![]() |
||
| Présentation
au Sénat par Catherine TRAUTMANN du projet de budget de la
communication pour 2000 11 décembre 1999 |
||
Monsieur le Président, Jai lhonneur de vous présenter maintenant le projet de budget de la communication, écrite et audiovisuelle, pour 2000. Ce budget marque plusieurs avancées dans la mise en oeuvre des orientations que le gouvernement a tracées dans ce secteur essentiel pour notre vie démocratique : - dune part, il va permettre de mieux soutenir le pluralisme de linformation écrite et la nécessaire modernisation de la diffusion des titres et de loutil de production des entreprises de presse ; - dautre part, il engage la réforme du financement du secteur public audiovisuel, en réduisant la dépendance des chaînes publiques de télévision à légard de la publicité, en clarifiant lobjet des crédits budgétaires affectés au financement du secteur public audiovisuel et en renforçant les moyens dont sont dotés la télévision et la radio publiques, en matière de programmes notamment. |
||
|
||
|
Jévoquerai tout dabord les aides à la presse. Les aides directes à la presse continuent à bénéficier dune priorité au sein du budget de lEtat. En progression de 3,2 % (contre + 2,6 % en 1999), elles augmentent en 2000 plus fortement que la norme dévolution des dépenses de lEtat, qui a été fixée à linflation prévisionnelle (+ 0,9 %). Dans un contexte difficile pour certains titres, le gouvernement entend favoriser le maintien dune offre pluraliste en matière de presse dinformation générale, tant au niveau local que sur un plan national, représentative des sensibilités dopinion de notre pays, et soutenir lindispensable modernisation des entreprises de presse. Ce projet de budget pour 2000 concourt à ces deux objectifs. Comme ceux des deux précédents exercices budgétaires dont jai assuré la préparation, il prévoit une augmentation des aides directes aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires, aux quotidiens de province à faibles ressources de petites annonces et à la presse hebdomadaire régionale. En outre, il renforce le soutien accordé à la diffusion de la presse française à l'étranger. Il nomet pas daccroître laide au développement du portage qui, par la conquête de nouveaux lecteurs, constitue une dimension essentielle de la modernisation des entreprises de presse. Il confirme par ailleurs linscription au budget général de lEtat dune dotation consacrée aux projets des entreprises de presse dans le domaine du multimédia. Lévolution de la dotation correspondant aux abonnements de lEtat à lAgence France Presse (+ 1,2 %) permettra quant à elle de soutenir la réorganisation de lagence et son adaptation à son nouveau contexte concurrentiel. Le marché mondial de linformation est aujourdhui bouleversé par le développement de loffre multimédia. Forte de son savoir - faire et de son réseau mondial, lAFP doit, afin de ne pas être distancée, engager une politique ambitieuse de modernisation et dinvestissement. Cest au regard de cet objectif que des partenariats, professionnels et financiers, apparaissent aujourdhui nécessaires. Le Parlement débattra le moment venu des adaptations des statuts de lAgence que pourrait requérir la réalisation de cet objectif. Ces adaptations doivent être envisagées positivement dès
lors que toutes garanties sont données quant à la préservation
des valeurs fondatrices de lAgence et de son rayonnement
international, notamment son indépendance rédactionnelle. Pour 2000, le gouvernement nentend pas limiter son soutien au développement de lAFP à la seule augmentation de la dotation relative aux abonnements. Afin de permettre à lAgence de développer son activité sans obérer léquilibre de son budget 2000, le gouvernement a décidé de renoncer à une créance de 45 MF correspondant à la moitié du principal dun prêt participatif quil lui avait accordé. LAssemblée nationale a adopté lamendement présenté à cet effet par le gouvernement lors de la discussion du projet de loi de finances rectificative pour 1999. Cest un signe de confiance fort que le gouvernement et la représentation parlementaire adressent ainsi aux salariés et à la direction de lAgence à un moment déterminant pour lavenir de cette grande entreprise française de communication. Au sein des aides directes à la presse, laide au transport par la SNCF continue à peser dun poids particulier ; elle suscite aussi une insatisfaction croissante. Nous serons prochainement amenés à ouvrir une réflexion de fond sur lévolution de ce dispositif, au-delà des adaptations des taux de prise en charge par lEtat quimpose à court terme la réalité des flux transportés. La situation du fonds de modernisation de la presse retient toute mon attention. Le