Discours et communiqués de presse
Conférence de presse
Chantiers numeriques : un accès à la culture pour tous


mardi 23 janvier 2007

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Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd'hui pour vous présenter l'avancement des chantiers numériques engagés par le ministère de la Culture et de la Communication. Ce ministère est en effet entré de plain-pied dans une nouvelle ère, celle d'Internet, et des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il se doit d'être à la pointe de l'innovation et de la créativité en la matière, non seulement parce qu'il doit donner l'exemple, et montrer que la révolution numérique que nous connaissons actuellement peut et doit être anticipée, maîtrisée, utilisée au service de la culture pour tous. Il répond ainsi à sa mission même, à sa vocation originelle, telle que l'a formulée André Malraux - " rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ". J'ajouterais, à l'heure du numérique : " et d'internautes du monde entier " !

Dans la compétition mondiale pour Internet, ce qui fait la différence, et ce qui est encore au moins aussi décisif que les avancées technologiques, ce sont les contenus, c'est notre patrimoine. Oui, l'atout de la France, c'est la richesse de ses contenus, de ses créations et de ses œuvres, dans tous les domaines, du cinéma à la musique en passant par les arts plastiques. Oui, le numérique ouvre de nouvelles perspectives, de nouveaux horizons, à la démocratisation de la culture qui est au cœur des missions de ce ministère depuis son origine. L'innovation technologique doit être une chance pour la diversité culturelle.

Depuis un demi-siècle, les musées, les théâtres, les bibliothèques, les lieux de culture se sont multipliés, sur tout le territoire, aujourd'hui, la culture entre au sein même des foyers munis d'un ordinateur, en quelques clics. A l'heure où la France joue un rôle moteur, sous l'impulsion du Président de la République, dans le projet de Bibliothèque numérique européenne, nous devons tirer pleinement profit de ces nouvelles technologies, pour ouvrir l'accès à la culture à chacun.

Le 21 septembre 2004, à l'occasion du festival Villette numérique, j'ai décidé de placer résolument le ministère de la Culture et de la Communication, et ses établissements publics, au cœur de la révolution numérique. Près de deux ans et demi plus tard, il me paraissait nécessaire de faire un point d'étape, afin de mesurer l'étendue des réalisations, et de tracer quelques perspectives.

Les chantiers que nous menons s'articulent autour de trois axes : la pleine utilisation des possibilités offertes par la numérisation pour sauvegarder notre patrimoine et notre mémoire ; un effort de diffusion et de médiation pour valoriser le patrimoine et les œuvres sur Internet ; et enfin un soutien fort à la création numérique sous toutes ses formes.

1. La numérisation au service du patrimoine et de la diversité culturelle

Notre patrimoine est notre mémoire collective. Il est dépositaire d'une grande part de notre histoire et de notre identité. Il renvoie à un imaginaire commun, ciment du lien social, et éternelle source d'inspiration pour nos artistes. Le numérique représente une chance immense pour la sauvegarde, la préservation, et la transmission de ce patrimoine.

La numérisation du patrimoine, c'est d'abord la mise en œuvre du projet de la BNUE, lancé à l'initiative du Président de la République, et entré dans sa phase opérationnelle. Une source de financement pérenne lui est assurée grâce à l'élargissement de l'assiette de la redevance sur les appareils de reprographie, perçue par le Centre national du livre. Une ligne de crédit de 10 millions d'euros est ainsi ouverte pour le financement de projets de numérisation dont la BNUE est le projet moteur.

La numérisation du patrimoine, c'est un plan de numérisation doté de 2,8 millions d'euros. Il a deux objectifs : augmenter significativement l'offre de ressources culturelles numériques, et promouvoir une consultation libre et ouverte de ces ressources pour tous les internautes.

Dans le cadre de ce plan, 105 projets sont aidés, qui s'articulent autour de six grands programmes thématiques : les territoires, les personnes, le français et les langues de France, l'art et l'archéologie, l'architecture et la création contemporaine.

