses proches,
un nombre raisonnable de copies d'œuvres acquises légalement.
L'Autorité de régulation des mesures techniques pourra être
saisie par les consommateurs, pour ordonner de modifier les mesures techniques
et préserver le bénéfice de la copie privée.
La copie privée sera donc préservée, tout comme la rémunération
pour copie privée, qui rémunère les créateurs
et contribue à l'action culturelle et au financement du spectacle vivant.
> La défense du droit d'auteur dans un esprit de prévention, de justice et d'équité : des sanctions proportionnées à la gravité des actes
Ce projet de loi met fin à une menace juridique qui
planait sur l'ensemble des internautes : la prison et les perquisitions pour
acte de téléchargement. Un internaute qui télécharge
illégalement de la musique ou un film sur Internet pour son usage personnel
ne risquera plus la prison !
Les internautes étaient donc passibles de lourdes sanctions, tandis
qu'une impunité semblait perdurer à l'égard des intermédiaires
qui tiraient profit de la casse du droit d'auteur.
C'est pourquoi le texte voté par l'Assemblée et le Sénat
différencie clairement les responsabilités et instaure une véritable
gradation proportionnée des sanctions, adaptée aux fautes commises.
A l'égard de l'internaute, le texte met en place une politique de prévention
: les fournisseurs d'accès à Internet transmettront à
leurs abonnés des messages électroniques généraux
de sensibilisation aux dangers du piratage pour la création artistique,
sans la moindre surveillance des comportements.
En cas d'échange d'une ou plusieurs œuvres, l'internaute risquera
une contravention proportionnée et graduée, dans le respect
complet de la personne et de la vie privée, d'un montant maximum de
38 euros en cas de téléchargement, de 150 euros en cas de mise
à disposition, ou plus élevée en cas de pratiques massives.
Un décret en Conseil d'Etat, prévu par le projet de loi, précisera
ces contraventions.
Les sanctions les plus lourdes sont réservées à ceux
qui organisent la violation manifeste du droit d'auteur. Sont visées
les personnes qui conçoivent et donnent les moyens de casser les mesures
techniques de protection et, plus encore, de ceux qui éditent des logiciels
dans l'intention frauduleuse de favoriser la mise à disposition non
autorisée d'œuvres protégées.
La création d'une autorité de régulation des mesures techniques pour garantir l'interopérabilité et la copie privée
La création d'une Autorité de Régulation
des mesures techniques pour une adaptation constante aux évolutions
technologiques
Comme tout secteur en constant mouvement, Internet a mis en lumière
une difficulté réelle : le risque pour l'Etat et le législateur
de marquer un temps de retard sur une évolution technologique qui se
diffuse rapidement et largement dans la société et qui crée
chez les utilisateurs des comportements nouveaux s'imposant vite comme des
habitudes.
Pour éviter cet écueil, l'Autorité de régulation
des mesures techniques, qui sera composée de six membres, garantira
et conciliera à la fois le droit d'auteur, la copie privée et
l'interopérabilité, tout en étant en phase avec l'innovation
technologique et avec la modification des pratiques des internautes.
L'Autorité de régulation des mesures techniques a le pouvoir
d'infliger une sanction pécuniaire applicable soit en cas d'inexécution
de ses injonctions, soit en cas de non-respect des engagements qu'elle a acceptés.
Afin d'éviter de figer dans la loi des règles qui pourraient
être rendues obsolètes par l'évolution technologique,
l'Autorité aura le rôle de déterminer le nombre de copies
en fonction du type de support.
Les autres apports dU projet de loi : un accès aux œuvres plus large pour les personnes handicapés, un crédit d'impôt pour une diversité de l'offre musicale
> Des apports nouveaux en faveur des personnes handicapées et le maintien de l'exception pédagogique
Une exception nouvelle autorise désormais les associations
et certains établissements œuvrant en faveur des personnes handicapés,
à transcrire et à diffuser les œuvres dans des formats
adaptés, par exemple en braille.
Afin de faciliter leur travail, les associations et établissements
pourront accéder sur demande au fichier source numérique des
livres et de la presse, auprès du Centre national du livre ou d'un
organisme désigné par décret.
Ces mesures doivent permettre de développer l'accès à
la culture pour les personnes handicapées, y compris en utilisant les
dernières innovations technologiques, sans toutefois porter atteinte
à l'exploitation normale des œuvres.
La CMP a maintenu et précisé l'exception pédagogique
introduite par le Sénat pour prendre le relais, début 2009,
des accords signés entre les ayants-droit et le ministère de
l'éducation nationale, afin d'autoriser les utilisations des œuvres
à des fins pédagogiques et de recherche en contrepartie d'une
rémunération négociée.
> La mise en place d'un crédit d'impôt musique pour favoriser la création indépendante
Le projet de loi met en œuvre un crédit d'impôt musique essentiellement destiné aux petites structures. Il s'agit alors de traduire l'idée de diversité de l'offre en ciblant les petites structures indépendantes, souvent fragiles sur le plan économique. A titre de comparaison, la mise en place du crédit d'impôt pour le cinéma et l'audiovisuel a permis de relocaliser en France 35 % de tournages supplémentaires en seulement un an.
> Le projet de loi transpose aussi la directive européenne sur le droit de suite
Le droit de suite est un pourcentage versé aux artistes plasticiens et à leurs héritiers lors de chacune des ventes successives de leurs œuvres sur le marché. La directive européenne du 27 septembre 2001 uniformise le droit de suite et les taux applicables à l'ensemble des pays de l'Union. Cette directive permettra aux professionnels français, à terme, de travailler dans des conditions de concurrence égales par rapport aux autres pays européens.
Le Gouvernement présentera au Parlement un rapport sur la mise en œuvre de la loi
Ce projet de loi pose des principes. Dans les dix-huit mois
suivant la promulgation de la loi, un rapport étudiera son impact,
notamment quant à la question de l'accès aux œuvres.
Les conditions de mise en place de la plate-forme publique de téléchargement
seront également analysées.