Mesdames,
Messieurs les Ministres, Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur exécutif de la Fondation Europe-Asie,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je tiens à remercier sincèrement l’ensemble des délégations
d’avoir participé à cette deuxième rencontre des
ministres de la culture de l’ASEM, ainsi que les représentants
de l’UNESCO, dont le Directeur général nous a fait l’honneur
d’ouvrir nos travaux hier, de la Commission européenne, et la
Fondation Europe-Asie et de la société civile.
Ensemble, nous avons pu identifier de nombreux sujets d’intérêt
commun entre l’Asie et l’Europe, définir des priorités
pour développer le dialogue des cultures entre les deux continents,
souligner l’importance de la culture dans le développement économique,
et enfin constater nos convergences sur cet enjeu fondamental pour le destin
des sociétés humaines, que représentent la protection
et la promotion de la diversité culturelle.
Nos travaux constituent une nouvelle étape, après ceux de la
première conférence des ministres de la culture de l’ASEM,
à Pékin, en décembre 2003.
Je me réjouis que l’ASEM, et plus particulièrement ce
forum des ministres de la culture d’Europe et d’Asie, soit devenu
l’un des lieux privilégiés où s’élabore
ce modèle de développement durable dont les fondements ont été
énoncés au sommet des Nations Unies de Johannesburg en 2002.
Répondant aux souhaits que nous avons exprimés hier en plénière,
les travaux des ateliers de ce matin ont permis de dégager des perspectives
concrètes, pour développer les échanges culturels et
la coopération entre l’Europe et l’Asie, dans le cadre
du plan d’action à long terme que nous appelons de nos vœux.
Le premier atelier a réaffirmé l’importance des échanges
entre les sociétés civiles et entre les professionnels. Les
manifestations culturelles, années étrangères, festivals,
forums culturels, en sont les catalyseurs. Mais il convient d’aller
plus loin, et de définir des mécanismes appropriés afin
de développer la circulation des spectacles, des expositions, des œuvres
littéraires et de programmes audiovisuels entre les pays européens
et les pays asiatiques, en associant aussi les centres d’art, les musées,
les maisons d’édition et les opérateurs audiovisuels,
en multipliant notamment les résidences et les stages d’artistes.
Le rôle moteur de la Fondation Europe-Asie (ASEF) a également été réaffirmé. Outre les perspectives de développement des réseaux dans le domaine des musées, de l’audiovisuel, et du cinéma, sur lesquelles j’ai attiré votre attention en ouverture de nos travaux hier, il est essentiel d’étendre les initiatives actuelles à d’autres disciplines artistiques et culturelles, en privilégiant les échanges entre jeunes créateurs, comme cela a été proposé lors du forum réuni par la Fondation à Créteil, en prélude à notre réunion. Le portail de l’ASEM, en cours de développement sur l’Internet, doit devenir une véritable plate-forme pour accroître la mobilité et la coopération dans le domaine culturel, en fournissant des informations multidisciplinaires en temps réel. C’est en se concentrant sur cette mission d’échanges et de dialogue et dans une coordination renforcée avec les ministères concernés des Etats membres de l’ASEM, que l’ASEF doit évoluer.
Le deuxième atelier a souligné le rôle des industries culturelles pour s’affirmer à l’échelle locale et internationale, au service du développement.
La spécificité des activités, des services culturels, des « biens » que je préfère appeler des œuvres d’art et de l’esprit, a été pleinement reconnue. Nous partageons le constat que dans chacun de nos pays, les pouvoirs publics ont le devoir d’intervenir pour maintenir une offre culturelle riche et variée, puisant sa vitalité dans l’originalité de chacune de nos cultures. Au-delà des mesures de régulation économique souvent indispensables, le rôle essentiel de la langue, mais aussi de l’éducation artistique et culturelle ou encore l’importance de la promotion des nouvelles technologies, ainsi que la lutte contre la fracture numérique, qui n’est pas une fracture « Nord-Sud », mais bien souvent traverse chacune de nos sociétés, ont été réaffirmées. Une protection efficace et adaptée de la propriété littéraire et artistique est la condition du développement des industries culturelles, puisqu’elle donne les moyens de reconnaître la valeur des productions de l’esprit, de garantir les droits des créateurs, et donc la diversité des créations.
Le tourisme, thème du troisième atelier, est aussi important que les industries culturelles pour la création de richesse, tant économique, que sociale et culturelle, à condition toutefois qu’il soit développé dans un esprit de responsabilité, et avec un réel souci de participer au développement durable. Il doit constituer l’un des principaux axes de coopération euro-asiatique, dans des domaines aussi concrets que la formation des guides, l’adaptation et la qualité des capacités d’accueil, l’apprentissage du respect des sites dans l’esprit de la Charte de Venise.
Enfin, le dernier atelier portait sur la culture comme facteur de développement, notamment au service de l’extension des capacités de créativité des individus, et du renforcement de la cohésion sociale. Le partenariat et le jumelage entre institutions culturelles de nos pays, et leur mise en réseau sont apparues comme des éléments indispensables pour nos sociétés. Cet atelier a insisté sur la nécessité de prendre en compte la culture dans l’ensemble des politiques transversales. Selon l’expression d’une participante : « la culture n’est pas le dernier tiroir que l’on ouvre ».