Dans le cadre de ce plan, le Ministère apporte un soutien fort aux projets de réseaux de partenaires regroupés autour de portails thématiques ou régionaux : c'est ainsi le cas pour la numérisation de la presse régionale ou locale, coordonnée par les archives et les bibliothèques, ou encore la constitution de projets liés à la mémoire et à l'histoire locale. Le numérique est devenu le fer de lance du combat en faveur de la diversité culturelle, de la sauvegarde de la grande et belle richesse de nos cultures, et il en concrétise aujourd'hui toutes les promesses, avec, pour ne prendre que deux exemples, la création d'une iconothèque historique de l'Océan Indien par le conseil général de la Réunion, ou encore le soutien au programme de numérisation consacré à la mémoire vivante des Arméniens.

- Autres projets novateurs financés dans le cadre de ce plan : la numérisation par la Cinémathèque française des films du catalogue de " L'Albatros ", représentant l'avant-garde du cinéma muet, et celle des enregistrements du Théâtre de l'Odéon.

- La numérisation du patrimoine, c'est aussi, celle de notre patrimoine audiovisuel. En augmentant la dotation publique de l'Institut National de l'Audiovisuel de 22,6% sur la période 2005-2009, nous lui avons donné les moyens de mener une politique volontariste de diffusion de ses fonds sur Internet, tout en garantissant son plan de sauvegarde. En portant à 12 millions d'euros par an le financement de ce plan, le rythme de numérisation a quasiment doublé, et la bataille pour rattraper le processus de dégradation et éviter la perte irrémédiable de cette mémoire audiovisuelle est sur le point d'être remportée.

2. La numérisation au service de la diffusion et de la médiation

Cette numérisation, au-delà de la sauvegarde et de la conservation, doit permettre de mener une politique ambitieuse et novatrice de diffusion et de médiation, en utilisant toutes les possibilités offertes par Internet. J'ai ainsi demandé que les contenus numérisés dans le cadre du plan de numérisation soient systématiquement rendus accessibles à tous sur internet.

Grâce à des dispositifs innovants, chercheurs, scientifiques, géographes et historiens allient leurs connaissances et leurs savoir-faire, pour faire découvrir les richesses de notre histoire et de notre patrimoine à tous les publics, dans le monde entier. Le ministère de la Culture et de la Communication rend désormais accessible en ligne la reconstitution de hauts lieux d'Histoire, ou encore de sites archéologiques, accompagnés de notices explicatives. Le Paris antique comme le château de Versailles sont ainsi aujourd'hui disponibles pour tous les étudiants, les professionnels, les touristes ou les curieux, au sein comme au-delà de nos frontières.

Les réalisations de l'Unité Mixte de recherche du CNRS et du ministère de la Culture et de la Communication, " Modèles et simulations pour l'architecture, l'urbanisme et le paysage ", sont tout à fait remarquables : à travers le programme 3D Monuments, la cité de Carcassonne et son Château comtal, mais aussi l'Abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert et son cloître sont aujourd'hui reconstitués sous forme de maquette 3D. Libres et ouvertes, ce sont de nouvelles ressources publiques, accessibles à tous.

L'ouverture, c'est également le principe qui nous a guidés dans notre travail sur le portail culture.fr.

La diffusion au plus grand nombre des œuvres, l'information culturelle la plus complète, sur tout le territoire, pour l'ensemble de nos concitoyens : telles sont les missions que j'ai fixées au nouveau portail culture.fr, véritable vitrine de la culture française ouverte sur le monde.

Avec 7000 événements recensés, l'intégralité des musées de France, des milliers de monuments accessibles en un clic, le portail encourage les Français à s'approprier leur patrimoine et à découvrir la richesse de notre vie culturelle.

L'organisation du portail est fidèle à l'image du web : avec une centaine de contributeurs dans les directions du ministère ou les établissements publics, le portail fonctionne de manière souple et décentralisée. De manière très ouverte, également, vers tous ses partenaires, puisque la syndication permet à d'autres sites de reprendre son contenu.

