Extrait du compte rendu analytique de la séance de 15h
Assemblée
nationale - jeudi 9 mars 2006
M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication -
À l'Assemblée comme au Sénat, il est légitime que l'on débatte de la
forme et du fond. Les questions de procédure sont porteuses de valeurs.
Il en va, en effet, de la liberté d'expression, de l'équilibre et du
pluralisme.
Chacun doit pouvoir expliquer avec passion et conviction ce
qu'il pense en toute indépendance et en toute dignité. Toutefois, nos
concitoyens s'étonnent que les questions qui les concernent directement
ne soient pas abordées au Parlement. Dans chaque famille française,
chaque école, chaque café, chaque lieu de culture, on s'interroge :
comment faire en sorte que la technologie reste une chance et ne soit
pas une menace ? Hier, nous avons discuté de procédure. Je suis
respectueux de vos interrogations et de vos interpellations...
Depuis le début de ce
débat, il y a vingt-trois mois, j'ai voulu être au
cœur de la mêlée. [...] Il est regrettable que, depuis ce matin, la procédure prenne le pas sur
le fond quand, et je suis fier de le constater, personne ne remet en
cause le point d'équilibre trouvé par le Gouvernement. [...]
Personne ne conteste le fait que nous sommes passés de la menace de la prison et d'une amende de
300 000 euros pour l'internaute ordinaire à un mécanisme de
responsabilité approprié. Personne ne conteste cette avancée !
Nous
voulons que chaque internaute puisse lire sur n'importe quel support
les œuvres qu'il détient légalement. Bien
évidemment,
amendements et sous-amendements permettront encore d'enrichir le texte.
Nous devons avancer sur la question de la copie privée.[...]Ce
débat traverse toutes les familles politiques. [...] Je suis
saisi de demandes totalement contradictoires.
Certains
veulent le retrait du projet alors que nous avons déjà
pris beaucoup de retard dans la transposition de la directive. Il est
urgent d'agir. Il est urgent de proposer une offre nouvelle dans les
domaines de la
musique et du cinéma. Nous ne pouvons pas courir
indéfiniment derrière
la technologie... Nous devons fixer des principes. Nous devons traiter
ces questions qui passionnent nos concitoyens ! Nous avons tout le
temps pour le faire. J'ai été à la
disposition des commissions qui ont voulu
m'auditionner ainsi que des parlementaires et je le reste
. Le débat doit avoir lieu !
Vos manœuvres d'obstruction ne feront pas illusion à
l'extérieur. Tout le monde sait que vous n'avez aucune proposition
alternative à celle du Gouvernement
.
Certains
réclament la création d'une mission d'information
parlementaire pour
mener une réflexion permanente sur les évolutions
technologiques. Cela
ne relève pas de ma responsabilité. En revanche, il est
de mon devoir
de vous dire que le Gouvernement, conscient du défi que
représente
l'évolution technologique, a pris l'engagement au terme de la
première
année d'exécution de la loi de présenter un
rapport sur la nécessité ou non d'adapter la loi. La
technologie évolue
et le Gouvernement est prêt à travailler en collaboration
avec
l'Assemblée sur ce sujet. Enfin, on me demande de lever
l'urgence. Je
tiens à réaffirmer que nous prendrons tout le temps qu'il
faudra pour
délibérer. En d'autres termes, aucune contrainte ne
pèse sur nos épaules, le Premier ministre me l'a
rappelé tout à l'heure. Il y a dans le
système français deux chambres : l'Assemblée
nationale et le Sénat. Chacune d'entre elles aura le temps
de la délibération. [...]
Je vous demande de respecter la légitimité du travail de l'Assemblée
nationale, pour que les questions que se posent nos concitoyens
puissent enfin être tranchées par vous-mêmes, puis par le Sénat. Si le
Gouvernement constate des divergences fondamentales d'analyse entre les
deux assemblées, il n'agira pas par la force.
Ceci posé, il est
urgent d'agir : chaque jour qui passe est un jour de perdu pour l'offre
nouvelle de musique et de cinéma qui ne demande qu'à naître. Seule la
sécurité juridique permettra aux talents diffusés par internet de
rayonner. Cette sécurité juridique doit correspondre au nouveau modèle
économique que chaque internaute attend : il faut une offre légale,
nouvelle, diversifiée, respectueuse de cette grande victoire que nous
avons remportée à l'UNESCO sur la diversité culturelle.
Je suis donc à
votre disposition pour prolonger un débat qui n'a aucune raison
légitime d'être interrompu. Le temps est venu de la
responsabilité. Je respecte trop la souveraineté
parlementaire pour exercer la moindre pression. Mais il est urgent d'agir, et ce ne sont pas les invectives qui m'intimideront.