L'inauguration des locaux de la direction régionale des
affaires culturelles du Centre est l'occasion pour moi d'indiquer
ce que sont mes perspectives en matière de déconcentration.
Je voudrais tout d'abord saluer le travail considérable
qui a été effectué par les services régionaux
du ministère de la culture, les directions régionales
des affaires culturelles, depuis leur création il y a 20
ans en 1977. C'est en grande partie à l'action persévérante
et novatrice de ces services que nous devons le formidable développement
de la vie culturelle dans les régions.
Le jugement porté sur la décentralisation
culturelle est souvent biaisé ou erroné. On semble
parfois croire que la vie culturelle dans notre pays se résume
aux grands établissements publics culturels nationaux situés
à Paris, qui ont effectivement bénéficié,
depuis une quinzaine d'années, d'un important effort budgétaire.
Je pense bien entendu à l'Opéra national de Paris, à
la Bibliothèque nationale de France, au Grand Louvre, au
Centre Georges Pompidou, à la Cité de la musique.
Ces établissements sont nécessaires car ils
participent au rayonnement de la France et concourent de manière
déterminante à la démocratisation culturelle.
Pour autant, ils ne doivent pas masquer une réalité
très profonde de notre pays, qui est la richesse, la
diversité et la créativité de la vie
culturelle dans l'ensemble des régions.
Des bibliothèques, des musées, des centres d'art,
des lieux de spectacle, des écoles d'art et de musique, des
fonds régionaux d'art contemporain irriguent l'ensemble du
territoire national; le patrimoine monumental historique restauré
et mis en valeur contribue au développement local par son
pouvoir d'attraction touristique en créant une image
valorisante des villes et villages; la vie culturelle des métropoles
régionales est active, dynamique, elle invente de nouveaux
langages et concerne une population de plus en plus large,
notamment parmi les jeunes. La vie festivalière est riche
et permet souvent d'apporter la culture en milieu rural.
L'inventaire du patrimoine, les chantiers de fouilles archéologiques
sur l'ensemble du territoire permettent à un nombre de plus
en plus grand de Français de connaître et de
s'approprier l'histoire de notre pays. J'ajoute que l'existence de
services publics culturels est un facteur de plus en plus déterminant
du maintien et de l'implantation d'activités économiques.
Cet effort d'irrigation du territoire, beaucoup y ont contribué,
notamment les collectivités territoriales dont il faut
rappeler qu'elles dépensent près de 30 milliards de
francs par an pour la culture alors que le budget du ministère
est de l'ordre de 15 milliards de francs.
Mais je crois que le ministère de la culture et en
particulier ses directions régionales des affaires
culturelles ont joué un rôle tout à fait décisif.
Ils sont engagés depuis 20 ans dans une stratégie de
développement et d'aménagement du territoire qui
vise de manière constante à remédier aux inégalités
d'accès à la culture. En particulier, la réallocation
des ressources budgétaires au profit des régions
susceptibles de connaître un retard sur le plan culturel
constitue une préoccupation permanente. Sait-on ainsi que
si les dépenses déconcentrées du ministère
de la culture sont de l'ordre de 25 francs par habitant par an,
elles sont de 16 francs pour l'Ile-de-France et de 53 francs pour
le Limousin ? Ces chiffres illustrent l'effort de rééquilibrage
auquel nous procédons en permanence et que j'entends bien
poursuivre.
Je voudrais profiter de cette réunion pour adresser le témoignage
de ma reconnaissance à l'ensemble des agents des directions
régionales des affaires culturelles. Je pense aux
directeurs régionaux, dont certains ont été
de véritables pionniers, à l'image de Monsieur Alain
Marais, directeur régional des affaires culturelles du
Centre, qui nous reçoit aujourd'hui et qui a été
successivement en poste à Besançon, Metz, Caen, Châlons
en Champagne et aujourd'hui à Orléans.
Infatigable, audacieux, imaginatif, négociateur
redoutable, comme le sont tous les pionniers, Alain Marais - nous
le savons tous - a rendu à ce ministère d'éminents
services : je tiens ici à l'en remercier.
Cette génération de hauts fonctionnaires, venant
d'horizons forts divers, a su faire preuve d'imagination, de créativité,
de conviction et d'ardeur et nous lui devons énormément.
