Mesdames et Messieurs,
Rassurez-vous, je ne vous ferai pas un long discours. Je me contenterai dune rapide introduction à un ordre du jour que je sais chargé et je me réjouis que nous puissions poursuivre nos échanges, à lissue de la réunion, autour dun buffet informel.
Je suis heureux de vous retrouver ce matin, après la période de lété, pour évoquer avec vous la poursuite des actions engagées depuis le printemps dernier et les grandes étapes qui nous attendent dici la fin de lannée 2004 pour préparer lavenir du système.
Le 8 septembre dernier, jai présenté une communication en Conseil des ministres sur le bilan des festivals du printemps et de lété 2004. Nombreux (ils sont plus de mille), ils se sont déroulés dans de bonnes conditions. Une large place a été aussi donnée au débat, qui a fait progresser notre réflexion commune. Je suis allé men rendre compte et y participer, sur place, aussi souvent que possible. Ces festivals ont permis aux artistes de rencontrer leur public, dexpérimenter des formes nouvelles dexpression, de créer des lieux ouverts et de nourrir la création contemporaine.
Je tiens à saluer, devant votre assemblée, lesprit de responsabilité et de dialogue les talents multiples, aussi de tous ceux qui ont permis que se conjuguent, dans une harmonie retrouvée et une tension maintenue, la qualité des spectacles et lexigence du débat. Jy vois, et le Gouvernement avec moi, un puissant encouragement je devrais dire un devoir ! - à poursuivre, de manière déterminée, nos efforts communs pour parvenir à un système satisfaisant de soutien à lemploi des artistes et techniciens du spectacle vivant, du cinéma et de laudiovisuel.
Quelques mots de ce qui a été fait au cours de
lété
Depuis le 1er juillet, comme je my étais engagé devant vous le 7 juin dernier, la mise en uvre du fonds provisoire spécifique est effective. Ce fonds permet de faire bénéficier dune ouverture de droits les salariés qui ont effectué 507h sur 12 mois au lieu de 11 mois prévus par laccord du 26 juin 2003 ainsi que ceux qui ont eu un congé de maladie de plus de trois mois. Géré par lUNEDIC, ce fonds est alimenté par lEtat. Une cellule de suivi, placée sous la responsabilité de Monsieur Michel LAGRAVE, Conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes, a été constituée au cours de lété, pour veiller à la mise en uvre du fonds et pour répondre aux éventuelles difficultés. Monsieur Michel LAGRAVE, que je voudrais chaleureusement remercier, présentera au cours de cette réunion un point détape sur la mise en place de ce fonds. Nous pourrons avoir un premier échange sur lanalyse de la situation quil nous proposera.
Les efforts de tous les services concernés par la lutte contre le travail illégal se poursuivent et portent leurs fruits. Je vous rappelle que le secteur du spectacle a été défini comme lun des quatre secteurs prioritaires du gouvernement en matière de lutte contre le travail illégal. Le 14 septembre, un certain nombre dentre vous ont participé au comité de suivi de la convention nationale de lutte contre le travail illégal dans le spectacle. Quelques premiers résultats significatifs ressortent de cette réunion : près de 600 entreprises ont été contrôlées depuis 11 mois ; la progression du nombre dentreprises contrôlées a été permanente au cours de cette période ; le nombre de procédures pénales qui y font suite sest accru fortement au cours des derniers mois, ce qui marque clairement la montée en charge du dispositif et la mobilisation de lensemble des acteurs concernés.
Une véritable dynamique sest aujourdhui engagée au plan local entre les services compétents, à la fois pour une meilleure efficacité des contrôles et pour le développement dactions de prévention à lattention des entreprises comme des collectivités. Ces actions, par leur exemplarité, devraient avoir un effet positif sur les pratiques demploi de ce secteur. Vous savez limportance que jattache à ce volet de notre action, qui fonde la légitimité de notre démarche.
Le 7 juin dernier, jai demandé à lensemble des directeurs régionaux des affaires culturelles, afin de contribuer à lassainissement des pratiques demploi dans le secteur subventionné, de procéder à un examen de la situation des établissements ou associations bénéficiaires des subventions du ministère au regard du respect du droit du travail. Là aussi une dynamique sest engagée, associant les co-financeurs des structures subventionnées.
