Monsieur le Président,
Mesdames et
Messieurs les Députés,
Le débat parlementaire sur
ce projet de loi a ouvert un véritable débat de
société sur le droit dauteur, sur laccès aux
uvres et à la culture, sur leur prix, sur le financement de la
création, sur la diversité culturelle et sur linnovation,
à lère dInternet. Un débat utile, au fort
retentissement, parce quil concerne la vie quotidienne de nos
concitoyens, et en particulier des plus jeunes. Lenjeu est majeur, car
plus dun Français sur deux est internaute aujourdhui et,
à terme, grâce à la politique résolue menée,
en particulier par ce gouvernement, pour résorber la fracture
numérique et développer lusage des nouvelles technologies,
pour étendre la couverture de notre territoire, la plupart dentre
nous le deviendront.
Dans lhémicycle comme au dehors,
jai toujours été à lécoute de toutes
les opinions. Je ne regrette pas le débat qui sest ouvert et qui
traverse, au demeurant, toutes les familles politiques. Ce débat a
largement débordé lhémicycle et je men
réjouis, car cela prouve combien la Représentation nationale est
en prise avec la société. Et je tiens à vous le dire avec
beaucoup de force et de respect - alors quil est certainement suivi avec
une attention et une audience sans précédent sur le site Internet
de lAssemblée nationale maintenant cest ici, dans
lhémicycle, que le débat se poursuit et doit se
conclure.
Jai écouté vos interrogations, vos
convictions, vos doutes. Tous légitimes. Je vous ai entendus. Les
semaines écoulées depuis la suspension du débat en
séance publique ont permis de poursuivre la concertation sur ce texte,
pour approfondir la réflexion, pour travailler avec vous, avec votre
Rapporteur, avec la commission des lois, ainsi quavec la commission des
affaires culturelles, familiales et sociales, et la commission des affaires
économiques, qui mont auditionné. En témoignent les
nouveaux amendements qui ont été déposés. Notre
travail collectif sur les articles de ce projet de loi, afin de parvenir au
« juste équilibre » souhaité par le Président
de la République dans ses vux aux forces vives, va maintenant
pouvoir aboutir et je men réjouis.
Deux principes simples
me paraissent devoir nous guider dans la recherche de cet équilibre. Le
premier est que le droit dauteur est un droit fondamental et intangible.
Héritier des Lumières, il a su sadapter aux innovations
technologiques, comme linvention du disque et de la vidéo. Il est
de notre responsabilité, de votre responsabilité de
législateurs, de ladapter à Internet. Le deuxième
principe fondamental est laccès à la culture :
laccès aux uvres grâce à lunivers
numérique est essentiel selon moi. Lenjeu de notre débat
est de construire, sur la base de ces deux principes, un Internet
équitable.
Tel est le sens du nouvel équilibre que
proposent les amendements du gouvernement, ainsi que plusieurs amendements
parlementaires, et notamment ceux de votre commission des lois.
Linternet équitable, cest
dabord lInternet de la liberté de création des
auteurs, de la liberté daccès du public aux uvres, de
la liberté des créateurs de choisir les conditions
daccès à leurs uvres et de leur
rémunération, y compris la gratuité, car ce choix leur
appartient. Sur ce sujet, je sais que certains dentre vous souhaitent
réaffirmer que lauteur est libre de choisir le mode de
rémunération de ses uvres ou de les mettre gratuitement
à la disposition du public. Cest un élément
très positif de clarification de notre débat. Le libre choix de
lauteur, lexercice libre de son consentement sont primordiaux, sous
réserve, bien sûr, des droits consentis à des tiers, comme
est légitime la volonté des créateurs de vivre de leur
travail.
