Discours et communiqués de presse

 

 

Nomination des maîtres d’art et inauguration de l’exposition Galerie des Gobelins

lundi 24 novembre 2008

Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis très heureuse de nommer aujourd’hui 15 nouveaux maîtres d’art, dans cette belle galerie ouverte depuis deux ans. Elle témoigne avec éclat du dynamisme de toute l’équipe du site des Gobelins. Et tout particulièrement en ce moment, avec l’impressionnante exposition « Alexandre et Louis XIV – Tissages de gloire » qui démontre l’inventivité et la splendeur des créations du Grand Siècle.

A cette occasion, je tenais à saluer Bernard Schotter, Administrateur général du Mobilier National et des Manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Arnaud Brejon de Lavergnée, directeur des collections, ainsi que tous leurs collaborateurs qui contribuent à faire de ce site une véritable réussite.

Je suis particulièrement fière aujourd’hui que parmi les 15 nouveaux maîtres d’art (qui sont maintenant au nombre de 89) se trouvent 2 techniciens d’art des ateliers du Musée du Louvre et de la Manufacture nationale de Sèvres.

Le ministère de la Culture et de la Communication est en effet le seul ministère à disposer d’ateliers spécialisés intégrés dans les musées nationaux, les manufactures, les bibliothèques, la Comédie française, les opéras Bastille et Garnier. Dans ces ateliers, de nombreuses personnes, restaurent et créent des pièces d’exception avec un talent rare.


Ces ateliers sont un lieu vivant des métiers d’art : un lieu de mémoire et de réinvention. A l’image du site des Gobelins, où nous sommes réunis aujourd’hui et qui rassemble les ateliers du Mobilier National et les trois célèbres manufactures de tissage.

Aux Gobelins, traditions et savoir-faire sont à la fois conservés et constamment réinterprétés. La transmission de nos héritages y sert la liberté de créer des nouvelles générations.

Grâce à une politique exemplaire de commandes publiques, les Gobelins sont ainsi un lieu de traditions ouvertes sur la création contemporaine.

Comme il y a deux ans, et j’en suis particulièrement heureuse également, deux personnalités de talent, salariées des maisons Dior et Cartier, membres du Comité Colbert, rejoignent le corps des maîtres d’art.

A leurs côtés, 11 maîtres d’art sont des travailleurs indépendants, des chefs d’entreprise ou des artistes, qui percevront chaque année une allocation de l’Etat, d’un montant de 16.000 euros.

Cette diversité d’horizons et de parcours, j’y tiens particulièrement. Elle fait la richesse même de l’art et elle fonde ma volonté d’articuler au mieux les initiatives de création, qu’elles soient publics ou privés.

Les maîtres d’art sont d’indispensables « passeurs » de savoir.

Ils sont chargés de transmettre leurs connaissances et leurs expériences, pendant 3 ans, à un élève suivant un programme pédagogique personnalisé et adapté, avec un vrai projet d’entreprise. Ils couvrent une dizaine de domaines aussi différents que ceux de la mode et des accessoires, du livre d’art, de la serrurerie, de la chaussure, de la joaillerie, de la facture instrumentale, de la porcelaine, du vitrail, de l’ébénisterie, de la sculpture sur pierre et de la tapisserie, etc.

C’est pourquoi je me réjouis des échanges récemment développés entre Maîtres d’art, et notamment de l’initiative du Comité Colbert pour instaurer, en liaison avec les autorités japonaises, des rencontres fructueuses. Ce sera le cas en 2009 avec la venue de Trésors nationaux vivants à Paris et avec l’invitation de plusieurs Maîtres d’art à Tokyo.

L’originalité du système français de nomination des Maîtres d’art, équivalent à celui des Trésors nationaux vivants du Japon, est dans cette transmission hautement qualifiée, dans cette formation sans équivalent en France.

Et elle doit se perpétuer.

Pour cela, il nous faut poursuivre résolument notre politique de mise en valeur et de promotion des métiers d’art auprès des jeunes, avec la participation de tous les ministères concernés, des entreprises des fondations.

Dans cette perspective de mise en valeur, je demande au Conseil des métiers d’art, représenté par Monsieur Etienne VATELOT, luthier et expert réputé, président d’honneur du conseil que je préside, de constituer un groupe de travail pour me proposer une sélection de nouveaux savoir-faire exceptionnels.