Jai, dans le même esprit, invité les responsables des chaînes de télévision, publiques et privées, des sociétés de production du cinéma et de laudiovisuel, à se mobiliser et à se montrer particulièrement vigilants, pour mettre un terme à certaines dérives qui ont pu se produire en matière de recours à lintermittence, pour pérenniser, sur des contrats durables, les activités qui le justifient, pour veiller à ce que, chez leurs sous-traitants, le même niveau dexigence se manifeste. Dans toutes ces sociétés, on me dit que ces demandes commencent à produire des effets et que, conjuguées au renforcement des contrôles, elles ont permis denclencher un mouvement. Vous pouvez être assurés que je demeure, autant que jamais, déterminé à ce que les employeurs soient pleinement responsabilisés sur leurs pratiques demploi et sur un scrupuleux respect des règles du droit du travail.
Jacques CHARPILLON vous a adressé, le 25 août dernier, un premier document de travail sur un sujet délicat, quil a mené dans des délais serrés et avec un esprit de concertation que je veux saluer. Son projet de rapport permet de recenser et dordonner les différentes pistes qui ont été évoquées ces dernières années, den suggérer de nouvelles, pour mieux définir le périmètre des métiers et secteurs dont les spécificités justifient le recours à lintermittence. Sa démarche permet de recueillir, sur chacune de ses propositions, les avis des professionnels des secteurs concernés. Plusieurs dentre vous (il a reçu 15 contributions !) lui ont adressé des réactions, quil a bien voulu me communiquer, et dont jai pris connaissance avec beaucoup dattention et dintérêt.
Pour que les choses soient tout à fait claires entre nous, je tiens à affirmer mon attachement, de manière générale mais plus encore sur un sujet sensible, à la totale liberté et responsabilité de proposition du rapporteur comme à la totale liberté et responsabilité des partenaires sociaux et des pouvoirs publics quant aux mesures quils retiendront et mettront en uvre. A cet égard, le caractère qui a pu paraître audacieux de certaines propositions de Jacques CHARPILLON, la vivacité des débats me paraissent normaux et sains, sur un tel sujet. Cela ne me gêne pas et nengage évidemment pas, comme il est dusage dans la plupart des rapports, le Ministre.
Je relève dabord que limportance et la qualité de vos contributions montrent quil sagit dun sujet majeur, sur lequel vos organisations ont une réflexion et des propositions, que la conscience est partagée de la nécessité de maîtriser lévolution du nombre demployeurs et de salariés bénéficiaires des annexes VIII et X et de débattre des mesures nécessaires pour y parvenir.
Je voudrais redire, à cet égard, que la question du périmètre nest pas à mes yeux, une question économique ou financière. Cest une question de contenu, de légitimité pour le système dindemnisation du chômage des artistes et des techniciens. Je tiens à ce que le périmètre soit le moins contestable possible, le plus possible fondé sur des spécificités objectives des métiers : ce nest quà cette condition quil sera accepté par nos concitoyens et quil justifiera la solidarité interprofessionnelle.
Je ne veux pas me prononcer sur chacune des propositions et sur toutes vos réactions. Je voudrais, à ce stade, vous présenter simplement quelques commentaires que ma inspirés la lecture du projet de rapport de Jacques CHARPILLON et des observations quil a suscitées de votre part.
Je note que beaucoup de vos contributions convergent sur les propositions qui visent à mieux réguler le fonctionnement du dispositif, grâce notamment à la possibilité détablir une traçabilité de lemploi, à lincitation à la négociation collective dans ces domaines, au renforcement du rôle que lEtat peut avoir à ce titre. Il me semble que cest lautre aspect avec la lutte contre les abus et la vigilance sur lapplication des textes, avec les mécanismes de subventionnement des activités culturelles et artistiques sur lequel les pouvoirs publics peuvent accompagner les efforts des partenaires sociaux. Vous pouvez être assurés de la détermination du gouvernement auquel jappartiens à sengager pleinement à vos côtés dans cette perspective.
Jai noté le relatif consensus qui paraît se dégager également pour écarter du régime des annexes VIII et X les métiers de l'administration et du support qui ne sont pas caractéristiques des professions du spectacle - et il me semble quil manifeste une volonté partagée par lensemble des organisations qui se sont exprimées de retrouver les fondements originels de ce régime. Je relève, pour my associer, la réserve de certains dentre vous sur la proposition détendre cette exclusion aux fonctions techniques : sous une appellation apparemment identique, se cachent en effet des spécialités professionnelles très différentes, et qui ne sont pas facilement transposables dun secteur à lautre. Lon risquerait ainsi déliminer du champ des activités et des professions qui y ont toute leur place, comme on pourrait le faire si lon retenait, pour le bénéfice du régime de lannexe VIII, les seuls responsables chefs de file et premiers adjoints.