produit de la taxe sur la publicité affectée au fonds nest pas à la hauteur des espoirs quavait suscités sa création. Les causes de cette situation doivent être éclaircies. Jai demandé à Christian SAUTTER de se pencher avec nous sur cette question. Le niveau des recettes du fonds ne doit toutefois pas occulter dautres constats qui, eux, sont positifs. En premier lieu, le fonds a suscité un intérêt marqué de la part des entreprises de presse. En outre, les subventions dont lattribution ma été proposée par le comité dorientation du fonds, à lissue de sa première séance, viennent dêtre notifiées à leurs bénéficiaires. Sur lensemble de lannée 1999, le comité dorientation du fonds aura proposé lattribution de près de 300 MF de subventions. En dépit de moyens inférieurs à ceux attendus, le fonds joue ainsi un rôle tout à fait significatif deffet de levier pour la modernisation des entreprises de presse. Et cest là un acquis très positif. |
||
|
||
|
Jen viens maintenant au budget du secteur public audiovisuel pour 2000. Le budget de la radio et de la télévision publiques pour 2000 que je soumets à votre approbation est un budget qui réaffirme la légitimité du service public et prévoit les moyens nécessaires au développement des missions de lensemble de ses composantes. Ma première tâche avait consisté, dans le cadre du budget 1998, à réparer les conséquences dune loi de finances pour 1997 que jai qualifiée de « télécide » : abattement de près de 600 MF des ressources publiques ; explosion de la durée de la publicité ; stagnation du budget de France 2 impliquant une réduction des moyens consacrés aux programmes ; coupes sombres (- 120 MF) dans les budgets de programme de la Sept-Arte et de La Cinquième, ainsi vouées à pratiquer rediffusion sur rediffusion pour « meubler » lantenne du cinquième canal. Le budget 1999 comportait une première marche de développement, notamment pour France 3. Mais cette embellie budgétaire navait pas permis de remédier au constat dun relatif sous-financement du secteur public audiovisuel de notre pays par rapport à ses principaux homologues européens. En prévoyant une augmentation de 883 MF (+ 4,8 %) des dépenses des entreprises audiovisuelles publiques, le projet de loi de finances pour 2000 traduit la volonté du gouvernement de procurer au secteur public audiovisuel les moyens à même de lui permettre de se moderniser, daméliorer la qualité de ses programmes et de sadresser à lensemble de nos concitoyens. Par son ampleur, cette augmentation du budget du secteur public audiovisuel en 2000 marque une rupture par rapport aux tendances récentes. Cette rupture est particulièrement sensible pour France 2 et France 3, dont les budgets augmentent respectivement de 7,6 % et de 5,3 %. France 2 est ainsi dotée des moyens nécessaires à lexercice de sa mission de grande chaîne de référence du service public tournée vers un public diversifié. France 3, quant à elle, est confortée dans ses missions de chaîne généraliste et de télévision de proximité, segment où une concurrence accrue doit la conduire à se renforcer, à se renouveler et à montrer une capacité accrue dinnovation. Lévolution très favorable du budget du secteur public audiovisuel en 2000 noublie cependant pas le rôle tenu par les autres entreprises du secteur public dans notre paysage audiovisuel. Cest ainsi que Radio France, dans le projet de loi de finances pour 2000, voit ses moyens progresser dans une proportion comparable à celle prise en compte dans les deux précédents budgets dont jai assuré la préparation. Le plan de numérisation de loutil de production bénéficie dune mesure nouvelle. Sensible aux préoccupations exprimées par la représentation nationale, le gouvernement avait prévu, dans le projet de loi de finances rectificative pour 1999, lattribution dun complément de redevance de 15 MF au titre du plan de numérisation de Radio France. Les députés ont souhaité aller plus loin dans le cadre du collectif de fin dannée, en attribuant à Radio France un concours supplémentaire de 40 MF au - delà de celui proposé par le gouvernement. Le gouvernement a pris acte de lintérêt quils portent au développement des stations locales de Radio France et à une accélération de la mise en oeuvre du plan de numérisation. Le financement de ce dernier sera poursuivi dans les prochaines lois de finances. Le budget de Radio France Internationale augmentera de 2,8 % en 2000 par rapport aux moyens dont a effectivement été dotée la radio internationale cette année. De nouveaux développements pourront ainsi être engagés afin de renforcer la présence de la France à létranger, par une diffusion élargie de ses programmes. Au-delà de ce projet de loi de finances pour 2000, lextension