J'ai souhaité franchir un pas supplémentaire en offrant prochainement la possibilité aux organismes de spectacles de contribuer au portail, afin que culture.fr soit le reflet, en temps réel, de la vitalité de notre vie culturelle.

La présentation de quelques-unes des nouvelles fonctionnalités du portail vous sera faite dans un instant, mais je vous invite dès aujourd'hui à un prochain rendez-vous en avril 2007. Annoncé par Dominique de Villepin, lors du 5ème Comité interministériel pour la société de l'information, le 11 juillet 2006, un nouveau service du portail culture.fr permettra l'accès, en un clic, aux 16 millions d'œuvres et de ressources numérisées par le ministère de la Culture et de la Communication.

Ce service proposera notamment au grand public l'accès à 3,5 millions d'images, rendant ainsi visible à tous, gratuitement et facilement, notre patrimoine sous forme numérique.

3. Le soutien à la création numérique

J'ai souhaité que culture.fr soit également une vitrine pour nos créateurs. Je suis donc très heureux que le lauréat du festival de Romans de la création sur Internet se voit offrir une tribune libre sur le portail.

Nouvel outil au service de l'ouverture et du décloisonnement, le numérique touche tous les domaines de notre société, de notre économie et de notre culture, et bouleverse par là même notre civilisation, nos représentations, et notre création. Il crée des passerelles entre les diverses formes d'art et fait surgir des œuvres nouvelles, des genres nouveaux, tels que la musique électronique, le spectacle vivant multimédia, ou les films d'animation intégrant des images de synthèse. Avec la création numérique, on aboutit à une démultiplication des possibilités artistiques offertes à l'homme.

En 2007, dans le cadre du dispositif pour la création artistique multimédia (DICREAM) - fonds spécifique d'aide aux créateurs d'œuvres originales dans l'univers numérique - les huit grandes directions du ministère de la Culture et de la Communication coopèrent pour s'engager aux côtés des artistes, en proposant trois types de soutiens : l'aide à la maquette, pour favoriser la création, l'aide à la production, pour finaliser les travaux, et enfin le soutien des manifestations dédiées aux arts numériques. Je rappelle par ailleurs que Dominique de Villepin, sur ma proposition, avait décidé en 2005 que les nouvelles formes de création artistique contemporaine, comme les installations ou les vidéos, bénéficient elles aussi de la TVA réduite à 5,5%.

Depuis mon arrivée au ministère, je me suis battu pour que le jeu vidéo soit reconnu, lui aussi, comme une véritable création culturelle. Les jeux vidéo font en effet pleinement partie de notre culture, et ils font appel à des talents particulièrement inventifs, tant sur le plan technologique qu'artistique : graphistes, musiciens, et même architectes et designers sont ainsi sollicités pour raconter des histoires, imaginer des univers, faire naître des personnages, et provoquer des émotions.

Pour faire fructifier cette industrie culturelle, un certain nombre de mesures visant à soutenir les nouvelles créations ont été prises : le Fonds d'Aide à l'Edition Multimédia a ainsi déjà permis de soutenir des projets de création de jeu vidéo à hauteur de 13 millions d'euros. Le Premier Ministre a également décidé, sur ma proposition, de compléter ce soutien par un crédit d'impôt en faveur de la création de jeu vidéo, que j'espère voir adopté dans un avenir proche.

Par l'ensemble de ces mesures, le ministère de la Culture et de la Communication mène une politique ambitieuse, et audacieuse, pour se situer au cœur, ou plutôt aux avant-postes de la révolution numérique. Cette révolution est pour nous une chance immense, que nous devons saisir, anticiper, parce qu'elle facilite la sauvegarde de notre mémoire collective, parce qu'elle démultiplie nos moyens de transmettre notre patrimoine, parce qu'elle amplifie la diffusion de nos événements culturels, parce qu'elle fait rayonner nos œuvres bien au-delà de nos frontières.

Sur les réseaux, la culture n'est pas un contenu comme les autres, elle est un outil de dialogue, de connaissance et de reconnaissance, qui jette des passerelles entre les peuples et les civilisations.

Je vous remercie.

photos : Didier Plowy/MCC



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