Discours et communiqués de presse


Discours de Christine Albanel prononcé à l’occasion de l’inauguration de l’exposition photographique de Jean-Michel Guillaud Entre terre et ciel : le Mont Saint-Michel et les montagnes sacrées dans le monde, au Mont Saint-Michel

Le Mont Saint-Michel. - lundi 2 juin 2008

Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du conseil régional,
Monsieur le président du conseil général,
Monsieur le maire,
Monsieur le préfet,
Madame la présidente du Centre des monuments nationaux,
Mesdames et messieurs les présidents des associations
Chers amis,


C’est un très grand plaisir pour moi d’être parmi vous dans ce lieu hors du commun, dont nous célébrons cette année le 13e centenaire. Croyants, athées, pèlerins, touristes du monde entier se pressent chaque année pour admirer ce monument qui a fait partie de la première liste de sites français inscrits au patrimoine de l’UNESCO en 1979.

Il y a en effet quelque chose d’universel au Mont-Saint-Michel, qui touche tous les visiteurs au cœur, quel que soit leur âge, leur origine, leur croyance ou même leur non croyance. Pour décrire cette beauté étrange et saisissante, les plus grands écrivains ont épuisé les superlatifs et les métaphores.

L’exposition que nous venons de découvrir montre que le sacré habite de nombreux sommets à travers le monde, entre terre et ciel.

Les magnifiques photographies de Jean-Michel Guillaud invitent les visiteurs à un voyage à travers la spiritualité universelle. A un voyage à travers cet « incroyable besoin de croire », dont Julia Kristeva, que j’ai eu la chance de rencontrer la semaine dernière, a montré qu’il a irrigué toutes les civilisations naissantes.

Pourquoi des hommes ont-ils choisi de bâtir, des siècles durant, un édifice qu’ils voulaient toujours plus beau, toujours plus grand ? Pourquoi, sur d’autres continents, d’autres hommes, partageant d’autres fois, ont-il eu des gestes analogues dans des sites similaires ? Cette exposition nous plonge au cœur des mystères de la foi.

D’Uluru à Hampi, du Mont Sinaï à la cité de Lalibela, d’un continent à l’autre et jusqu’au Mont-Saint-Michel, on est surpris de retrouver une ferveur, un élan, des gestes, des rites similaires. C’est ce qui frappe dans ces photographies qui jouent merveilleusement avec l’architecture du Mont, grâce au travail admirable d’Agnès Badiche et de son équipe, que je tiens à féliciter.

Une telle exposition a vocation à rapprocher les peuples et les cultures et je suis donc très heureuse qu’elle voyage à travers le réseau des Alliances françaises et qu’elle emprunte également les chemins de pèlerinage, les « chemins de paradis ».

Au-delà d’un haut lieu de spiritualité, le Mont-Saint-Michel est aussi un livre ouvert d’histoire et d’histoire des arts. Parcourir le Mont-Saint-Michel, son abbaye, son dédale d’escaliers, c’est en effet comme remonter le temps, sur les traces de tous ceux qui lui ont donné le visage qu’il nous offre aujourd’hui et qui est bien loin du modeste oratoire fondé il y a 1.300 ans par Saint Aubert et ses disciples.

Les époques et les styles se superposent, se juxtaposent. Des origines au XVIe siècle, le Mont s’est construit et modifié au gré des grands desseins de ses abbés, mais aussi en réponse aux incendies multiples et aux effondrements dont il a été victime.

N’oublions pas que si nous pouvons encore admirer ce chef-d’œuvre, malgré les assauts du temps et des éléments, c’est grâce à la mobilisation, dès la seconde moitié du XIXe siècle, de l’Etat et de son service des monuments historiques nouvellement créé. Dès cette époque, des moyens financiers considérables et des architectes de grand talent pour sauver le Mont de la ruine. Ces architectes y ont souvent ajouté leur propre vision. Ils l’ont fait avec un goût si sûr qu’on oublie parfois que le clocher roman et sa flèche gothique ont à peine plus de 100 ans !

Depuis, l’Etat a toujours fait appel à des personnalités de grand talent pour sauvegarder et mettre en valeur le Mont. D’Edouard Corroyer jusqu’à François Jeanneau, en passant par Yves-Marie Froidevaux et Pierre-André Lablaude, ce sont nos plus grands architectes en chef des monuments historiques qui se sont relayés pour le relever d’abord de ses ruines, puis lui donner progressivement sa silhouette reconnue aujourd’hui dans le monde entier.