Ces propositions ont été reprises dans le plan d’action annexé à la déclaration finale. J’appelle chacune et chacun d’entre nous, à faire en sorte que, au-delà de nos réunions ministérielles, au-delà de nos déclarations finales, ces propositions soient mises en œuvre concrètement. En identifiant des points de contact au sein de nos institutions existantes, en réunissant à intervalles réguliers nos hauts fonctionnaires, afin non seulement de préparer les rencontres de ministres, mais également d’assurer un suivi effectif de ces orientations, je suis confiant et convaincu que nous y parviendrons.
Le développement, c’est aussi la solidarité, et je tiens à rappeler combien le tsunami qui a frappé plusieurs pays d’Asie, notamment l’Indonésie et la Thaïlande, a provoqué un élan sans précédent de compassion et de générosité dans les populations de chacun de nos pays. C’est l’expression de l’essentielle solidarité humaine. C’est la preuve tangible de l’unité du monde et de la force des valeurs universelles de nos cultures. Nous ne laisserons pas retomber cet élan, et, avec le ministre de la culture de la Pologne, je souhaite que des initiatives puissent êtres prises, comme cela a été proposé au cours de ces deux jours, afin que la culture joue tout son rôle, non seulement dans la reconstruction des zones dévastées, mais également dans la préservation de la mémoire collective de ce terrible événement.
Nous nous souviendrons du témoignage émouvant de notre collègue indonésien et de cette forte parole du Directeur général de l’UNESCO : « un pays est vivant tant que sa culture reste vivante ». Il retrouve là les sources de l’inspiration de l’organisation qu’il dirige. L’appel lancé par son prédécesseur il y a quarante ans pour sauver les monuments de Haute Egypte suivait de peu le tremblement de terre d’Agadir.
L’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies dédiée à la culture a naturellement vocation à jouer un rôle moteur en faveur de la protection et de la promotion de la diversité culturelle, comme l’y avait invitée le Président Chirac lors du sommet mondial des Nations unies sur le développement durable en septembre 2002.
Lors de la réunion de Pekin, les ministres de la culture ont souhaité que l’ASEM contribue à permettre à la Convention en cours de discussion à l’UNESCO d’œuvrer effectivement en faveur de la protection et de la promotion de la diversité culturelle.
Cet appel a été repris par la déclaration adoptée par les Chefs d’État et de Gouvernement de l’ASEM à Hanoi en octobre 2004.
Aussi ai-je souhaité que notre déclaration finale, de la responsabilité de la France, rappelle la volonté de nombreux pays d’Asie et d’Europe, de tirer toutes les conséquences de la spécificité des biens et services culturels, tant en affirmant le droit des Etats à mettre en place des politiques destinées à protéger et à promouvoir cette diversité, qu’en renforçant la coopération entre les pays développés et les pays en développement.
Le texte final de la déclaration du président fait écho aux interventions de nombreux délégués, qui ont accueilli avec satisfaction le résultat de la dernière réunion intergouvernementale de l’UNESCO, qui s’est achevée vendredi à Paris. Celle-ci a marqué un pas décisif vers l’adoption par la prochaine Conférence générale de l’UNESCO, de la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.
Mais nous ne pouvons pas nous contenter de nous réjouir aujourd’hui, car ce processus n’est pas terminé. Notre réunion était d’autant plus importante, qu’elle nous a permis de nous mobiliser afin que la convention puisse effectivement être adoptée en octobre prochain.
D’ici là, il est essentiel que nous puissions continuer sans relâche à faire œuvre d’explication et de conviction. La réunion qui se tiendra à Madrid à la fin de la semaine, avec les ministres des pays francophones, hispanophones, et lusophones constituera un moment privilégié de cette mobilisation. Il est en effet essentiel qu’une telle convention entre dans l’ordre juridique international, et qu’ainsi puisse être posée la première pierre d’un véritable droit international de la culture, au même titre que le droit international de la santé, ou de l’environnement. Car la culture est aussi essentielle au développement et au progrès de l’humanité.
Tel est le sens des routes – ou des autoroutes – de la soie, adaptées à notre siècle, que nous avons contribué à ouvrir au cours de ces deux jours. Telles sont les perspectives de ces voies nouvelles, de ces chemins prometteurs que nous allons frayer ensemble.
Car nos rencontres des ministres de la culture de l’ASEM doivent s’inscrire dans le temps, pour faire le point de la mise en œuvre des actions engagées, et dans l’espace, afin de souligner l’implication de l’ensemble des pays de nos deux continents. Je me réjouis qu’après la Chine et la France, la Malaisie ait accepté d’accueillir en 2007 notre prochain rendez-vous, et que le ministre de la culture de Pologne ait fait hier une proposition pour que son pays accueille la réunion suivante. Je tiens à remercier, en votre nom à tous, très chaleureusement, ces deux pays pour leur engagement.
Il est également important que nos réunions ne soient pas limitées aux responsables politiques et administratifs. Elles doivent pouvoir être accompagnées aussi de rencontres entre les artistes et les créateurs, afin qu’ils partagent leurs expériences et apportent leur pierre au dialogue des cultures qu’ils font vivre par le rayonnement de leurs talents. Dans cette perspective, la France apportera tout son concours, afin que ces réunions marquent un nouveau pas en avant dans le dialogue entre les cultures et les civilisations, entre l’Europe et l’Asie.
Avant de clôturer ces rencontres, et pour passer le relais, de Paris à Kuala-Lumpur, je voudrais donc donner la parole pour quelques instants à l’Honorable Datuk Seri Utama, Docteur Rais Yatim, Ministre de la culture de Malaisie, qui souhaite nous faire part de l’esprit dans lequel il envisage ce prochain rendez-vous.
Je vous remercie.
photo : Didier Plowy/MCC