
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Sénateur,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois pour cette réunion exceptionnelle, puisque le jury du Grand Prix national de l’Architecture vient de se réunir, sous ma présidence, après quatre années d’absence, pour distinguer le rayonnement et la force des projets d’un architecte confirmé - ou d’une agence d’architecture -, installé en France.
Ce Grand Prix, dans sa nouvelle formule, sera désormais décerné tous les deux ans, à un architecte de renom, pour l’ensemble de son œuvre.
Parce que ce Prix devait réussir sa renaissance, parce qu’il devait refléter l’ensemble des choix des milieux professionnels liés à l’architecture, près d’un millier de personnalités qualifiées, architectes, maîtres d’ouvrages, responsables de lieux de diffusion, journalistes, représentants des institutions et des élus, ont été invitées à proposer des noms pour la plus haute distinction professionnelle qu’un architecte puisse recevoir en France.
Je vais, dans un instant, proclamer le nom du lauréat sélectionné par le jury.
Mais auparavant, et sans trop prolonger l’attente, je tiens à vous dire quelques mots de la place de l’architecture et du rôle essentiel des architectes dans la France d’aujourd’hui, car c’est bien l’amour de cet art qui nous rassemble ici ce soir.
Je suis très sensible à mes responsabilités dans le domaine de l'architecture et du patrimoine : il s’agit non seulement de l'identité, de l'histoire et de la mémoire de notre pays, dans sa diversité, mais aussi du cadre de vie des Français et de l'harmonie des paysages que nous lèguerons aux générations futures.
Les pratiques d'aménagement de nos villes doivent s’inscrire dans une perspective de développement durable, c'est-à-dire avec le souci constant des conséquences de nos choix d'aujourd'hui pour demain.
C’est pourquoi l’architecture concerne tous les Français. Car l’évolution de nos espaces de vie doit être maîtrisée, dans le respect de notre patrimoine architectural, urbain et paysager exceptionnel, en laissant toute sa place à la créativité et à l’invention qui font la force des architectes français dans le monde entier.
C’est pourquoi la culture de l’architecture doit être largement diffusée auprès de nos concitoyens et je compte bien, pour ce qui me concerne, m’y employer.
Cet effort de sensibilisation et de diffusion en direction du public doit s’appuyer sur un dialogue renouvelé avec les professionnels.
Sensibilisation et diffusion auprès d’un large public
L'architecture fait partie de la culture. Nous devons tous œuvrer pour développer la culture architecturale, urbaine et paysagère et rendre l’architecture accessible à tous.
C’est pourquoi je tiens à organiser, à soutenir et à développer des manifestations de promotion et des actions de diffusion portant sur l’architecture, le paysage et l’urbanisme. Le Grand Prix national de l'architecture qui nous rassemble aujourd’hui est une première étape.
J’ai d’autres rendez-vous à vous proposer : à commencer par le 22 juin prochain, au Palais de la Porte Dorée, pour valoriser les jeunes talents, lors de l’inauguration de l’exposition consacrée à la session 2003-2004 des nouveaux albums des jeunes architectes. Cet hommage aux jeunes talents sera associé à la consécration du talent confirmé du lauréat d’aujourd’hui, puisque, à cette occasion, je lui remettrai son diplôme, réalisé par Daniel Buren.
Je vous donne dès maintenant un autre rendez-vous, pour la nouvelle opération que je lancerai, avec Gilles de Robien, à l'occasion de la Fête européenne de l'architecture, du 14 au 17 octobre prochain. Le nom de cette opération résume son ambition : “ Vivre les Villes ”. Il s’agit de permettre aux Français de s’approprier les enjeux du développement urbain et de mieux connaître le rôle des nombreux professionnels de l'aménagement dans l'amélioration du cadre de vie.
Cette nouvelle initiative, j’y insiste, concerne tous les publics : des visites des réalisations architecturales et urbaines les plus récentes seront organisées pour les scolaires le jeudi 14 octobre, les professionnels le 15, et tous les publics les 16 et 17 octobre.
