Discours et communiqués de presse
Point presse relatif à la signature de l'accord intergouvernemental permettant la création d'un musée universel qui portera le nom de Louvre Abou Dabi

7 mars 2007

(…) Parce que chacun peut craindre le choc des civilisations, le choc des religions, le choc des cultures, eh bien, nous avons à cœur de créer des ponts, de créer des passerelles. Et dans un univers où la mondialisation sévit, où elle est parfois une chance, et parfois une menace, il est plus que jamais nécessaire de lutter contre l'uniformisation, de lutter contre la marchandisation, et de faire en sorte que les œuvres de l'art et de l'esprit soient présentées au plus grand nombre. La France a donc travaillé avec beaucoup d'attention avec les autorités d'Abou Dhabi pour mener à bien ce projet. Ce projet devient réalité. Hier, j'étais à Abou Dhabi en présence d'une importante délégation française, de la directrice des Musées de France, du président du Louvre, du président du musée du Quai Branly, de la directrice du musée Picasso, d'un certain nombre de grands responsables culturels français, pour signer cet accord. Cet accord est une chance pour nos deux pays. Nous prenons l'engagement de participer, d'animer, de créer, un très grand musée qui s'appellera le Louvre Abou Dhabi. Ce projet ne remet aucunement en cause les principes sur lesquels sont fondées la politique culturelle française et la politique des musées en France. Vous savez que certains rapports - chacun a le droit de s'exprimer - ont préconisé que les œuvres détenues dans nos musées puissent être vendues. Le Gouvernement a répondu officiellement, haut et fort, qu'il n'en était pas question et que ce n'était d'aucune manière une perspective pour la majorité présidentielle. Et donc, le caractère inaliénable du patrimoine détenu par les musées de France, quel qu'il soit, c'est un principe intangible de la République et de la politique culturelle que nous menons. Et vous savez très bien que pour les biens privés, cette prérogative peut d'ailleurs s'exercer chaque fois que l'Etat le décide, et interdit de sortie du territoire national une œuvre. Mais en ce qui concerne le patrimoine détenu par nos musées, il n'est pas question, d'aucune manière, d'en modifier le statut. De la même manière que je tiens, en évoquant ce projet et cette perspective, à rendre un hommage solennel au travail de toutes celles et ceux qui contribuent à la réussite et à l'attractivité de nos musées. Qu'il s'agisse des conservateurs, qu'il s'agisse des historiens de l'art, qu'il s'agisse de celles et ceux qui ont la charge de la restauration des œuvres, qu'il s'agisse de toutes les fonctions essentielles à la vie d'un musée, des fonctions d'accueil, des fonctions de surveillance, bref, de toutes les fonctions qui sont indispensables au rayonnement de nos musées : - en bien, rien n'est remis en cause dans ces responsabilités et dans ce projet, bien au contraire.

C'est pour notre pays un motif de fierté. Parce qu'avoir la charge de créer un musée universel qui soit un symbole et qui soit, à la manière française, à la manière dont le Louvre, à la manière dont les principaux musées de notre pays assument leurs responsabilités, c'est un symbole très fort, puisqu'il ne s'agira pas de présenter uniquement des œuvres de telle ou telle époque, mais de faire vivre dans un même lieu le patrimoine le plus emblématique de la culture de notre pays ou de la culture européenne ou de la culture universelle, dans un souci également de rencontre avec l'art contemporain. Et donc, ce projet est un magnifique projet que nous avons étudié avec beaucoup d'attention.

Les engagements que nous avons pris concernent une période de trente ans, puisque c'est ce qui a été décidé dans le contrat que j'ai signé hier. Avec toute une série d'étapes que l'on pourra vous détailler, ou on pourra répondre à vos questions, - mais de toute façon vous avez un dossier qui est assez bien fait. Je voudrais dire que sur le plan architectural, ce projet qui est conçu par Jean Nouvel l'architecte du musée du Quai Branly et de beaucoup d'autres projets de par le monde, - ce musée comprendra 6000 m2 de galeries permanentes qui ouvriront par tranches ; 2000 m2 de galeries d'expositions temporaires ; il disposera d'espaces d'accueil et de services culturels et pédagogiques. Et donc l'ensemble des superficies de ce Louvre Abou Dhabi est de 24 000 m2.

Nous avons pris un certain nombre d'engagements, de présentations d'œuvres issues des collections françaises des musées de France, - dont une part significative en provenance des collections du Louvre. Et là aussi, quelques ordres de grandeur je crois, sont importants à rappeler. La tradition du Louvre et sa vocation universelle et son rayonnement font que chaque année, entre les expositions internationales et les sorties d'œuvres sur le territoire français, c'est à peu près 1 400 œuvres qui sortent - j'allais dire des murs ou des réserves du Louvre pour être présentées au public. L'engagement que nous avons pris concernant ce musée, concernant donc le Louvre et d'autres musées français, est dans un premier temps de 300 œuvres avec une durée limitée d'exposition au maximum, de 2 ans. Je crois que c'est très important à rappeler, sachant d'autre part que, comme vous le savez, il y a un certain nombre d'œuvres qui ne quitteront jamais le territoire national : ni le musée du Louvre ni le musée d'Orsay ni le musée Picasso ni aucun musée de France pour des raisons de conservation, puisqu'il n'est pas question de la moindre manière, de menacer l'intégrité physique des œuvres. Nous avons donc pris des engagements pour que ces expositions et ces collections permanentes et les expositions temporaires soient de haut niveau. Je rappelle ces chiffres pour tout simplement, faire mesurer clairement les choses.

