LE PROJET DE LOI RELATIF AU DROIT D'AUTEUR ET AUX DROITS VOISINS
DANS LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION ADOPTÉ
PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE EN PREMIÈRE LECTURE
LE 21 MARS 2006
Garantir l’avenir de la création dans l’univers de la numérisation et d’Internet constitue un défi difficile : c’est l’objectif du projet de loi sur le droit d’auteur, dont l’examen à l’Assemblée Nationale a suscité un débat long et passionné.
Deux principes essentiels fondent le texte voté
par l’Assemblée Nationale :
- Le premier principe est que le droit d’auteur est un droit fondamental
et intangible.
- Le second principe est la défense de la liberté des internautes,
c’est-à-dire la liberté de communication à laquelle
se rattachent les échanges via Internet. Cette liberté de communication
nécessite de préserver le respect de la vie privée des
internautes.
Deux conceptions des échanges culturels se sont opposées lors de la discussion du projet de loi à l’Assemblée Nationale :
1). La première vision proposait un système
dans lequel les œuvres auraient pu être copiables en nombre illimité
et par tous, en contrepartie du versement par les internautes d’une
somme d’argent. Cette philosophie s’est déclinée
en trois modèles différents :
a). La licence globale optionnelle : les internautes
auraient pu choisir ou non d’avoir librement accès aux œuvres
et de les copier en contrepartie du versement d’une somme d’argent.
b). La licence globale obligatoire : les internautes
auraient été dans l’obligation de s’acquitter d’une
taxe en contrepartie de laquelle ils auraient eu librement accès aux
œuvres et auraient pu les copier. Ce système a été
proposé notamment pour la musique.
c). La taxation des fournisseurs d’accès
en contrepartie d’une possibilité illimitée de copier
les œuvres.
Dans tous les cas, la philosophie était de proposer pour la création
un financement « supplémentaire ». Or en vérité
ce financement supplémentaire aurait à terme créé
une situation de sous-financement pour la musique et le cinéma français
et ce système mettait fin au droit d’auteur. Une autre conséquence
aurait été de produire une hausse des coûts des abonnements
à Internet, qui aurait défavorisé les personnes aux revenus
les plus faibles.
2). La seconde conception, qui a prévalu, propose
de passer d’un modèle économique pour la culture à
un autre : le développement d’une offre légale de musique
et de films sur Internet et qui est une offre de qualité, diversifiée,
sécurisée et à des prix raisonnables.
Internet n’est pas un « supplément » par rapport
à la vie culturelle, économique et sociale de notre pays : il
en fait partie intégrante puisque plus d’un Français sur
deux est désormais internaute. Le projet de loi est un texte d’avenir
car il fait le pari qu’Internet sera utilisé quotidiennement
bientôt par tous les Français. Aussi l’enjeu n’est
pas de créer un financement supplémentaire pour la création
mais de préparer le passage d’un modèle culturel, économique
et social à un autre : un modèle où les internautes font
appel à une offre légale de musique et de films sur Internet
et qui est une offre de qualité, diversifiée, sécurisée
et à des prix raisonnables. C’est sur cet objectif qu’a
été bâti le projet de loi car ce nouveau modèle
préservera le droit d’auteur et sera appelé à devenir
un élément clef du financement de la création.
L’accès aux œuvres est l’un des facteurs clefs qui
motivent les Français à devenir internautes et participent de
manière décisive à l’essor des fournisseurs d’accès.
C’est pourquoi les acteurs de la distribution des œuvres par Internet
ou sur d’autres réseaux numériques participeront davantage
à l’effort de contribution à la création. C’est
le sens d’un accord pour la vidéo à la demande qui a été
signé en décembre 2005 avec l’ensemble des organisations
professionnelles du cinéma.
En décembre 2005 au début de l’examen du texte à
l’Assemblée Nationale, deux amendements à l’article
premier ont été votés afin d’instaurer un système
de licence globale. Il était nécessaire, lors de la reprise
de la discussion en mars 2006, de rejeter cette licence globale et d’adopter
un article additionnel à l’article premier afin d’assurer
ainsi une cohérence à l’ensemble du texte.
AUJOURD’HUI, LE PROJET DE LOI TEL QU’IL A ÉTÉ ÉLABORÉ EST UN TEXTE D’ÉQUILIBRE ET TOURNÉ VERS L’AVENIR : IL EST DESTINÉ À PERMETTRE L’AVÈNEMENT D’UN « INTERNET ÉQUITABLE ».
Ce qu’il faut retenir du projet de loi voté par l’Assemblée Nationale en 9 points :
1). Le texte affirme que « l’auteur
est libre de choisir le mode de rémunération et de diffusion
de ses œuvres ou de les mettre gratuitement à la disposition du
public ».
2). En encadrant les mesures techniques de protection, le texte crée les conditions pour que se développe une offre légale de musique et de films sur Internet, qui sera une offre de qualité, diversifiée, sécurisée et à des prix raisonnables.
3). Le texte prévoit de créer une plate-forme publique de téléchargement de musique, visant en particulier la diffusion des œuvres des jeunes créateurs dont les œuvres ne sont pas disponibles à la vente sur les plates-formes légales de téléchargement. Dans les six mois suivant la promulgation de la loi, le gouvernement transmettra au parlement un rapport relatif aux modalités de la mise en œuvre de cette plate-forme publique.
4). Le texte garantit clairement la copie privée, tout en préservant l’équilibre économique et l’avenir de la création française. La copie privée est le droit de réaliser en fonction du type de support, pour son usage personnel ou celui de ses proches, un nombre limité et raisonnable d’œuvres acquises légalement. Afin d’éviter de figer dans la loi des règles qui pourraient être rendues obsolètes par l’évolution technologique, un collège des médiateurs aura le rôle de déterminer le nombre de copies en fonction du type de support.
5). Le texte met en place une politique de prévention vis-à-vis des internautes. Les fournisseurs d'accès à Internet transmettront à leurs abonnés des messages électroniques généraux de sensibilisation aux dangers du piratage pour la création artistique, dans le respect complet de la personne et de la vie privée.
6). Le texte instaure une réponse pénale
graduée. Un internaute qui télécharge illégalement
de la musique ou un film sur Internet pour son usage personnel ne risquera
plus la prison.
Il risquera des amendes proportionnées et graduées, dans le
respect complet de la personne et de la vie privée. La contravention
sera :
- de 1e classe pour un téléchargement seul, soit 38 euros maximum
;
- de 2e classe si le téléchargement s’accompagne de mise
à disposition, soit 150 euros maximum.
Un décret en Conseil d’Etat, prévu par le projet de loi,
fixera ces contraventions et les encadrera de manière précise.
7). Le projet de loi garantit le principe de l’interopérabilité, c’est-à-dire la liberté pour l’internaute de lire une œuvre acquise légalement sur tout type de support.
8). Le texte garantit la neutralité technologique
et préserve l’avenir du logiciel libre.
Le texte instaure des sanctions (jusqu’à 3 ans de prison et 300
000 euros d’amende) pour les éditeurs de logiciels qui sont manifestement
destinés à la mise à disposition du public non autorisée
d’œuvres ou d’objets protégés. Ces dispositions
ne sont pas applicables aux logiciels destinés au travail collaboratif
et à la recherche.
9). Un rapport au Parlement dans l’année qui suit la promulgation de la loi appréciera si l’équilibre proposé dans la loi est satisfaisant et évaluera l’impact des dispositions législatives, tant sur les filières de création et leurs distributeurs que sur les industries technologiques.