Cest dans cet esprit que jai poursuivi, au nom du
Gouvernement, et avec un bon nombre dentre vous, la concertation autour
de ce projet de loi, afin de rapprocher les points de vue et de faire
prévaloir lintérêt général. Tel est le
sens des amendements du Gouvernement. Tel est aussi le sens des accords pour
lutilisation des uvres à des fins pédagogique et de
recherche que je vous avais annoncés en décembre, et qui ont
été conclus, la semaine dernière, entre le
ministère de lEducation nationale et les différents
secteurs concernés.
LInternet équitable doit
respecter les valeurs de liberté auxquelles les internautes sont
très attachées.
La licence globale, quelle soit
optionnelle ou non, créerait un système inéquitable : nous
savons quelle instaurerait une taxation des abonnements par Internet,
sans que la musique et le cinéma français y trouvent un
financement suffisant. Modèle unique qui - par la loi -
simposerait à tous, quelle soit optionnelle ou non, elle
nest pas lautoroute qui conduirait à un monde idéal,
mais une impasse pour la création française et la
diversité culturelle. Le débat qui a eu lieu à la suite de
son adoption la, je crois, montré.
Tout le monde na
pas les mêmes attentes et chacun doit trouver sur Internet loffre
qui lui convient. Lobjectif premier de ce texte est aujourdhui
mieux compris : il sagit de développer les offres culturelles en
ligne pour satisfaire les attentes de chacun. Je pense notamment à titre
dexemples : à « lécoute en ligne » pour
un concert en direct ; à la location en ligne, qui permet de
télécharger un film de chez soi pour le regarder pendant 24
heures ; aux offres de découverte, qui permettront découter
un artiste gratuitement pendant une certaine durée, ou de le faire
écouter à dautres. Le projet de loi crée
précisément les conditions pour que se multiplient ces offres de
qualité, sécurisées, diversifiées, à des
prix raisonnables et lisibles sur tous les supports, tout en garantissant,
jinsiste sur ce point, aux consommateurs le droit à la copie
privée, et en donnant aux créateurs la sécurité qui
leur permet de faire basculer leurs catalogues sur ces nouvelles offres. Il en
va de la préservation, du développement, du dynamisme, du
rayonnement de la création française dans le monde, et des 250
000 emplois qui en dépendent. Oui, cette diversité culturelle est
un enjeu essentiel pour la France dans la mondialisation. Un enjeu pour la
croissance, la compétitivité, la préservation de nos
métiers et de nos savoir-faire, la création demplois, et
tout simplement, lémergence et lépanouissement des
talents.
Car le développement dune offre
légale en ligne, cest une plus grande diversité de produits
culturels apportés aux choix des internautes, ce sont de nouvelles
recettes apportées à la création, cest aussi, pour
les internautes, lamélioration de la qualité technologique
des enregistrements du son et de limage.
Pourquoi lemploi,
pourquoi la rémunération due au travail, auraient-ils une valeur
différente, selon quils sont ou non de nature artistique ?
Cest, pour moi, lenjeu central, lenjeu de
société, de ce texte. Il ne vous a pas échappé, car
demain a lieu un rendez-vous décisif, quil est aussi au cur
des négociations interprofessionnelles en cours sur lemploi et sur
lassurance-chômage des artistes et des techniciens du
cinéma, du spectacle vivant et de laudiovisuel. Il est au
cur de la politique culturelle que je mène depuis deux ans, que
javais exposée ici même lors du premier débat au
Parlement sur le spectacle vivant.
LInternet équitable
que je vous propose de construire ensemble sera favorisé par les
nouveaux engagements pris par les principaux acteurs de la musique et du
cinéma, sous légide du gouvernement. Depuis la signature de
la charte musique et Internet en juillet 2004, de nombreux
services sont apparus, dautres vont encore se créer.
Linnovation est foisonnante dans ce domaine et vous rendez possible par
ce texte lémergence dune pluralité doffres
nouvelles. La signature, le 20 décembre dernier, au ministère de
la culture et de la communication, dun accord sur le cinéma marque
un tournant pour lessor des offres de vidéo à la demande,
comme le montrera bientôt le « Printemps de la VOD ».
