> Analyse du dispositif
« protocole du 18 avril
2006 Fonds de professionnalisation et de solidarité »
(pdf)
> Analyse comparée de six situations-types
d'artistes et de techniciens (pdf)
Mesdames et Messieurs,
A plusieurs reprises, devant le Conseil
national des professions du spectacle, jai dit que le Gouvernement
prendrait toutes ses responsabilités afin de construire un
système pérenne et équitable de soutien à
lemploi et dassurance chômage adapté aux
spécificités du secteur du spectacle.
Je comptais même et on me la assez
rappelé ! - que ce système puisse être mis en place au 1er
janvier 2006.
Il est, à mes yeux, le volet indissociable de
laction artistique, des plans que jai présentés
à lautomne pour le théâtre, la musique, la danse, le
court-métrage. Le soutien à lemploi, la
préoccupation de la condition des artistes et des techniciens, cela fait
partie de la conception que je me fais du rôle dun Ministre de la
Culture et de la Communication. Et tant pis pour ceux qui voudront moquer
lemploi culturel comme une des missions du ministère de la Culture
et de la Communication. Jassume dêtre aussi le «
Ministre de lemploi culturel ».
Vous le savez, la
négociation de la convention pour le régime général
dassurance chômage a été plus longue que prévu
; les décisions des confédérations pour signer ou non
cette convention pour le régime général sont intervenues
jusquà la mi-janvier ; et, concernant les annexes 8 et 10,
relatives à lassurance chômage des artistes et des
techniciens du spectacle, pour ne pas précipiter la conclusion
dune négociation qui navait pas eu le temps de prendre en
compte tous les travaux et propositions intervenus depuis deux ans, qui aurait
pu, ce que javais redouté, se li miter la reconduction du
protocole de 2003, plusieurs organisations ont souhaité et je les
en remercie - prolonger le régime actuel des annexes 8 et 10
jusquà la conclusion dun nouveau protocole.
Pour
quil ny ait ni vide juridique ni incertitude quant à la
couverture sociale et professionnelle des artistes et des techniciens, pour
laisser aux partenaires sociaux le temps nécessaire à une vraie
négociation, à caractère professionnel, le Gouvernement a
décidé dagréer cette prorogation et de
maintenir en vigueur le Fonds transitoire qui permet de
réintégrer dans leurs droits les artistes et les techniciens qui
effectuent 507 heures en 12 mois, mais ny parviennent pas dans les
délais fixés par le protocole du 26 juin 2003.
Les partenaires sociaux ont fixé un calendrier de négociations et de travail, qui a commencé le 14 février et qui devait sachever le 8 mars. Audelà du point déquilibre économique auquel ils étaient parvenus le 8 mars, après des travaux dexpertise et de vérifications techniques qui ont nécessité le report de la réunion de conclusion de leur négociation, les partenaires sociaux ont finalement défini, le 18 avril dernier, dans un nouveau protocole, ce que devaient être, à leurs yeux, le niveau et le contenu de la solidarité interprofessionnelle que recouvre le régime spécifique d'assurance chômage des artistes et techniciens même si ce nouveau protocole fait lobjet dappréciations contrastées de la part des différentes confédérations.
Cest leur responsabilité et le Gouvernement entend la respecter.
Je relève que les mêmes qui nous reprochaient, en décembre dernier, de navoir pas obligé les partenaires sociaux à conclure leur négociation dans les délais prévus regrettent aujourdhui que nous ne fassions pas pression sur eux pour quils prolongent leur discussion et aillent au-delà des avancées significatives qui figurent dans le nouveau protocole du 18 avril ! Je le répète : le gouvernement entend respecter les prérogatives et les calendriers du dialogue social.
Avant de définir en quoi ce protocole, renforcé par lexpression de la solidarité nationale, peut contribuer à créer un système équitable et pérenne de soutien à lemploi dans le spectacle, je voudrais souligner plusieurs éléments novateurs, par rapport aux négociations des protocoles précédents.
Au plan de la méthode, tout dabord.
Cette fois-ci, de nombreuses réunions de négociations et de travail ont eu lieu, officielles ou officieuses, en tous sens et en tous formats, allant au-delà des canons habituels de la négociation sociale interprofessionnelle sur les annexes 8 et 10.