La priorité que jentends réserver au développement de la diffusion des uvres et à la conquête de nouveaux publics me retient de souscrire à la proposition qui consiste à distinguer entre les activités de création duvres et les activités de diffusion, pour réserver le régime de lintermittence aux premières. Je craindrais que les restrictions envisagées naboutissent à affaiblir la diffusion (ce qui serait le contraire de leffet recherché) et ne soient, dans la pratique, très difficilement opérantes.
Je souhaite que vous puissiez aujourdhui vous exprimer sur ces questions et sur toutes celles soulevées par Jacques CHARPILLON, pour que son rapport définitif soit bien le fruit du travail collectif auquel vous avez concouru.
Il me paraît également important que vous interveniez sur ces questions en présence de Jean-Paul GUILLOT, car vos observations nourriront la réflexion plus globale quil conduit sur lexpertise des dispositifs et la construction dun système pérenne. Aussi bien, la question du périmètre ne peut-elle être quun des éléments dun nouveau dispositif et elle ne peut être traitée isolément.
En effet, la mission que jai confiée, à la suite de la demande exprimée par un grand nombre dentre vous lors des réunions du CNPS, à Jean-Paul GUILLOT, vise à aider lensemble des acteurs concernés à construire un système pérenne de financement de lemploi dans les secteurs du spectacle vivant, du cinéma et de laudiovisuel et tout particulièrement un système équitable et viable dindemnisation du chômage des artistes et des techniciens. Cette mission va permettre de bénéficier dun regard extérieur, dun appui méthodologique pour rassembler, avec le concours de lUNEDIC, les éléments permettant de repenser larchitecture de lemploi culturel et de son financement dans ces secteurs, en intégrant les aspects économiques, financiers, mais aussi la spécificité de conditions demploi des professionnels concernés. Un groupe de suivi, réduit, accompagne les travaux de Jean-Paul GUILLOT au fur et à mesure de leur avancement. Une première réunion sest déroulée hier, qui a permis à chacun, je crois, dapprécier lintérêt de la démarche ainsi engagée. Je rappelle que jai demandé à Jean-Paul GUILLOT de remettre ses propositions pour le 2 novembre.
Je voudrais, à ce stade de mon propos, insister sur un dernier point de calendrier. Quel que soit le degré davancement des travaux de Jean-Paul GUILLOT, des pouvoirs publics, des partenaires sociaux, sur lélaboration dun nouveau système, sur la possibilité de le mettre en place au 1er janvier 2005, il est clair que le gouvernement ne laissera pas sinstaller un « no mans land » à partir du 1er janvier 2005. Ce pourra être, ce que je souhaite, un nouveau système sur lequel tout le monde se sera mis daccord, ou bien des éléments progressifs de mise en uvre dun nouveau système, en attendant de parvenir à un accord complet et définitif, ou bien des mesures provisoires, à limage du fonds spécifique provisoire qui prend fin au 31 décembre 2004, mais dont les effets pourront se prolonger en 2005 pour ceux qui y auront été éligibles au cours de lannée 2004. A lheure où je vous parle, je nen sais rien et je ne veux préjuger de rien. Mais ce dont je suis certain, cest que le gouvernement ne se désintéressera pas des dispositions qui sappliqueront au régime dindemnisation du chômage des artistes et techniciens du spectacle vivant, du cinéma et de laudiovisuel à partir du 1er janvier 2005.
Les travaux de Jean-Paul GUILLOT comme notre réflexion
commune se nourriront aussi du débat qui se poursuit à la fois au
plan national et dans les régions, au plan technique comme au plan
général.
Ainsi, sur un plan technique, après les travaux de la commission emploi du CNPS, présidée par Monsieur Claude SEIBEL, dont la synthèse vous est remise, un programme de travail est prévu pour continuer à améliorer la connaissance statistique du secteur : actualisation des données analysées lan dernier, suivi des données qui seront issues de linterconnexion des fichiers, analyse de lemploi permanent, analyse statistique des entreprises du spectacle, définition dune méthode commune aux observatoires régionaux.
La commission permanente sur la sécurité dans le spectacle vivant et enregistré, chargée notamment de promouvoir la prévention des risques professionnels propres au secteur et danalyser les causes des accidents du travail, va être constituée, à partir de vos propositions de désignation.
Les instances régionales de dialogue social dans les secteurs du spectacle vivant et enregistré se mettent progressivement en place sur lensemble du territoire. Plusieurs de ces réunions doivent se tenir ce mois doctobre et jai prévu dassister à lune dentre elles, à Besançon, le 25 octobre prochain.