Ces visites, les conférences et les expositions feront de cette opération une véritable fête de l’architecture et des villes, ouverte à tous.
Dans le même esprit, les sélections régionales de la deuxième édition du prix Grand public de l'architecture, organisé en partenariat avec Radio France, seront prochainement présentés sur le site internet du ministère. Les internautes et les lecteurs de la presse régionale pourront voter pendant l'été pour les réalisations qu’ils préfèrent dans leur région, comme 50 000 d'entre eux l'avaient fait l'an dernier. Le jury national établira un palmarès qui sera dévoilé en octobre au cours de l'opération “ Vivre les Villes ”.
Dialogue avec les professionnels
Ces actions à destination du public s’enracinent dans un dialogue soutenu avec les professionnels, un dialogue auquel j’attache une grande importance.
Ce dialogue portera en particulier sur la réglementation des modes d’exercice.
Je veillerai à défendre la place de l’architecte et de la conception dans l’acte de bâtir.
Je m’attacherai en particulier à saisir toutes les opportunités offertes par la nouvelle directive européenne sur les concours d’architecture. La transcription dans le droit français de cette directive doit permettre de rétablir des modalités de dialogue entre les architectes et les membres des jurys.
Un autre point fort de ce dialogue porte sur la formation initiale et continue des architectes.
En effet, le métier d'architecte change et se diversifie au service de notre cadre de vie.
C’est pourquoi j’ai tenu, avec les responsables des écoles, les étudiants et la profession, à ce que la réforme longuement mûrie de l’enseignement de l’architecture soit mise en œuvre et consolidée dès cet automne : les études d’architecture seront organisées selon la structure européenne de l’enseignement supérieur (licence-mastère-doctorat).
Cette réforme doit permettre de répondre à une attente de longue date, en renforçant la recherche dans ce domaine clé de l’intelligence.
Cela fait près de trente ans que l’on parlait d’instaurer un doctorat d’architecture, qui existe presque partout ailleurs en Europe et dans le monde. L’entrée en vigueur de cette réforme permet de créer enfin ce doctorat.
La réforme de l’enseignement, au-delà de la formation initiale et de la recherche, permettra aussi de diversifier les carrières et d’accroître la formation continue, afin de développer les connaissances et les compétences des architectes tout au long de leur vie professionnelle.
Je vois dans cette réforme une chance historique d'étendre le rayonnement européen et international de la France dans les domaines de l’innovation et de la création architecturales, tout en répondant à une demande sociale de plus en plus attentive à la qualité du cadre de vie et au développement durable.
Le rayonnement de l’architecture française dans le monde est une priorité de mon action. C’est pourquoi je favoriserai la participation de la France aux grands rendez-vous internationaux.
Nous participerons, bien sûr, du 5 septembre au 9 novembre à la biennale d'architecture de Venise.
L'architecte Françoise-Hélène Jourda est le commissaire de l'exposition présentée dans le pavillon français, intitulée "Métamorphoses durables : vivre et habiter autrement". Si les architectes modèlent notre quotidien, ils travaillent avant tout sur le long terme. Ils bâtissent pour durer. En prenant en compte les évolutions sociales, économiques et environnementales prévisibles, il a été demandé à des équipes d’architectes, notamment à de jeunes architectes des nouveaux albums de réfléchir à la ville de demain, en 2014, 2039 et 2089.
J’ai souhaité associer les étudiants en architecture à cette manifestation, en leur proposant de participer à un concours mis en place avec l’Institut français d’architecture. Des travaux de ces étudiants de quatrième année seront exposés au sein du pavillon français à Venise.
Je souligne qu’à la même période, la France participera à la première biennale d'architecture de Pékin, dans le cadre des années croisées France-Chine. L'architecte Eric Lapierre a conçu, en miroir avec l'ouvrage qu'il vient de publier, une exposition intitulée Architecture du réel, qui présente un panorama de l’architecture française, au travers du travail de douze agences.