Je voudrais relever le souci qui a été celui des organisations confédérales demployeurs comme de salariés dassocier étroitement à leurs travaux les employeurs et les fédérations de salariés du secteur, témoignant ainsi de leur volonté de donner un caractère pleinement professionnel à leur négociation. Des propositions importantes, émanant des employeurs regroupés au sein de la FESAC comme des fédérations de salariés qui ont participé aux négociations, ont été prises en compte dans le protocole du 18 avril.
Des rencontres ont été organisées avec les parlementaires, notamment ceux du Comité de suivi, dont je veux, une nouvelle fois devant vous, saluer le rôle et le travail depuis plus de deux ans, eux qui ont su, avec les Commissions des affaires culturelles des deux Assemblées, susciter une exceptionnelle mobilisation parlementaire en faveur des artistes et des techniciens du spectacle, en faveur de lactivité culturelle et artistique sur tout notre territoire.
Des rencontres bilatérales ont eu lieu entre certaines confédérations et la Coordination des intermittents et précaires dIle de France, marquant ainsi une attention particulière et nouvelle à des contributions émanant dartistes et de techniciens qui ont choisi de se regrouper en dehors des organisations syndicales mais soulignant aussi, dans le même temps, que seule lexpression des organisations syndicales doit être prise en compte dans un dialogue social institutionnel et organisé.
Enfin, les confédérations demployeurs et de salariés ont tenu à ce que leur négociation soit éclairée par un travail dexpertise dune intensité exceptionnelle, mené en pleine coopération et transparence, tant de la part de Jean-Paul Guillot, lexpert indépendant désigné par le Gouvernement et qui a travaillé pour tous les partenaires sociaux qui lont sollicité, que de la part des services techniques de lUNEDIC. Vous me permettrez dexprimer devant vous une gratitude particulière à Jean-Paul Guillot pour lintelligence, la rigueur et la constance avec lesquelles il a accompagné, depuis maintenant près de deux ans, lélaboration dun système pérenne de soutien à lemploi dans le spectacle.
On peut toujours aller plus loin dans la concertation et la conduite des négociations. On peut approfondir encore les travaux techniques ; je ne crois pas quune négociation pour définir les annexes 8 et 10 ait jamais été précédée de tant dexpertises, de chiffrages, de tant de minutie, de tant de précautions, pour que ceux des partenaires sociaux qui vont engager leur signature soient bien certains des effets des dispositions du protocole sur la situation des artistes et des techniciens. Tout ce travail a été et sera utile, jen suis convaincu.
Au plan de son contenu, ensuite. Je voudrais men tenir à quelques observations essentielles.
En tant que Ministre de la culture et de la communication, responsable dun secteur dactivité essentiel pour le rayonnement de notre pays et pour sa vitalité économique, je me réjouis très profondément que les partenaires sociaux aient confirmé l'engagement qu'ils avaient pris lorsqu'ils se sont réunis à deux reprises, rue de Valois, de maintenir le régime spécifique d'assurance chômage des artistes et techniciens au sein de la solidarité interprofessionnelle. Au nom du Gouvernement, mais aussi, si vous my autorisez, au nom des professionnels du spectacle que ce Conseil représente, je veux publiquement les en remercier.
Au terme de leur négociation, les partenaires sociaux garantissent aux artistes et aux techniciens la prise en compte des spécificités de leurs pratiques demploi et un niveau dindemnisation élevé, de 51 en moyenne par jour pour les artistes et de 60 pour les techniciens (quand ce niveau est, en moyenne, dans le régime général, de 33 - même sil faut, pour être tout à fait juste, rappeler que le taux de cotisation est double mais plafonné ! -pour les employeurs comme pour les salariés du secteur). Le coût, pour lUNEDIC, est de lordre du milliard deuros par an, pour un peu plus de 100 000 artistes et techniciens indemnisés.
Ce protocole prend en compte le rythme dactivité et la saisonnalité spécifiques au secteur du spectacle. Il permet aux artistes et aux techniciens de retrouver, pour la recherche de leurs droits, la période de référence annuelle qui correspond au rythme de limmense majorité dentre eux, même si cest au terme dun mécanisme un peu complexe.