du réseau de reprises en modulation de fréquences des programmes de RFI, dont la qualité est reconnue, dans de grandes villes européennes et internationales devra être poursuivie. A cet égard, les députés ont souhaité quun effort supplémentaire soit fait dans le cadre de la loi de finances rectificative de fin dannée. Les ressources publiques consacrées à Réseau France Outremer enregistrent elles aussi une augmentation importante, destinée à permettre un indispensable retour à léquilibre dexploitation, fortement malmené depuis deux ans. Jespère que nous y parviendrons prochainement en conjuguant rigueur dans la gestion interne de RFO et maintien dune offre radiophonique et télévisuelle publique diversifiée dans lensemble des départements et territoires doutremer. En attribuant, dans le cadre de la discussion du projet de loi de finances rectificative de fin dannée 1999, un complément de redevance de 10 MF rattaché à 2000, les députés ont marqué lattention quils portent au rétablissement financier de RFO et au rôle essentiel que jouent les programmes de cette société pour le pluralisme de linformation outremer. A travers le projet de loi de finances pour 2000, complété
par la loi de finances rectificative de fin dannée 1999, à
linitiative tant de lAssemblée nationale que du
gouvernement, La Cinquième et la Sept - Arte bénéficient
elles aussi dune progression importante de leur budget en 2000. Sans exclure toute innovation, il importe que la nature de la programmation de La Cinquième et dARTE demeure conforme à celle de leurs missions. Je veux redire ici mon attachement au respect et à la pérennité de celles - ci. Dans le projet de loi de finances pour 2000, la stabilité du budget de lInstitut national de laudiovisuel recouvre dimportants redéploiements internes tournés vers la modernisation de ses conditions dactivité. Cest ainsi quil est prévu daccroître la part du budget consacrée à la numérisation de la chaîne dexploitation des archives. Situé au coeur des missions patrimoniales de lINA, le plan de sauvegarde et de restauration des archives bénéficiera également dune augmentation des moyens qui lui sont consacrés. Dans le cadre de la loi de finances rectificative de fin dannée 1999, les députés ont souhaité consacrer des moyens supplémentaires à cette orientation stratégique en 2000. Budget de développement du service public, le budget 2000 est également, et de manière indissociable, le premier budget de mise en oeuvre de la réforme audiovisuelle. Je présenterai prochainement ce texte devant vous. Le projet de loi de finances pour 2000 pose ses premières fondations. Il engage ainsi une réduction importante de la durée de la publicité sur les antennes de France 2 et France 3, renforce les moyens du service public dans son ensemble et assure un indispensable rééquilibrage de sa structure de financement dans un sens plus conforme à des missions de service public réaffirmées. Redevance et crédits budgétaires destinés à rembourser les exonérations de redevance confondus, la progression des ressources publiques sélève à 1,5 milliard de francs dans le projet de loi de finances pour 2000 et à 1,6 milliard de francs une fois prises en compte les attributions complémentaires de redevance prévues par le projet de loi de finances rectificative pour 1999, après le vote intervenu à lAssemblée nationale, pour le financement de dépenses se rattachant à lexercice 2000. Cet effort est considérable. Il est sans précédent à lépoque récente. Il traduit la volonté du Premier ministre de réformer le secteur public audiovisuel et de lui faire jouer un rôle central en matière dinformation, de loisir et denrichissement culturel de nos concitoyens. Bien entendu, laugmentation des ressources publiques compense intégralement la baisse des recettes publicitaires liée à la réduction de la durée de la publicité sur les antennes de France 2 et France 3 dans le contexte daudiences - je regrette de devoir effectuer ce constat - qui tardent à se redresser. A compter du 1er janvier 2000, sur les antennes de France 2 et de France 3, la durée maximale de la publicité par heure glissante sera ramenée de 12 à 10 minutes et la durée maximale de chaque écran publicitaire sera plafonnée à 4 minutes. Les cahiers des missions et des charges des deux sociétés seront prochainement modifiés en ce sens. Plus de temps sera ainsi consacré aux programmes. Les choix de programmation seront moins dépendants de recettes publicitaires aléatoires. Il va de soi que le temps ainsi dégagé pour les programmes ne devra pas être accaparé par un allongement de la durée des messages dauto-promotion, dont la longueur et la répétition affectent la qualité de lantenne et laudience des