Autant de rendez-vous qui me tiennent particulièrement à cœur, parce qu’ils soutiennent la force, la vitalité et la diversité de notre architecture. Une architecture qui n’est pas seulement là pour embellir la vie quotidienne, une architecture qui fait partie intégrante de la vie quotidienne des Français, parce qu’elle est garante de leur qualité de vie.
Et la sécurité est un élément essentiel de cette qualité. La sécurité est au cœur de la mission des architectes. Les architectes qui, avec leurs compétences, s’engagent à assurer l’accessibilité, la fiabilité et la salubrité des ouvrages dont ils ont la responsabilité, conformément aux normes techniques et réglementaires et aux exigences légitimes de notre société.
Quelle plus belle illustration de cette passion, de cet art et de cette très haute compétence technique et scientifique que le lauréat dont je vais maintenant, sans plus attendre, proclamer le nom !
Cinq architectes ou agences d’architecture ont été proposés pour l'ensemble de leur œuvre, je le rappelle, par les personnalités qualifiées consultées par l’appel à propositions :
- Patrick Berger
- Patrick Bouchain, atelier B&H
- Jacques Ferrier
- Yves Lion
- Rudy Ricciotti
Au nom du jury, je tiens à rendre hommage à ces cinq architectes, dont nous avons tous souligné et reconnu l’extrême qualité, pour l’exemplarité et la singularité de leur œuvre.
Chacun d’eux propose une vision et une pratique de l’architecture qui contribue de manière déterminante au rayonnement de cette profession, en France, en Europe et dans le monde.
Chacun d’eux propose aux architectes en devenir, aux futures générations de professionnels, autant de figures de référence, singulières et complémentaires.
Je tiens à remercier le jury pour la qualité et la rigueur de son travail, tout au long de cet après-midi.
J’ai le grand honneur de proclamer lauréat du Grand Prix national de l’Architecture 2004 : Patrick Berger.
Je tiens à adresser toutes mes félicitations et celles du jury au lauréat.
Je vous donne rendez-vous le 22 juin au Palais de la Porte Dorée pour la remise du diplôme conçu par Daniel Buren.
Je vous annonce dès à présent que j’aurai le plaisir de proposer au lauréat d'assurer la présidence des 4èmes Rendez-vous de l'architecture, manifestation biennale de rencontres et d'échanges entre ceux qui décident, font ou vivent l'architecture d'aujourd'hui, qui se tiendra en février 2005.
Je vous remercie, en vous invitant à lever le verre de l’amitié pour célébrer le lauréat.
Patrick BERGER
Cet architecte de 56 ans cultive l’excellence depuis Samarkand jusqu’à
la Bastille, en passant par le Japon, animé par une unique volonté
: construire une modernité juste et respectueuse. Il semble que Patrick
Berger, peut-être encore plus que tout autre, soit guidé par
une éthique singulière, celle qui dit : “ je me tiens
debout devant vous libre mais responsable ”. La finesse de ses
interventions en témoigne.
De la même manière que Baudelaire saluait en Théophile Gautier le poète impeccable, j’aimerais célébrer en Patrick Berger l’architecte impeccable, celui dont le geste est constamment nourri par l’obsession de l’estime qu’il doit redonner à ses semblables.
Je citerai, parmi ses réalisations : le Monument de la communication France-Japon, sur l’île d’Awaji, au Japon (1989), l’école d’architecture de Bretagne, à Rennes (1991), les serres du Parc André Citröen, à Paris, ou encore le siège du Secrétariat général de l’UEFA, à Nyon, en Suisse (1999).
Le Grand Prix national de l’Architecture vient lui rendre aujourd’hui
le plus bel hommage, la reconnaissance la plus totale d’un parcours
exemplaire.
> le dossier de presse (pdf)