Le protocole du 18 avril définit une formule de calcul de lallocation qui encourage à déclarer toutes les heures travaillées, et qui, avec labandon du salaire journalier de référence, prévoit des montants dindemnisation proportionnels à la fois à la rémunération et à la durée du travail effectué et déclaré, de manière à ce quun artiste et un technicien ait toujours intérêt à choisir de travailler et à déclarer tout son travail plutôt que dêtre indemnisé par lassurance chômage. Ce nétait le cas ni dans le système de 2003 ni dans les systèmes qui lont précédé. Et cest un système équitable, au sens où deux salariés placés dans des situations comparables de durée de travail et de rémunération auront un niveau dindemnisation comparable. Ce nétait pas le cas avant. La nouvelle formule de calcul est aussi plus juste, et corrige des défauts du système antérieur : elle améliore le niveau dindemnisation de ceux dont les revenus sont les plus faibles et limite le niveau dindemnisation de ceux qui tirent déjà de leur travail des revenus très substantiels. Dans un système dintermittence, les allocations de chômage ne doivent pas être un revenu de complément pour des salaires déjà élevés. Permettez-moi dinsister sur ce point, car il sagit dun aspect essentiel pour la politique de lemploi cest bien la clef de voûte dun nouveau système, bien plus encore que tous les curseurs et seuils, qui peuvent parfois prendre valeur de slogan !
Avec le système de décalage retenu, le nouveau protocole encourage les employeurs comme les salariés, lorsquils en ont la possibilité, à choisir des contrats plus longs, voire, pour un travail permanent, un contrat à durée indéterminée plutôt que de recourir à lintermittence. Il concourt ainsi à faire jouer à lassurance chômage son rôle de revenu de remplacement et non plus de revenu de complément.
Le protocole du 18 avril prévoit enfin dimportantes améliorations de protection sociale par rapport au protocole de 2003 : la prise en compte consolidée des congés de maternité ou dadoption, la prise en compte nouvelle des congés liés aux accidents du travail ; la garantie du maintien de leurs allocations jusquà lâge de la retraite pour les artistes et techniciens qui ont dépassé 60 ans et demi.
Au-delà du point déquilibre auquel sont parvenus les partenaires sociaux, le Premier Ministre a indiqué, le 12 décembre dernier, que l'Etat prendrait, lui aussi, ses responsabilités, et que, dès lors quil existera un accord, la création dun Fonds permanent de professionnalisation et de solidarité pour les artistes et les techniciens manifestera que la solidarité nationale prend le relais de la solidarité interprofessionnelle.
LEtat prendra donc sa part, aux côtés des partenaires sociaux, pour construire un système pérenne et équitable de protection sociale et professionnelle pour le soutien à lemploi des artistes et des techniciens du spectacle.
On peut débattre, et cest légitime, de ce qui relève de la solidarité interprofessionnelle et de ce qui relève de la solidarité nationale, de ce qui relève des interventions publiques ou des conventions collectives. Au total, cest lappréciation qui sera portée sur lensemble qui importe. Cest sur lensemble qui sera constitué par laccord dassurance chômage sil recueille les signatures nécessaires - et le Fonds mis en place par lEtat que je revendique que soit jugé le système pérenne et équitable auquel je me suis engagé au nom du Gouvernement.
Au terme de la concertation qui a été menée, ces derniers jours, avec les partenaires sociaux, je confirme que lintervention de lEtat vient renforcer la protection assurée par le régime dassurance chômage et sarticule avec lui. En aucun cas elle naboutit, comme la crainte en est parfois exprimée, à ce que la solidarité nationale se substitue à la solidarité interprofessionnelle. Et elle respecte les prérogatives et les responsabilités qui sont celles des partenaires sociaux dans la définition dun régime paritaire spécifique dassurance chômage.
Le Fonds exercera six missions principales, sans aucun empiètement sur le rôle des organismes sociaux et professionnels actuellement en place dans le secteur.
1. Le Fonds apportera un soutien financier lorsque les artistes et techniciens arrivent au terme de leurs droits à indemnisation et quils ne peuvent pas bénéficier de lallocation spécifique de solidarité.
Cette allocation de fin de droits, dun montant de 30 par jour, sera versée selon une durée modulable en fonction de lancienneté des artistes et des techniciens dans le régime dassurance chômage : 2 mois pour ceux qui ont moins de 5 ans dancienneté ; 3 mois pour ceux qui ont entre 5 et 10 ans dancienneté ; 6 mois pour ceux qui ont plus de 10 ans dancienneté. Cette allocation sera versée une fois dès lors quil sagit de professionnels qui ont effectué 507 heures dans les 12 derniers mois.