Deuxièmement, ce qui est très important, c'est de savoir aussi, et c'est notre fierté, que selon les cas et selon les musées, c'est entre 5 et 10 % des réserves des musées qui sont présentées aujourd'hui au public. Ce qui veut dire que les projets nouveaux et que la participation à un certain nombre d'expositions temporaires ou de collections permanentes, ne menacent d'aucune manière l'attractivité du musée du Louvre, du musée d'Orsay et des principales institutions culturelles qui participeront à cette opération.

Bref, c'est un magnifique défi que nous relevons et je suis extrêmement fier, avec Francine Mariani-Ducray et avec Henri Loyrette et avec l'ensemble des responsables des grandes institutions culturelles de notre pays, de l'avoir mené à bien.

Pour le mettre en œuvre, il sera donc créé une Agence internationale des musées de France qui permettra, à travers et autour de ce projet, et peut-être autour d'autres projets, de mettre en œuvre concrètement les engagements que nous avons pris.

Cette agence regroupera les forces de travail et les compétences de plusieurs grandes institutions nationales : Le Louvre, le Centre Pompidou, le musée du quai Branly, le musée d'Orsay, le château de Versailles, le musée Guimet, la Réunion des musées nationaux. Car le projet est d'une ampleur et d'une complexité telles, qu'aucune des institutions nationales françaises ne pouvait, à elle seule, le mener à bien en totalité. Bref, je crois que ce projet est très emblématique de notre volonté de rayonnement culturel extérieur.

J'étais très fier vendredi, d'être à la Nouvelle-Orléans, pour l'inauguration de deux expositions. L'une faite par la BNF, sur quatre siècles d'amitié entre la Louisiane et la France. L'autre par le Louvre, le musée d'Orsay et par 45 musées nationaux, présentant une magnifique exposition sur le thème de la femme, de Daumier à Picasso, avec 83 tableaux, qui ont donc marqué la réouverture du musée de la Nouvelle-Orléans, pour faire en sorte que cette ville retrouve son attractivité culturelle et artistique.

Nous somme et nous resterons très mobilisés sur ce rayonnement culturel extérieur, de la même manière que j'ai rencontré le directeur du High Museum d'Atlanta, pour lui dire à quel point nous étions fiers, nous Français, du succès remporté par les différentes expositions du Louvre à Atlanta.

Je salue, bien évidemment, dans cette opération, la possibilité pour nous, d'interventions majeures et nouvelles pour la vie de nos musées en France. Le Premier Ministre a rendu un arbitrage que je salue : les moyens dégagés par cette opération ne seront pas versés abstraitement dans les caisses de l'Etat, ni globalement au ministère de la Culture pour des opérations de fonctionnement, mais seront directement affectés à des opérations d'investissement concernant nos musées.

Notamment, chose très importante, qui va nous aider à relever un défi : la mise en sécurité de nos réserves. Un Centre de réserves des musées de France sera créé, notamment grâce aux produits de cette opération.

De la même manière, nous allons pouvoir accélérer un certain nombre de politiques d'acquisition, qui sont essentielles pour toujours maintenir le niveau d'exigence et d'attractivité, pour répondre à l'exigence scientifique, légitime, des conservateurs de nos musées, qui parfois, pour telle discipline, pour tel artiste, considèrent que nous devons acquérir un certain nombre d'œuvres supplémentaires. C'est évidemment quelque chose de très important.

De la même manière, je salue les initiatives de soutien annoncées par les Emirats Arabes Unis, notamment pour ce qui concerne l'aide qu'ils ont décidé de nous apporter pour la restauration du château de Fontainebleau.

Toute une série de décisions très positives sont prises pour que cette opération fasse que, dans chacun de nos deux pays, il s'agisse, évidemment, d'éléments très positifs.
Voilà, très simplement ce que je voulais vous dire.

Nous avons beaucoup de projets que nous allons formaliser, que nous annoncerons dans les jours et les semaines qui viennent. Pour vous montrer à quel point il s'agit à la fois d'un geste de présence, au moment où la fureur du monde fait craindre l'intégrisme, le fanatisme et ce qui concourt à la spirale du terrorisme. Considérer que la présentation d'œuvres d'art, que cet appel au cœur, que cet appel à l'intelligence, que cet appel à l'ouverture d'esprit est une mission prioritaire, notamment d'un pays comme la France, mais, en fait, de l'ensemble des pays du monde, pour échapper à cette spirale dans laquelle nous sommes engagés : cette opération est, de ce point de vue, très symbolique.

Elle dépasse de beaucoup la présentation d'œuvres d'art. Par sa localisation, par le symbole qu'elle représente, elle est, évidemment, la volonté concrète de dialogue. Et je le dis à quelques jours de l'entrée en vigueur définitive de la convention sur la diversité des expressions culturelles, que nous avons fait adopter à l'UNESCO le dimanche 18 mars.

Nous avons discuté dans un climat particulièrement fructueux avec les responsables d'Abou Dhabi, des Emirats Arabes Unis. Je crois pouvoir vous dire que, sans attendre l'ouverture prévue pour la fin 2011 ou début 2012, du Louvre Abou Dhabi, les échanges vont commencer de façon très opérationnelle. Aussi, pour permettre à un certain nombre de jeunes ou de responsables d'Abou Dhabi de se former, de devenir d'authentiques partenaires et des acteurs souverains, bien sûr, pour la gestion future d'un tel musée. Il s'agit d'une grande coopération, une coopération que je souhaite la plus fructueuse possible.



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