chaînes. Il conviendra, au cours des mois à venir, dexaminer les conditions dune plus grande retenue des chaînes publiques en la matière. Jai demandé à Marc TESSIER dêtre vigilant sur cette question que je sais être importante pour les téléspectateurs. Grâce à la baisse des recettes publicitaires et à leur propre augmentation, les ressources publiques vont redevenir prépondérantes dans le financement de France 2 : elles représentaient 48,7 % des ressources de la chaîne en 1999 ; elles atteindront 59,1 % en 2000. La réaffirmation des missions de service public saccompagne ainsi dun financement public majoritaire. Cette évolution est positive. Elle va rapprocher France 2 et France 3 de la situation de la plupart de leurs homologues européennes. Le mouvement de réduction de la publicité se poursuivra en 2001, avec lentrée en vigueur de la loi audiovisuelle, qui prévoit que la durée maximale de la publicité ne pourra dépasser 8 minutes par heure glissante. Mais, comme je lai déjà évoqué, la progression des ressources publiques en 2000 ne se borne pas à compenser la baisse des ressources propres des chaînes de télévision, mais permet dassurer la croissance de leurs moyens. Budget dexpansion du secteur public audiovisuel, le budget 2000 fait un sort à la crainte dune « paupérisation » liée à la réduction de la publicité. Un choix politique fort sexerce à travers ce projet de budget. La réduction de la publicité sur les antennes des chaînes publiques de télévision à caractère généraliste nimplique nullement une réduction de leurs budgets de programmes, mais autorise créativité, innovation et prise de risques éditoriaux et artistiques. Javais pris lengagement que le coût budgétaire de la réforme audiovisuelle ne serait pas supporté par le téléspectateur. Cet engagement est respecté : comme, déjà, en 1999, les tarifs de la redevance évolueront simplement comme linflation prévisionnelle. Les crédits budgétaires destinés à rembourser les exonérations de redevance sont fortement accrus. Leur montant est porté à 900 millions de francs dans le projet de loi de finances pour 2000. Il permettra dassurer un remboursement intégral de ces exonérations - 2,5 milliards de francs environ - en 2001, année où entrera en vigueur, après son adoption par le Parlement, le projet de loi audiovisuelle, qui en prend lengagement. Autre engagement tenu : laffectation des crédits budgétaires destinés à rembourser les exonérations de redevance au compte daffectation spéciale de la redevance, dont le projet de loi audiovisuelle pose le principe. Le projet de loi de finances pour 2000 instaure cette affectation. Elle permettra dune part de garantir la stabilité en cours dannée du financement public assuré par des crédits budgétaires et, dautre part, daffirmer clairement tant la nécessité que lobjet de ces crédits budgétaires, contrepartie de lexistence dexonérations décidées pour des motifs sociaux. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, A travers ce budget 2000, cest une ambition forte que le Gouvernement souhaite exprimer. Jai récemment lu que le gouvernement aurait engagé une réduction de la publicité sur les antennes des chaînes de télévision publiques afin de dissimuler son impuissance à réformer leur programmation. Je tiens à infirmer cette appréciation. Une conception plus exigeante du service public saffirme aujourdhui. Lambition dun service public qui occupe une position centrale en matière dinformation, denrichissement culturel et de loisir pour nos concitoyens. Lambition dun service public qui, dans la responsabilité de ses dirigeants et de ses personnels, maîtrise collectivement sa modernisation. Lapplication de la loi sur laménagement et la réduction du temps de travail offre une occasion déterminante à cet égard et je souhaite que cette occasion soit mieux saisie quelle ne la été jusquà présent. Lambition dun service public, enfin, dont le contenu culturel se renforce. En réduisant la dépendance des chaînes généralistes à légard de la publicité, ce budget leur permet de prendre des risques éditoriaux, de faire le pari de linnovation. Le feront elles spontanément ? Jy veillerai en ma double qualité de ministre de la communication, mais aussi de ministre de la culture, responsable devant la représentation parlementaire et, au - delà, devant nos concitoyens dune meilleure affirmation de lidentité du service public en matière de programmation. Car cest cette identité particulière qui justifie son existence. Jai défendu cette ambition quand le service public était menacé. Cest celle que jentends désormais promouvoir après avoir réaffirmé les fondements de sa légitimité et renforcé ses moyens daction. |
||
| [ Discours
et communiqués ] |
||