Ainsi sera remplie une des fonctions essentielles de la « date anniversaire », qui correspond à une des demandes principales des artistes et des techniciens, à savoir une protection pour tous les artistes et les techniciens, quelle que soit leur ancienneté dans le régime, dune durée, au minimum, dune année entière, en combinant le temps consacré à leur activité professionnelle, la durée dindemnisation (243 jours) et lallocation de fin de droits.
Cest un niveau de protection qui marque une valeur ajoutée spécifique de la solidarité nationale par rapport à la solidarité interprofessionnelle et supérieur à tout ce qui a existé avant 2003.
2. Le Fonds assurera une mission daction sociale
Pour les artistes et techniciens atteints par des maladies remboursées à 100 % par lAssurance Maladie, le Fonds prendra en charge le coût correspondant à lassimilation des périodes de congé de maladie à des périodes dactivité à raison de 5 heures par jour pour le calcul des heures ouvrant droit au régime spécifique dassurance chômage. Plus généralement, pour les artistes et techniciens qui ne sont pas couverts par les dispositifs daction sociale de leur caisse de retraite et qui ne bénéficient pas dautres dispositifs daction sociale, le fonds pourra assurer, au cas par cas, des aides ponctuelles durgence et des secours individuels prolongés qui permettent de répondre aux situations de grave détresse ou de risque de désocialisation du demandeur. Les décisions en la matière devront être prises de manière collégiale et transparente.
3. Le Fonds encouragera à dispenser des formations (éducation artistique et formation professionnelle)
Vous savez tout lattachement qui est celui du Gouvernement à développer léducation artistique, à encourager les artistes à intervenir dans les écoles, les établissements scolaires et universitaires. Je considère, je lai dit, que la transmission fait partie intégrante des métiers des artistes et des techniciens.
Pour encourager les artistes et les techniciens qui le souhaitent à transmettre leur savoir, leur savoir-faire et leur expérience, le Fonds prendra en charge le coût correspondant à lintégration, dans le calcul des heures ouvrant droit au régime spécifique dassurance chômage, des heures de formation dispensées dans un certain nombre de structures agréées à hauteur de 120 heures par an, comme cela avait été prévu dans le Fonds transitoire, en complément des dispositions prévues par le protocole daccord du 18 avril 2006.
4. Le Fonds soutiendra les actions daide à la pérennisation des emplois
En accompagnement des expérimentations lancées par lEtat, avec le concours de lAgence nationale pour lamélioration des conditions de travail (ANACT), en matière daide à la structuration du secteur, et dans la perspective de leur généralisation, le Fonds pourra apporter un soutien financier aux structures en vue de laide à la pérennisation des emplois, soit directement, soit par une démarche de mutualisation.
LUNEDIC pourra être associée à cet effort en signant des conventions daides actives à la création demplois permanents.
5. Le Fonds permettra de détecter les artistes et techniciens en situation de vulnérabilité professionnelle et, sur la base du volontariat de leur part, de leur proposer un soutien professionnel adapté.
Sur la base des données recueillies par Audiens (le groupe de prévoyance du secteur), pourront être détectés, de manière systématique et exhaustive, les artistes et techniciens qui, dans les cinq dernières années, sans que ce soit obligatoirement le signe dune fragilité professionnelle de leur part, sont sortis au moins une fois du régime dassurance-chômage, ont eu un volume dactivité qui reste durablement fixé autour du seuil minimum daffiliation ou qui perçoivent des revenus durablement faibles de leur activité.
En complément de la mise en oeuvre de laccompagnement personnalisé prévu par le protocole daccord du 18 avril 2006, grâce à une coopération étroite avec le réseau ANPE spectacle, lAFDAS (organisme de formation du secteur) ou lAFPA, ces personnes, si elles répondent volontairement à linvitation qui leur sera faite à un entretien, pourront se voir proposer un soutien en terme dappui professionnel, de formation dans le secteur ou de formation en vue dune aide à la reconversion.
Cette démarche pourra être renouvelée tous les cinq ans et apportera ainsi aux artistes et techniciens un suivi de leur carrière sur la durée.
Ce repérage systématique nest pas exclusif de démarches individuelles volontaires dartistes ou de techniciens qui voudraient bénéficier dun soutien professionnel adapté.
De manière plus spécifique, mais également systématique, un accueil sera prévu pour les femmes enceintes, pour les informer très précisément de tous les droits qui leur sont ouverts et que, bien souvent, au-delà de ceux dont elles sont informées par leur caisse primaire dassurance maladie ou leur caisse dallocations familiales, elles ne connaissent pas et pour les aider à préparer leur reprise demploi, au terme de leur congé de maternité.