Elle a été suivie par une génération
d'administrateurs rompus aux techniques modernes de gestion et de
partenariat. Ce dernier mouvement doit très certainement se
renforcer car les directions régionales des affaires
culturelles sont devenues, à l'échelle régionale,
des administrations de tout premier plan, dont les décisions
engagent la responsabilité de l'Etat sur le plan budgétaire,
juridique et de la gestion du personnel. Je souhaite à cet égard
revaloriser le statut des directeurs régionaux des affaires
culturelles. Le projet de loi de finances pour 1998 en offre une
première occasion avec une sensible revalorisation des
indemnités.
Je voudrais saluer également l'ensemble des
collaborateurs des directeurs régionaux des affaires
culturelles, fonctionnaires des corps de recherche, de
documentation, conservateurs du patrimoine, architectes et
urbanistes de l'Etat, conseillers sectoriels, fonctionnaires
administratifs et techniciens, qui oeuvrent avec constance et détermination
pour renforcer la démocratisation culturelle dans notre
pays. L'apport des services départementaux de
l'architecture et du patrimoine constitue à cet égard
un atout qu'il faut valoriser pour que la préoccupation de
la qualité architecturale soit présente dans toutes
les réalisations. Je connais l'importance des efforts qui
sont demandés à tous les collaborateurs des DRAC.
C'est leur capacité d'expertise, de gestion, d'écoute,
de conseil, leur connaissance du terrain qui fondent la crédibilité
des directions régionales à l'égard de
l'ensemble de nos partenaires, élus et professionnels de la
culture.
Ces acquis me paraissent incontestables. Pourtant, j'entends
parfois des jugements sévères portés sur la
mise en uvre de la politique de déconcentration du
ministère de la culture.
Il va de soi que beaucoup reste à faire dans un ministère
de création récente pour améliorer les procédures
et répartir clairement les missions d'administration
culturelle entre les services centraux et déconcentrés.
Je suis néanmoins convaincue que les efforts de déconcentration
d'ores et déjà traduits dans les faits sont tout à
fait considérables : les directions régionales
des affaires culturelles ont aujourd'hui acquis à l'échelle
de l'administration régionale de l'Etat une légitimité
certaine et une réelle capacité de mise en uvre,
sous l'autorité des préfets, de la politique
culturelle de l'Etat.
Je souhaite rappeler certains de ces efforts. Ainsi, le taux
global de déconcentration des crédits se situe en
1997 à 50 % du montant des crédits déconcentrables
et a progressé de 22 points par rapport à 1990. Les
effectifs des directions régionales des affaires
culturelles ont progressé de manière constante
depuis 1985. La hausse est de 35 % par rapport à l'effectif
du début de la période; parallèlement les
effectifs de l'administration centrale ont régulièrement
diminué. Cet effort de redéploiement doit être
souligné car il a été effectué dans un
contexte de forte restriction des emplois d'administration, les créations
d'emplois de l'Etat obtenues dans les lois de finances initiales
de la période ayant servi pour l'essentiel à
satisfaire aux besoins des grands établissements culturels
comme la Bibliothèque nationale de France et le musée
du Louvre.
Les cadres des directions régionales sont aujourd'hui
d'un haut niveau aussi bien sur le plan scientifique que sur le
plan administratif et le développement de la capacité
scientifique des équipes constituées auprès
des directeurs régionaux des affaires culturelles a
toujours été et demeure une réelle priorité
du ministère.
La plupart des locaux des directions régionales ont été
réhabilités, la fonction d'accueil du public, de
documentation et d'information étant placée au cur
de ces opérations de rénovation. La qualité
architecturale de ces travaux est le plus souvent indéniable
et les réalisations de Bordeaux, Lyon, Orléans,
Strasbourg, Clermont-Ferrand, bientôt Caen, Toulouse et -
j'y travaille - Paris, me paraissent exemplaires.
Un effort de simplification de la nomenclature budgétaire
et de regroupement des crédits sur des chapitres globalisés
et déconcentrés, qui trouve son achèvement
dans le projet de loi de finances pour 1998 par la création
d'un chapitre déconcentré sur le titre IV,
correspond à la volonté d'accroître la capacité
de décision des services déconcentrés dans le
cadre des instructions générales données par
le ministre.
