Madame le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis particulièrement heureuse et fière de pouvoir vous remettre aujourd’hui officiellement, Madame le Maire, ce fragment d’un retable qui a été dérobé dans l’église de Vétheuil il y a près de 35 ans. Le Baiser de Judas rejoindra ainsi le premier fragment retrouvé en 1998, La Flagellation.
C’est un moment très émouvant, je le crois, pour tous les habitants de Vétheuil, privés depuis plus de trois décennies de ce trésor de leur patrimoine. Je sais, Madame le Maire, combien ce retable vous était cher et familier, puisque ses personnage ont éveillé votre imagination pendant les messes de votre enfance. Je ne doute pas qu’il est aussi précieux aux yeux de tous vos concitoyens.
Ce fleuron du patrimoine vétheuillais est aussi un merveilleux témoignage de la vitalité des arts européens au début du XVIe siècle, même si les spécialistes se disputent encore pour savoir si cette œuvre est une création proprement brabançonne ou si elle a été réalisée en Normandie ou en Picardie, à l'imitation des meilleurs ateliers des environs de Bruxelles.
C’est tout un pan de notre histoire que renferme ce retable. C’est tout un pan de notre mémoire collective qui nous avait été volé en 1973. Cette mémoire que nous pouvons lire dans nos monuments, dans nos cathédrales, mais aussi au cœur de nos villages, dans ces églises qui renferment des trésors trop souvent méconnus. L’église de Vétheuil, chef d’œuvre de l’art le plus pur de la Renaissance, dont le chœur aurait été construit par Henri II d’Angleterre avant que Philippe-Auguste ne lui enlève le Vexin, porte encore dans ses pierres les traces des conflits religieux ou politiques qui ont ensanglanté notre pays. Claude Monet, qui vécut quelques temps à Vétheuil, en immortalisa les volumes, les reliefs et les reflets par toutes les saisons, sur une série de toiles qui sont aujourd’hui accrochées dans les musées du monde entier.
De tels monuments sont des joyaux de notre pays et nous devons
tout mettre en œuvre pour les protéger et pour punir sévèrement
tous ceux qui y portent atteinte. Après le pillage de la cathédrale
de Perpignan, j’ai souhaité que le ministère de la Culture
et de la Communication, le ministère de l’Intérieur et
celui de la Justice renforcent leur coopération pour lutter contre
le fléau du trafic de biens culturels. La table ronde qui nous a réunis
tout à l’heure est le résultat de ce travail en commun.
Nous avons annoncé plusieurs mesures concrètes pour améliorer
la prévention, durcir les sanctions à l’encontre des pilleurs
et faciliter la restitution des œuvres. Nous devons unir nos forces pour
stopper l’hémorragie de notre patrimoine
Je tiens à saluer l’excellente coopération des services
du ministère et de l’OCBC qui a permis de restituer ce retable
à l’église de Vétheuil. Après son vol, son
dépeçage et des pérégrinations dont nous ne connaissons
pas encore tous les détails, l’espoir de le retrouver semblait
ténu au bout de 35 ans. Ce fut un travail colossal, minutieux, un travail
d’enquête et de veille patient et déterminé. Je
remercie tous ceux qui ont contribué à cet heureux dénouement,
et tout particulièrement les conservateurs qui ont travaillé
sur ce dossier, et le commandant Darties, Chef adjoint de l’OCBC, pour
sa mobilisation et son implication remarquables, à l’image de
sa carrière dans cet office.
Merci également au Syndicat national des antiquaires et à son Président Christian Deydier, qui est toujours à nos côtés dans ce domaine. Je sais, Monsieur le Président, que vous n’avez pas ménagé vos efforts pour trouver une solution satisfaisante à la fois pour les professionnels que vous représentez et pour la commune de Vétheuil, avec un seul objectif : la préservation de notre patrimoine national.
Madame le Maire, je vous prie de bien vouloir reprendre à présent votre bien pour le rapporter dans votre belle commune du Val d'Oise. Mes services, en lien avec ceux du conseil général du Val d'Oise, restent à votre disposition pour vous aider à restaurer et à sécuriser ces vestiges du retable de la Passion. Je souhaite bien entendu que les éléments manquants réintègrent eux aussi au plus vite votre église. Nous mettrons tout en œuvre, ensemble, pour y parvenir et pour que ce retable retrouve son écrin.
photo : Didier Plowy/MCC
crédit photo / Baiser de Judas, (XVIe siècle) : Musée
du Louvre - Sophie Guillot de Seduirot