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Allocution
de Madame Catherine Trautmann Ministre de la Culture et de la
Communication à l'occasion de la remise des insignes de Chevalier
de l'ordre national du Mérite à Bartabas Paris, jeudi 1er avril 1999 |
Mesdames, Messieurs, Si vous étiez venus, vous et vos amis, jusqu'ici à cheval, je crois que nous n'aurions pas été autrement surpris. Si, avant de monter vous les aviez attachés aux colonnes de la cour, je crois que nous aurions trouvé cela tout juste étonnant, tant Bartabas, Zingaro et chevaux sont dans mon esprit, et dans celui du public, tout à fait indissociables. Cette association, cette assimilation ne sont, évidemment pas, le fruit du hasard. Vous avez méthodiquement construit votre image et celle de votre troupe, faisant de votre passion pour le cheval un mode de vie que vous avez su faire déboucher sur un mode d'expression artistique parfaitement original. Vous avez signifié la cohérence de votre démarche en choisissant un nouveau nom, pour bien marquer que votre aventure ne s'arrêtait pas, une fois le spectacle terminé. Vous auriez pu, avec le succès, reprendre une vie plus confortable. Vous n'en avez rien fait et continuez à vivre, hiver comme été, dans votre roulotte, près de vos chevaux et de votre théâtre. Je crois savoir cependant que le cheval et le théâtre ne sont pas vos seules passions publiques. Je me suis laissé dire, par exemple, que vous ne rateriez sous aucun prétexte le départ d'un grand prix de Formule 1. Il est vrai que vous avez sur le sujet un alibi solide puisque, chacun le sait, la puissance des moteurs s'exprime en chevaux, vapeurs certes, mais chevaux tout de même. Mais revenons un peu en arrière. Votre passion pour les chevaux vous a conduit dès l'âge de dix-sept ans à rompre avec votre vie d'étudiant pour vous consacrer entièrement à eux, initiant un dialogue qui année après année, spectacle après spectacle en fera de véritables acteurs, de véritables partenaires. Zingaro était votre cheval, un animal exceptionnel, et tout naturellement, c'est lui qui donna son nom à votre entreprise qui n'a jamais cessé depuis lors de se développer. Du cirque Aligre au Théâtre équestre Zingaro, de Nîmes à Aubervilliers, des chevauchées initiales à travers le public à l'esthétique dépouillée d'Eclipse, votre dernier spectacle, vous avez, en dehors des circuits officiels, poursuivi la même quête, avec la même envie de surprendre voire de provoquer. Les moyens ont pu changer, mais les thèmes fondamentaux que vous abordez sont restés les mêmes : la liberté, la vie, la mort, la violence ou la tendresse... la confrontation des hommes et des cultures, le dialogue de l'homme et du cheval à la recherche d'une possible synthèse. Chacun peut évoquer son histoire personnelle à travers ce qu'il entend et ce qu'il voit. Vous répétez souvent que "chaque cheval a sa personnalité propre " " comme les acteurs, danseurs, musiciens, ce sont eux qui m'inspirent ". Oui, vous avez été toujours fasciné par la personnalité profonde de chacun, plus que par la "technique " à mettre en uvre, même si celle-ci est indispensable à la qualité des spectacles - elle continue d'ailleurs à vous mobiliser de nombreuses heures tous les jours. L'expression artistique de l'homme et de l'animal tient à "l'être unique " de chacun, c'est cela qui vous intéresse, c'est cela que vous voulez révéler, ce sont eux encore une fois qui vous inspirent. Vous dites également que vous travaillez lentement et que la création d'un nouveau spectacle vous demande deux années. Avec les exigences qui sont les vôtres, avec la passion qui vous anime, cela n'a rien d'étonnant. C'est aussi parce que vous vous donnez le temps de parvenir à l'excellence, que le public vous fait confiance et vous demeure fidèle pour vous accompagner dans des démarches de plus en plus exigeantes. Les personnalités qui vous ont marqué, témoignent, elles aussi, de cette exigence. Je pense à Peter Brook, Ariane Mnouchkine, Pina Bausch, ou plus récemment Pierre Boulez sur les musiques duquel vous préparez votre prochain spectacle. Des femmes et des hommes qui, eux aussi, ont inventé leur propre langage. Votre langage est fait de contraintes et de la volonté de dépasser les frontières pour créer des rencontres inattendues et productrices d'une nouvelle esthétique. Sur l'espace imposé du cercle de la piste, vous proposez des variations sans cesse renouvelées Dans "l'Opéra Equestre ", vous avez révélé les contrastes Nord /Sud, avec des polyphonies géorgiennes et des musiques du Maghreb. Dans "Chimères " les percussions de Jean-Claude Drouet dialoguaient avec les musiques indiennes du Rajasthân, dans "Eclipse " vous faites entrer les chants traditionnels coréens du Pansori dans une confrontation étonnante avec une chorégraphie très contemporaine. Et c'est donc avec Pierre Boulez et la musique contemporaine que vous préparez votre spectacle de l'an 2000. Votre langage s'accompagne d'un certain mystère, non par souci du secret, mais pour demeurer ouvert à tout ce que vous pouvez apprendre de nouveau auprès de tous ceux qui font avec vous le " théâtre équestre Zingaro ", les hommes et les chevaux car, eux aussi, font partie de la troupe. Et le public vous suit, en France, en Belgique, en Allemagne, en Italie et jusqu'à New-York où deux années consécutives pour quarante représentations vous avez fait le plein de votre chapiteau aux pieds des tours de Manhattan. A côté du théâtre équestre votre appétit d'images nouvelles vous a conduit vers le cinéma et vers Marin Karmitz qui a produit vos deux films. D'abord Mazeppa où le récit historique se mêlait aux éléments du spectacle. Puis, Chamane où s'exprime le plus clairement votre curiosité pour tout ce qui permet de dépasser les frontières établies et de retrouver les liens qui unissent les hommes à un milieu naturel qu'ils s'ingénient pourtant à détruire. Un film fort, même s'il n'a pas rencontré le grand public, dont le tournage fut une véritable aventure, en plein hiver sibérien. Une aventure telle que vous les aimez, dans la mesure où elle débouche sur de nouvelles rencontres d'hommes et de femmes, apparemment éloignés de nos références culturelles, mais dont les traditions vous permettent de nouvelles créations. Des découvertes et des rencontres, les seules choses qui vous intéressent vraiment dans la préparation d'un spectacle, et à qui nous devons les émotions d'Eclipse, de Chimères, de l'Opéra Equestre, de Chamane ou de Mazeppa. Alors, pour tout ce que vous apportez au spectacle vivant, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, j'ai le plaisir de vous faire chevalier dans l'ordre national du Mérite. |
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