Monsieur le Président du Conseil
supérieur de lAudiovisuel, cher Dominique Baudis,
Monsieur le
Député, cher Emmanuel Hamelin,
Madame la Présidente,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Evoquer, tout au long de cette journée de réflexion, « les champs de confrontation de laudiovisuel de demain » cest reconnaître que le monde audiovisuel est entré de plain pied dans la révolution numérique. Bien plus que dune simple innovation technologique, il sagit dune véritable révolution pour nos concitoyens. La numérisation permet daméliorer la qualité de réception, elle permet de multiplier loffre de programmes de télévision, elle modifie aussi la façon de regarder ces programmes. Grâce aux nouvelles technologies, les téléspectateurs gagnent en liberté : les enregistreurs à disque dur leur permettent un visionnage en différé, la vidéo à la demande autorise un vaste choix au sein dun catalogue de programmes, bientôt la télévision mobile personnelle permettra de regarder les chaînes de télévision en situation de mobilité.
Face à ces évolutions, le cadre législatif et réglementaire doit sadapter. Tel est lenjeu de la révision de la directive « Télévision sans frontières », dont la Commission européenne a proposé détendre le champ dapplication à lensemble des services de médias audiovisuels, c'est-à-dire non seulement à la télévision, comme cest le cas de lactuelle directive, mais également à lensemble des services dits, en langue bruxelloise, « non linéaires », autrement dit la « la vidéo à la demande » et ses avatars.
A mes yeux, cette extension du champ dapplication de la directive est fondamentale. Dans le contexte actuel de la convergence, où les mêmes contenus peuvent être proposés sur des plates formes différentes, plus complémentaires que concurrentes, il sagit de sassurer que les règles du jeu sont égales pour tout le monde.
La promotion de la diversité culturelle, désormais inscrite et reconnue dans le droit international comme un principe daction, est au cur de notre politique. La Commission la inscrite comme lun des objectifs sappliquant à lensemble des services de médias audiovisuels. La révision de la directive constitue une formidable occasion pour traduire concrètement les objectifs que les États se sont fixés lors de ladoption de la Convention sur la préservation et la promotion des expressions culturelles à lUNESCO. Ainsi paraît-il normal et souhaitable que les nouveaux services, et notamment la vidéo à la demande, soient mis à contribution, selon des modalités propres, pour le soutien de la production audiovisuelle et cinématographique. Il ne sagit pas de reproduire à lidentique le système de quotas qui existe pour les services de télévision classique, mais de prévoir des mécanismes adaptés aux caractéristiques de ces nouveaux médias. Je pense en particulier aux investissements dans la production européenne, et à lexposition des uvres européennes dans les catalogues.
Alors quelle rencontrait de vives réticences de la part de certains de nos partenaires européens, lextension du champ dapplication de la directive, ainsi que lobjectif dune contribution à la diversité culturelle par les nouveaux services, est en passe de recueillir ladhésion du Parlement européen et de lensemble des Etats membres. Il sagit dune étape importante et je men réjouis. Mais rien nest jamais acquis avant ladoption définitive et il convient de rester vigilant. Soyez assurés que le Gouvernement français continue ses efforts en vue de consolider ces dispositions. Vous le savez, je ne manque pas dénergie !
Lintitulé de votre colloque fait référence à des confrontations, des oppositions. Je préfère situer mon action dans la perspective dune adaptation nécessaire et comprise par tous. Cest pourquoi, à lheure où les modèles économiques se transforment, je suis convaincu de la nécessité de moderniser les modalités de contribution de la télévision payante au compte de soutien aux industries cinématographiques et audiovisuelles. Une réflexion sest engagée. Je souhaite quelle se poursuive et puisse aboutir.
Je souhaite également que laccord sur la vidéo à la demande, qui est intervenu lannée dernière entre les ayants-droit et les fournisseurs daccès, puisse être renouvelé et amélioré afin que se développe encore davantage une offre attractive et diversifiée de téléchargement légal de films, désormais rendue possible par la loi.
Venons-en maintenant à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur, qui, je le sais, sont au cur de vos préoccupations et de vos débats daujourdhui.
Jai présenté au conseil des ministres du 26 juillet dernier le projet de loi relatif à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur. La conférence des présidents de la Haute Assemblée a permis que ce projet de loi puisse être examiné au Sénat les 20, 21 et 22 novembre. LAssemblée nationale pourrait, pour sa part, lexaminer à la fin du mois de janvier prochain. Je tiens à souligner combien il est important que la loi soit votée début 2007. En effet, la France a déjà trop de retard par rapport à ses voisins européens en matière doffres de programmes : elle est le seul grand pays européen où plus de 80 % des téléspectateurs ne regardent encore que six chaînes. Or le succès spectaculaire de la TNT, facilité par les choix qui ont été faits par le Gouvernement, témoigne que le public est en attente forte dune offre gratuite beaucoup plus riche. Si la loi et le calendrier volontaire quelle fixe nétaient pas adoptés au début de lan prochain, la conséquence serait de retarder sans doute encore de plusieurs années la mutation de notre paysage audiovisuel. Les Français ne comprendraient pas quon les empêche de bénéficier dune offre gratuite trois plus riche que celle dont ils disposent actuellement.
