Discours et communiqués de presse

 

Remise des insignes de commandeur dans l’Ordre des arts et des lettres à Micheline Dax

mardi 26 février 2008


Thierry Adhumeau,Chère Micheline Dax,

Je suis très heureuse de vous recevoir aujourd'hui, pour saluer en vous une grande figure mais aussi, bien sûr, une grande voix du théâtre français. Depuis vos premiers rôles, au cinéma comme sur les planches, vous distillez ce mélange rare de gouaille et de distinction, de fantaisie et de panache, qui est la marque des plus grandes dames du rire.

C’est à l'école des Branquignols de Robert Dhéry, pépinière de comédiens, de musiciens et de chansonniers, que vous débutez votre carrière. Louis de Funès, Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Michel Serrault sont vos premiers complices. « Avec les Branquignols, écrivez-vous dans votre biographie, j’allais commencé à rire et ne plus jamais cesser. » Et le public avec.

Vous faites donc vos premiers pas dans la comédie aux côtés des maîtres du genre.

C’est en star capricieuse d’une troupe médiocre que vous apparaissez dans C'est pas moi, c'est l'autre de Jean Boyer, avec Fernand Raynaud. On vous retrouve ensuite en nymphomane aux côtés de Darry Cowl, Francis Blanche, Michel Serrault et Jean Poiret, dans le Grand Bidule de Raoul André.

Jean-Daniel Pollet vous met deux fois en scène, dans Paris vu par…, tout d’abord, qui réunit en 1965 six réalisateurs phares de la Nouvelle Vague, pour un exercice de style dans les rues de la capitale. Vous formez un duo détonnant avec Claude Melki, vous en prostituée irrésistible, lui en client timide et fauché. Vous succomberez de nouveau à ses charmes dans L’Acrobate, où il campe un danseur de tango.

Vous faites de nombreuses apparitions au cinéma, et notamment dans Pentimento, de Tonie Marshall en 1989, ou encore dans L’Ex-femme de ma vie, de Josiane Balasko, en 2005, mais votre grand amour reste le théâtre.

Sous la direction de grands metteurs en scène, Jean-Louis Barrault, Jacques Charon, Pierre Dux, Robert Manuel, Pierre Mondy, vous incarnez de très nombreux rôles, toujours avec cette même jubilation, cette même verve, qui ont fait votre succès auprès d’un très large public. Vous êtes par deux fois nommée aux Molière, dans Frédéric ou le boulevard du crime en 1999, et dans Miss Daisy et son Chauffeur en 2004.

Dans cette dernière pièce, vous interprétez une magnifique « emmerdeuse », riche et acariâtre, le plus beau rôle qu’on vous ait jamais offert, avez-vous dit. Vous le portez pendant six mois au théâtre Saint-Georges à Paris, et en tournée à travers toute l’Europe.

Vous avez également apporté votre pétulance et votre piquant à des spectacles musicaux, Monsieur Pompadour avec Georges Guétary et La veuve joyeuse, ainsi qu'à de nombreuses revues à Bobino. A chaque fois de grands succès.

Tout comme vos prestations télévisuelles : dans L'Académie des 9, Les Jeux de 20h, ou encore Le Francophonissime, vous enchantez par votre faconde.

Votre voix unique, vous l’avez offerte à plusieurs personnages cultes de dessins animés, Ursula la pieuvre dans La petite Sirène de John Musker, Cléopâtre dans Astérix et Cléopâtre de Goscinny, ou encore la marionnette Peggy du Muppet Show.

Actrice, comédienne, animatrice : chez vous un talent peut en cacher un autre, même le plus inédit ! Vous êtes également une excellente siffleuse, interprète de compositions signées Vladimir Kosma, William Sheller, qui a écrit pour vous l’opus l'Aria Dax ou encore Stephan Eicher. Vous avez enregistré un album unique en son genre, Les plus grands airs sifflés.

Merci pour votre humour, pour votre bagou, pour votre fantaisie, qui illuminent nos planches et nos écrans depuis vos débuts.

Micheline Dax, au nom de la République, nous vous faisons Commandeur des Arts et des Lettres.

photo : Didier Plowy/MCC