Il ressort des réunions qui se sont tenues de juin à septembre que ces instances de réflexion répondent à un vrai besoin, quelles permettent une prise de conscience, par lensemble des acteurs régionaux, des enjeux de chaque situation régionale. Ces réunions se poursuivent généralement par la mise en place de groupes de travail sur lobservation de lemploi régional, la réglementation, les besoins de formation initiale et continue, , dont il importera que nous puissions tirer les enseignements. Ces réunions font aussi apparaître quil est indispensable, aussi, que chacun des acteurs puisse exercer pleinement ses compétences. LEtat nest pas seul sur ces questions. Limplication des collectivités locales est dores et déjà une réalité massive.
Une partie de la régulation dun secteur professionnel relève de la négociation de textes conventionnels par ses partenaires sociaux. De ce point de vue, lactivité conventionnelle du secteur du spectacle, tant vivant quenregistré, ne se déploie pas dans les meilleures conditions. Certains dentre vous ont souhaité, lors de notre dernière séance, quun travail soit engagé sur la couverture conventionnelle du secteur. Ces travaux sont en cours. Je sais que l'extension de certaines des conventions collectives signées dernièrement dans le secteur du spectacle vivant pose problème. Compte tenu de l'enjeu que je viens d'énoncer, je vous propose que nous menions une réflexion plus large sur la couverture conventionnelle de ce secteur dans le cadre d'un groupe de travail du CNPS, que je demande à la DMDTS de constituer très rapidement, avec l'aide du ministère de lemploi, du travail et de la cohésion sociale, pour vous aider à clarifier le champ des diverses conventions collectives. Je crois quil est effectivement important que tout soit fait pour que la négociation collective tienne pleinement sa place dans ce secteur. Je souhaite aussi vous dire que limplication des services de lEtat sera également renforcée pour accompagner les travaux de la CPNEF-SV sur les questions de formation et de qualification sur lesquelles il nous faut conjointement avancer.
Jai enfin, la semaine dernière, présenté le budget 2005 du Ministère de la Culture et de la Communication. Vous en avez eu les échos dans la presse, aussi je ne veux pas my étendre trop longuement. Je voudrais simplement souligner que ce budget, qui présente lune des plus fortes hausses (5,9 %) parmi lensemble des ministères, témoigne de la priorité que le gouvernement accorde aux secteurs de la culture et de la communication, et, en leur sein, vous aurez relevé la part éminente réservée au soutien au spectacle vivant. Je vous ai fait distribuer, pour votre complète information, le texte de mon discours de présentation du budget, ainsi que le dossier qui a été remis à la presse.
Les rendez-vous des prochaines semaines
Je souhaite que nous puissions dans les prochaines semaines, au plan national, avoir un débat très large, notamment afin de préparer le débat dorientation au Parlement que jai sollicité et qui se déroulera en décembre. Eclairé par lensemble des travaux, nationaux et régionaux, qui ont été conduits ces derniers mois, ce débat devrait traiter des responsabilités respectives de lEtat, des collectivités territoriales, des partenaires sociaux en matière de soutien à lactivité culturelle et artistique et, plus particulièrement, de soutien à lemploi.
Je me réjouis, à ce titre, de la participation si régulière, si attentive, de parlementaires à nos réunions et quils soient ainsi pleinement sensibilisés aux questions qui seront traitées dans ce cadre. Je les remercie par conséquent de leur présence à notre séance daujourdhui.
Pour préparer ce débat, jorganise, le 18 octobre prochain, une journée de travail qui se déroulera à lacadémie du cirque Fratellini à Saint-Denis. Je conçois cette journée, à laquelle vous êtes tous conviés, comme une occasion, pour les artistes et techniciens, de sexprimer eux-mêmes et directement sur leurs métiers, leurs publics, sur la création, leurs attentes à légard des institutions. Ce doit être pour eux une occasion de faire partager la réalité de leur expérience, de mieux faire connaître leurs conditions de vie et demploi, de permettre à tous ceux qui les écouteront de mesurer les spécificités de ce secteur, mais aussi tous les enjeux de société quil porte. Nous y reviendrons au cours de cette matinée.
Le directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles vous a adressé un document de travail contenant un ensemble de propositions pour le spectacle vivant, dont nous traiterons ce matin, et qui fait lobjet dune très large diffusion, afin que les avis du plus grand nombre puissent être recueillis. Ces propositions visent à refonder la politique de soutien aux arts de la scène en sappuyant sur deux orientations : louverture à de nouveaux publics, laffirmation de la place de lartiste dans la cité, qui sont les axes majeurs de laction que je souhaite mener dans mon ministère.
Je vous propose maintenant daborder le premier point de
notre ordre du jour.