Deux principes fondent le projet de loi :
- Premièrement, le basculement inéluctable de lanalogique vers le numérique ne peut avoir lieu que si pour chacun des Français les conditions pour quil reçoive la télévision numérique sont réunies, tant en termes de couverture du territoire que déquipement. Tous les citoyens doivent pouvoir recevoir la télévision numérique ! Pour les plus démunis, qui nont pas les moyens de séquiper, un fonds daide sera créé. Et le lancement dune offre gratuite par satellite doit permettre à chacun de recevoir sans abonnement lensemble des chaînes gratuites de la TNT dans les zones où celle-ci ne sera pas diffusée par voie hertzienne terrestre. La couverture de lensemble du territoire métropolitain conditionne le basculement complet de lanalogique au numérique, et chaque moyen de diffusion, terrestre, satellitaire, adsl, aura son rôle à jouer.
- Deuxièmement, le passage au numérique
sous toutes ses formes, cest-à-dire aussi bien la
télévision numérique, en haute définition, que la
télévision mobile personnelle, doivent contribuer au
développement de la création audiovisuelle et
cinématographique française.
Lextinction de la
diffusion analogique suivra un calendrier démarrant en mars 2008 pour
sachever en novembre 2011. Le gouvernement a choisi de mettre en place un
mécanisme incitatif. Le projet de loi prévoit que les
autorisations des éditeurs TNT seront prolongées, dans la limite
de cinq ans, en contrepartie dengagements sur le déploiement de
complément de couverture, au-delà des 115 émetteurs
prévus par le Conseil supérieur de laudiovisuel.
Quant à lextinction de la diffusion
analogique, elle est indispensable au développement de nouveaux
services. En effet, seul un basculement complet vers le tout numérique
permettra de libérer lensemble des fréquences
nécessaires au déploiement plein et entier de ces services. Je
pense en particulier à la télévision mobile personnelle :
si le CSA a pu identifier un réseau dit « M7 » sur lequel il
serait possible de lancer des services de télévision mobile, sa
couverture nen reste pas moins limitée.
Les enjeux sont
considérables, aussi bien pour nos concitoyens que pour la
création et pour le dynamisme technologique de notre pays.
Cest pourquoi sans plus attendre, je vais lancer
dans les jours qui viennent, avec mon collègue François Loos, une
consultation publique afin de recueillir lavis des acteurs sur la ou les
normes quil convient de fixer pour la télévision mobile
personnelle. Il sagit, à lheure où ces services se
développent chez nos voisins, que lEtat prenne ses
responsabilité pour être au rendez-vous et permettre leur
lancement en France dans les meilleurs délais.
Je pense
également à la haute définition. La place rendue
disponible par lutilisation de la norme MPEG-4 par les chaînes
payantes, que ce soit sur les multiplexes déjà en service ou le
fameux « R5 », permettra certes de lancer un nombre significatif de
chaînes en haute définition.
La mise en uvre volontaire
et déterminée de ce basculement implique, comme la
clairement indiqué le Conseil dEtat, une compensation, de nature
à permettre lextinction anticipée des autorisations
délivrées aux chaînes nationales en analogique. Il
sagit dun canal additionnel qui leur sera attribué par le
CSA, si elles le demandent, et si elles respectent le principe de pluralisme,
au moment de lextinction de lanalogique, en 2012. Dois-je rappeler
lintérêt de cette mesure, tant pour les
téléspectateurs que pour la production audiovisuelle et
cinématographique, puisque ces chaînes devront y contribuer ?
Cest parce que les contenus seront forts, attractifs et
diversifiés que linnovation technologique se diffusera à
travers lensemble de la société. Mais pour que ces
programmes soient attractifs, il est nécessaire que linnovation
technologique garantisse leur financement.
Jai voulu que le projet
de loi prenne pleinement en compte cet enjeu essentiel. Ce texte doit
bénéficier à la création et à la
diversité culturelle. Cest ainsi que la taxe abondant le compte de
soutien à lindustrie des programmes sera majorée pour les
éditeurs des chaînes de télévision en haute
définition ou mobile, respectivement de 0,2% et de 0,1%. De même,
pour lautorisation des chaînes en haute définition, le
premier critère portera sur les engagements en production de programmes.
Je souhaite par ailleurs que le compte de soutien du CNC aide les productions
en haute définition et celles destinées à la
télévision mobile.
Le projet de loi prend en compte que
linnovation technologique permet lapparition de programmes
dun genre inédit : il prévoit que le CSA réservera
une part appropriée des fréquences disponibles à des
services innovants. Il prévoit également, sous le contrôle
du CSA, une adaptation progressive des formats aux nouvelles formes de
télévision. Enfin, il préserve le « dividende
numérique », en confiant au Premier ministre le soin de
ré-affecter, au cas par cas, les fréquences ainsi
libérées.
Un autre enjeu important, au cur de ce
projet de loi, est lavenir de la télévision publique. Ne
nous y trompons pas : celle-ci a un rôle majeur à jouer, aussi
bien dans lextension de la couverture de la TNT que dans le
développement des nouvelles formes de télévision,
notamment de la haute définition et de la télévision
mobile personnelle. Ce sera lun des axes importants des contrats
dobjectifs et de moyens de France Télévisions et
dArte, en cours de discussion et que lEtat et les entreprises
souhaitent finaliser avant la fin de lannée.
Telles sont les lignes de force de lengagement de lEtat, aux côtés de tous les acteurs du secteur, pour préparer, dès aujourdhui, non pas les confrontations, mais la construction de laudiovisuel de demain.
Je vous remercie.