Devant la menace de l’ensablement du Mont, une mobilisation générale était nécessaire. Différents services de l’Etat participent à l’aventure collective du rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel. Je tiens à saluer chaleureusement les représentants des collectivités territoriales partenaires de ce grand projet, Monsieur le président du conseil régional de Basse-Normandie, président du syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel, qui assure la gouvernance du projet ; Monsieur le président du conseil régional de Bretagne [si présent] ; Monsieur le président du conseil général de la Manche, et Messieurs les Maires de Pontorson et Beauvoir et bien évidemment du Mont-Saint-Michel.

Cette opération de grande envergure vise, vous le savez, à libérer le Mont de la végétation qui l’enserre et à charrier les sédiments au large, grâce aux forces conjuguées de la mer et du Couesnon. Elle se traduit par la réalisation d’un nouveau barrage, de travaux hydrauliques, par la construction d’une nouvelle jetée, ainsi que de nouveaux systèmes d’accès depuis le continent dont l’effet immédiat, et visuellement le plus bénéfique, sera la disparition des parkings sur les grèves. Je n’ignore pas les débats passionnés que ce dernier volet suscite et je serai particulièrement attentive aux débats de la commission nationale des monuments historiques qui examinera cette question à la rentrée.

Le ministère de la Culture et de la Communication contribue à cette opération à hauteur de 4 millions d’euros.

Il est par ailleurs responsable de la préservation et de la restauration du monument lui-même. Au total, plus de 13 millions d’euros de travaux sont actuellement programmés pour le Mont Saint-Michel.

La restauration des maçonneries des remparts et la consolidation de leur assise représente une opération d’envergure. Ce chantier, ouvert depuis un an, se poursuivra jusqu’en 2011. Cette opération relève de la conservation préventive, puisqu’il s’agit de consolider les fondations qui pourraient être fragilisées par la nouvelle circulation de l’eau après la dérivation du Couesnon. Elle contribue également, et tous les visiteurs s’en réjouiront, à la mise en valeur de cette ceinture défensive qui a marqué notre histoire.

Nous poursuivons également la réfection des terrasses qui surplombent le bois du Nord, ce qui facilitera la promenade des visiteurs.

Nos projets ne s’arrêtent pas là. D’importants travaux de mise aux normes des réseaux électriques sont engagés, la restauration des vitraux se poursuit et nous sommes sur le point de lancer l’étude de la restauration du cloître.

J’ai également demandé au Centre des monuments nationaux, établissement public sous tutelle du ministère, de préparer une refonte complète des conditions d’accueil du public qui devrait être opérationnelle en 2010-2011.

Vous le voyez, l’Etat se mobilise fortement pour préserver ce site d’exception. Et ce treizième centenaire dont nous lançons les festivités aujourd’hui, est aussi, pour nous tous, une occasion de mettre en valeur et de célébrer le travail que nous accomplissons ensemble.

Le Président de la République a tenu personnellement à placer le 13e centenaire du Mont-Saint-Michel sous son haut patronage.

L’ensemble des institutions publiques nationales et locales, le monde associatif et plusieurs entreprises privées se sont associés pour soutenir et organiser cet événement exceptionnel. J’avais déjà souligné le caractère exemplaire d’une telle mobilisation lorsque j’avais reçu au ministère, à la fin du mois de mars, les membres du comité de pilotage de la manifestation. Je tiens de nouveau à les saluer tous chaleureusement.

Merci au Centre des monuments nationaux, tout d’abord, maître d’ouvrage de cette exposition et des concerts.

Je salue également une nouvelle fois le Conseil régional de basse Normandie et le Conseil général de la Manche qui contribuent au financement de cette exposition itinérante, ainsi que l’association interdépartementale Manche-Ille et Vilaine, qui pilote les campagnes de communication.

Merci à l’association des amis du Mont Saint Michel, qui a lancé ce projet, ainsi qu’à l’ensemble des associations qui ont proposé, conçu et organisé les autres événements qui marqueront l’année 2008-2009.

Merci enfin aux entreprises mécènes de l’aventure, le Groupe Caisse d’Epargne, Système U, Veolia Environnement et Fujifilm France. Elles témoignent de l’attachement profond de toute la société française à son patrimoine.

Merci à vous tous qui avez permis de rendre à ce monument treize fois centenaire et à tous ceux qui ont contribué à l’édifier, à le protéger, l’hommage qui leur est dû.