Beaucoup reste à faire dans tous ces domaines, j'en suis
intimement convaincue, et ma volonté constamment affirmée
depuis juin dernier est de poursuivre et d'amplifier le mouvement
de déconcentration administrative du ministère de la
culture. Ainsi, les crédits déconcentrés
augmenteront fortement en 1998, de l'ordre de 400 millions de
francs pour le seul titre IV, représentant le budget
d'intervention du ministère de la culture; les directeurs régionaux
des affaires culturelles auront à instruire et à
prendre la responsabilité d'un certain nombre de décisions
administratives individuelles. Il reviendra aux directions régionales
d'assumer ces responsabilités nouvelles, au besoin en
reconsidérant l'utilisation des moyens qui leur sont affectés
de manière à répondre aux priorités.
En parallèle, le mouvement de déconcentration des
emplois se poursuivra.
Ces perspectives de développement de la déconcentration
ont troublé un certain nombre de milieux culturels,
notamment certains responsables du secteur du spectacle vivant.
Je peux comprendre ces inquiétudes mais je voudrais y répondre,
en regrettant la forme parfois excessive qu'elles ont revêtue.
Tout d'abord, un ministre ne peut tolérer que des
fonctionnaires de l'Etat, exerçant leur mission pour le
bien public, fassent l'objet d'une mise en cause collective. On a
pu lire en effet, ici ou là, que les nouvelles mesures de déconcentration
que j'ai décidées pour 1998 équivalaient à
un abandon, et que la soumission aux intérêts locaux,
à l'opinion majoritaire, voire aux idéologies extrémistes,
mettraient en péril la capacité de création
et d'innovation de nos institutions artistiques.
Cet amalgame n'est pas tolérable. Je fais pleine
confiance aux préfets, aux directeurs régionaux des
affaires culturelles et à leurs collaborateurs pour mettre
en uvre une politique culturelle nationale exigeante et
tournée vers l'avenir.
Je rappelle que les services déconcentrés
inscrivent leur action dans le cadre de politiques définies
par le Gouvernement et par chacun des ministres. En matière
culturelle, ces principes s'appliquent totalement et la déconcentration
n'est qu'une modalité d'organisation permettant la mise en uvre,
au plus près des citoyens, d'une politique culturelle
unique de l'Etat.
La déconcentration ne signifie donc pas l'autonomie ou
l'indépendance. Il ne s'agit pas de définir des
politiques culturelles régionales au gré des
circonstances, des offres de partenariat ou d'un supposé
arbitraire local. Il s'agit tout au contraire pour l'Etat de définir
des objectifs ambitieux et exigeants de soutien à la création,
de démocratisation culturelle, de formation, de mise en
valeur du patrimoine, qui doivent s'appliquer de la même
manière sur l'ensemble du territoire.
Pourquoi dès lors, déconcentrer ?
La déconcentration pour moi signifie la proximité,
la connaissance, la mémoire, la capacité de nouer
des relations personnelles pour inciter, convaincre et trouver les
solutions les plus adaptées. Je souhaite par exemple que
les organismes du spectacle vivant s'investissent davantage dans
la recherche de publics, dans la sensibilisation des jeunes, dans
la lutte contre l'exclusion. C'est un devoir national, il s'impose
à tous et l'on sait, par expérience, les résultats
exceptionnels qui peuvent être attendus lorsque des
artistes, des professionnels de la culture, avec leur générosité,
leur passion, s'engagent dans cette voie.
De telles initiatives ne peuvent à l'évidence être
pilotées depuis l'administration centrale. Elles ne peuvent
être conduites efficacement que si elles sont confiées
aux services déconcentrés, qui sont les seuls
capable de trouver les partenaires, de mesurer les enjeux au plus
près des besoins, de réaliser et d'évaluer.
Je souhaite donc que les réticences exprimées par
des professionnels de la culture à l'égard de la déconcentration
soient levées et que s'instaure un véritable climat
de confiance, absolument nécessaire, tant nous avons à
faire.
Cette confiance retrouvée sera la meilleure manière
de célébrer le 20ème anniversaire
des directions régionales des affaires culturelles.
J'envisage de prendre l'initiative d'organiser un colloque au
printemps prochain, pour définir, à l'occasion de
cet anniversaire, les enjeux du développement culturel dans
les régions à l'orée du vingt et unième
siècle. |