6. Le Fonds accompagnera la mise en oeuvre progressive de laccord.
Pour tenir compte des premiers effets attendus des conventions collectives, il prendra en charge au plus tard jusquà la fin de lannée 2007, le coût de lindemnisation des artistes et des techniciens qui ne remplissent pas les conditions de réadmission dans les annexes mais qui réalisent 507 heures sur 12 mois.
Par rapport à la situation de 2005, où, grâce au Fonds transitoire, les artistes et les techniciens pouvaient bénéficier des annexes dès lors quils avaient effectué 507 heures sur 12 mois, le protocole du 18 avril reprend les conditions dentrée plus exigeantes fixées par le protocole de 2003.
Les nouveaux seuils daffiliation prévus pourront très certainement être atteints, comme le montre lanalyse fine des premiers chiffres disponibles du Fonds transitoire, au terme dune période dadaptation et par leffet des conventions collectives en cours de négociation.
Pour aider les professionnels à sadapter aux nouvelles conditions de réadmission, le Fonds comprendra, en accompagnement des dispositions transitoires déjà prévues par les partenaires sociaux dans le protocole du 18 avril, des mesures qui permettront aux artistes et aux techniciens de conserver, jusquaux premiers effets des conventions collectives, au plus tard jusquau 31 décembre 2007, un seuil de 507 heures sur 12 mois pour bénéficier de lindemnisation correspondant aux annexes 8 et 10 et davoir ainsi, pendant cette période, des conditions dindemnisation plus favorables que celles qui sont prévues avec lallocation de fin de droits.
Cest le signe de la confiance que le Gouvernement place dans le bon aboutissement des conventions collectives, sur lesquelles Gérard Larcher interviendra dans un instant, pour structurer lactivité dans le secteur. Cest aussi le signe de la détermination avec laquelle nous entendons accompagner la négociation de ces conventions !
Tirant les enseignements du fonctionnement du Fonds transitoire en 2005 (plus des trois quarts des artistes et des techniciens ont bénéficié de lallocation du Fonds transitoire pour une durée de moins de 3 mois, pour un montant moyen dallocation journalière de 45 euros), les mesures transitoires du Fonds prévoient un plafonnement de lallocation à 45 euros par jour, et une limitation de durée de 3 mois. Il sagit de concentrer laide de la solidarité nationale sur les artistes et les techniciens qui sont placés dans les situations dactivité ou de revenu les plus fragiles.
Telles sont les fonctions que le Fonds de professionnalisation et de solidarité assurera pour les artistes et les techniciens du spectacle. Elles feront lobjet, en fonction de la nature des prestations, de conventions de délégation de gestion passées avec lUNEDIC et avec Audiens, le Groupe de prévoyance du secteur du spectacle.
Un comité dorientation associera, aux côtés de lEtat, les partenaires sociaux du secteur. Il sera consulté sur les missions de professionnalisation et jouera un rôle de suivi et de conseil. Un bilan périodique des actions lui sera présenté, et un rapport dactivité du Fonds sera présenté, en fin dexercice, au Conseil national des professions du spectacle.
Telle est, Mesdames et Messieurs, léconomie générale dun système pérenne et équitable de soutien à lemploi, de protection sociale et professionnelle pour les artistes et les techniciens du spectacle, où lassurance chômage joue pleinement son rôle, mais seulement son rôle et non plus, comme cela a été trop longtemps le cas, celui de financeur indu et de régulateur quasi exclusif du secteur !
Jai demandé à Jean-Paul Guillot détablir, à partir de quelques situationstypes dartistes ou de techniciens, une comparaison du niveau de protection assuré par le nouveau système par rapport aux systèmes antérieurs, de manière à ce que chacun puisse objectivement apprécier son effet concret sur la situation des artistes et des techniciens dont je sais bien quelle demeurera difficile et incertaine ! Ce document vous sera remis en annexe du texte de nos interventions, avant dêtre mis en ligne sur le site du Ministère.
Cest lexemple des informations concrètes qui devront figurer sur le site du Fonds de professionnalisation et de solidarité, qui devra constituer, en liaison avec tous les autres sites (de lUNEDIC, des organismes sociaux du spectacle, des différentes institutions et ministères) un portail professionnel pour les artistes et les techniciens.