En transposant la directive européenne, le projet de loi que je
vous soumets apporte une nécessaire protection juridique aux mesures
techniques efficaces de gestion des droits mises en place par les titulaires de
ces droits, et qui apparaissent nécessaires pour permettre
lémergence de ces différents modèles
économiques, pour leur permettre de se stabiliser et de laisser la
concurrence jouer entre eux. Mais, en même temps, ce texte permet
dencadrer la mise en place des mesures techniques de protection. Ainsi,
au-delà même de la directive, ce texte permet de garantir
solidement linteropérabilité, pour donner à chacun
la liberté dutiliser le support de son choix, de choisir un
logiciel libre ou
propriétaire. Il favorise ainsi la concurrence et
linnovation et préserve les intérêts de la recherche,
essentiels pour les entreprises dont la valeur ajoutée est celle de
lintelligence.
La préservation du droit à la copie
privée, que le passage au numérique ne doit pas remettre en
cause, fait partie du nouvel équilibre du texte.
Cest
lobjet des amendements de votre commission des lois aux articles 8 et 9.
Si vous les adoptez, le projet de loi garantira explicitement la copie
privée.
Le projet de loi initial prévoyait déjà
une exception légitime en faveur des personnes handicapées. Elle
sera améliorée encore par certains de vos amendements.
Le
débat provoqué par ce projet de loi a montré à quel
point le téléchargement illicite est un phénomène
complexe, mais dangereux. Très peu dintervenants ont
défendu sa nécessité. Personne ne conteste lampleur
des préjudices causés par les téléchargements
illicites. Tous les acteurs qui contribuent à alimenter le
phénomène ne relèvent pas du même niveau de
responsabilité. Une distinction claire doit être établie
entre linternaute qui télécharge un morceau de musique pour
son usage personnel, les personnes, physiques ou morales, qui incitent aux
téléchargements illicites des uvres, et celles qui tirent
profit duvres illégalement mises en lignes, parfois
même avant leur commercialisation.
Sur ce sujet, je tiens
à rappeler que la surveillance des échanges illégaux est
une surveillance des uvres et non pas une surveillance des
internautes.
Il n'est pas concevable aujourdhui qu'un internaute qui
télécharge illégalement un morceau de musique pour son
usage personnel puisse risquer daller en prison. Il est donc
nécessaire de graduer les sanctions, pour mieux les adapter à la
gravité des actes réalisés. Cest lobjet des
amendements du gouvernement aux articles 13, 14 et après larticle
14.
Enfin, pour favoriser la prise de conscience et la sensibilisation
des internautes à ces enjeux, les fournisseurs daccès
doivent contribuer à la prévention, en transmettant largement
à leurs abonnés des messages électroniques les informant
des dangers évidents du piratage pour la création artistique.
Cest lobjet dun amendement du gouvernement après
larticle 14.
Ce texte devra être évalué
régulièrement afin den mesurer toutes les
conséquences. Dans cet esprit, il me paraît approprié
quun rapport au Parlement soit présenté dès la
première année dapplication de la loi, comme le propose
lun de vos amendements. Jévoquerai les enjeux de cet autre
droit dauteur, le droit de suite, que javais
présentés en ouvrant la discussion générale,
lorsque nous y parviendrons dans la discussion des articles, avant
larticle 28.
Le texte déquilibre, de liberté
et de responsabilité que je vous soumets maintenant nous permet
dinventer et de construire un Internet équitable.
Le
droit dauteur est une conquête, une liberté et un facteur
démancipation essentiels pour les créateurs. Ce projet de
loi nous permet de ladapter à lère dInternet.
La technologie ne doit pas remettre en cause lobjectif qui nous est
commun à tous de défense de la création
française.
Faisons de ce texte une garantie pour lavenir
de la musique et du cinéma français à lère
numérique !