Au-delà des informations, les améliorations concrètes et très attendues à apporter dans le fonctionnement des systèmes informatiques et la constitution des dossiers par les ASSEDIC, devraient faciliter laccès des artistes et des techniciens aux prestations auxquelles ils ont droit.
Est-ce à dire que le nouveau système est parfait ? Evidemment non ! Il devra être amélioré, aménagé, au fur et à mesure que seront conclues les conventions collectives et quelles produiront leurs effets, au fur et à mesure que le renforcement des contrôles dissuadera les abus qui ont trop longtemps marqué le secteur et qui sont encore loin davoir disparu. Je vais, dans un bref instant, laisser la parole à Gérard Larcher qui vous décrira lengagement de son département ministériel sur ces deux sujets.
Mais au moins, ce nouveau système reposera sur des bases saines. Et il a, à mes yeux, quels que soient ses défauts ou ses imperfections, lincomparable mérite dêtre le fruit de la négociation entre les partenaires sociaux interprofessionnels, de leur volonté de maintenir au sein de la solidarité interprofessionnelle un régime spécifique dassurance chômage pour les artistes et les techniciens du spectacle et dassurer, à leurs côtés, lengagement durable et déterminé de lEtat. Et ce mérite-là lui donne une supériorité absolue sur toute autre solution !
Ma conviction est que, sur la base du protocole du 18 avril, sil est signé et renforcé par le Fonds de professionnalisation et de solidarité, il est possible de bâtir le système équitable et pérenne que nous appelons tous de nos voeux sans recourir à la loi, et de le rendre effectivement opérationnel dans des délais et dans une sécurité juridique quune démarche législative ne permettrait pas de garantir.
On ne va pas nous reprocher, maintenant, de préférer le respect dû au dialogue et à la responsabilité des partenaires sociaux à une démarche législative qui consisterait à se substituer à eux et dont les résultats concrets seraient incertains et tardifs et, pour tout dire, aventureux, car aucune loi ne pourra définir tout le contenu dune négociation conduite par les partenaires sociaux !
Plutôt quà une loi, je préfère que nous consacrions, tous ensemble, notre énergie à la construction dune politique de lemploi dans le secteur du spectacle, à la négociation des conventions collectives, à la vigilance quant à leur application. Je souhaite que la mobilisation exceptionnelle des parlementaires, que je voudrais une nouvelle fois saluer, encourage lEtat comme les collectivités territoriales, qui ont des responsabilités essentielles en la matière, à jouer pleinement leur rôle, ainsi que le rapport dAlain Auclaire nous y a invités.
Il y a, en effet, et je ne veux pas manquer de le rappeler en terminant, au-delà de lassurance chômage, tant dactions à conduire pour organiser lactivité dans le secteur du spectacle !
Le plan pour lemploi dans le spectacle vivant, qui se décline dans chaque région ; les crédits dimpôt pour le cinéma et laudiovisuel, qui ont permis la relocalisation des productions et une augmentation, en 2005, de 35 % du nombre de semaines de tournage sur notre territoire ; demain, jespère, les crédits dimpôt pour lédition phonographique et le jeu vidéo, ce sont des volets aussi importants que lassurance chômage pour la construction dun système pérenne de soutien à lemploi.
La négociation des conventions collectives, la lutte contre les abus, un cadre juridique mieux adapté pour les pratiques amateurs, qui doivent être encouragées, mais qui ne doivent pas constituer, en particulier dans le secteur musical, une concurrence déloyale pour les professionnels, la régularisation engagée du recours à lintermittence ou aux contrats précaires dans laudiovisuel public, qui devra se traduire dans le « volet emploi » des contrats dobjectifs et de moyens que lEtat va passer avec chaque société du secteur public de laudiovisuel, ce sont de grands chantiers, essentiels, pour lesquels toute notre énergie commune doit être mobilisée.
Je veux vous dire, enfin, combien je sais pouvoir compter sur le Conseil national des professions du spectacle, dont jai pu apprécier le soutien, tout au long des deux années écoulées, pour accompagner la mise en oeuvre dun système pérenne et équitable de soutien à lemploi dans le secteur du spectacle et vous en exprimer, par avance, toute ma reconnaissance.
Soyez assurés que vous pouvez, aussi, en retour, pleinement compter sur notre engagement et notre détermination.
Je vous remercie.