C’est dans cette perspective également que nous venons de proposer l’inscription des métiers d’art de la haute joaillerie sur la liste représentative du Patrimoine immatériel de l’UNESCO. Le dossier a été transmis à la mi-octobre et, pour l’heure, suit son cours. 

Je tiens à vous dire, enfin, combien je suis heureuse que nous ayions organisé l’exposition des pièces uniques des Maître d’art. C’est une première, et je me félicite que dans le salon Carré, entre le 19 novembre et le 19 décembre, chacun puisse découvrir le talent de ces artisans d’exception.

Je vais maintenant remettre à chacun des maîtres d’art un diplôme réalisé par l’Imprimerie nationale. Je leur demande de me rejoindre sur le podium à l’annonce de leur nom.

Christian ADRIEN, joaillier chez Cartier

Après avoir servi dans de très grandes maisons de joaillerie, vous avez intégré Cartier international en 2002. Vous avez réalisé des pièces fameuses comme le bracelet TUTTI FRUTTI et la broche PERROQUET, ornés de pierres précieuses. Du fait de votre parcours exemplaire, vous avez été nommé à l’Institut de formation de la maison Cartier pour perpétuer la tradition joaillière, la renouveler à l’aide des nouvelles technologies et la transmettre à de jeunes élèves ou à des professionnels du monde de la joaillerie.

Georges ALLORO, facteur d’instruments nouveaux

Vous mêlez pratique musicale, formation technique de haut niveau, recherche et innovation. Votre maîtrise des métiers du bois, du métal, des cuirs et des matières synthétiques vous a en effet orienté vers la création d’instruments et vers l’exploration de multiples univers sonores. Des artistes, tels le batteur du groupe Scorpion, de grands spécialistes de la cithare indienne et de la musique de la Renaissance ont fait appel à vous pour concevoir des instruments correspondant à leur démarche créative.

Patrice CLOUD, tourneur de porcelaine à la Manufacture nationale de Sèvres

Vous avez intégré la manufacture en 1977 en tant que tourneur. Reconnu et primé par plusieurs institutions en France et en Europe, vous avez créé de nombreuses pièces dont certaines sont au catalogue de la manufacture. Vous avez également collaboré avec de nombreux artistes dont Ettore Sottsass, Jean-Luc Vilmouth, Jean Arp et bien d’autres encore. On peut prendre la mesure de votre talent et de votre inventivité ici même, avec l’exposition de votre service à café « Eclat » et la cuillère « Eternel gourmand ».

Pierre CORTHAY, bottier pour hommes

Dans toutes vos réalisations, élégance et souplesse, art et confort, s’équilibrent parfaitement. Vous réalisez des modèles uniques pour des créateurs tels Yohji Yamamoto ou la maison Dior Haute Couture pour laquelle vous avez crée des bottes en agneau et en crocodile, vous avez travaillé pour Lanvin ou pour des clients célèbres comme le Sultan du Brunei. Vous avez également participé à des expositions comme celle des Grands Ateliers, au Couvent des Cordeliers. Vous cherchez sans cesse, vous inventez des formes, des matières et des couleurs, dans le respect de techniques traditionnelles.

Vous tenez, enfin, à contrôler l’ensemble des savoir-faire pour respecter toujours l’exigence de qualité, que vous transmettez à vos apprentis et à vos élèves.

Hervé DEBITUS, verrier, spécialisé dans la protection des vitraux

Nous connaissons tous la fragilité des vitraux et la complexité de leur conservation. C’est la raison pour laquelle le Laboratoire de recherche des monuments historiques vous a chargé d’une mission autour du respect de l’architecture et du vitrail de nos édifices. Votre recherche a débouché sur une technique de protection de verrières thermoformées et la formulation de peintures vitrifiables, qui font référence en Europe. Vous faites également partie d’un groupe de professionnels qui a réussi à reformuler une grisaille identique à celle du XIIIème siècle et vous la commercialisez à l’échelle internationale. Vous avez aussi collaboré avec des artistes tels que Bernard Calais et Norbert Page

Françoise HOFFMANN, feutrière textile

Vous créez des textiles originaux à base de feutre « muno », à savoir un amalgame de laines feutrées et autres textiles tels que la soie, le velours jacquard, le lin, la dentelle, le coton… Votre métier est un métier de tradition autant que d’innovation. Il repose sur la maîtrise du geste ancestral, du jeu des textures, des teintures et des impressions. Mais leur appropriation et leur réinterprétation par des artistes et des couturiers le lient à la création contemporaine. Vous avez ainsi crée des modèles sans couture qui intéressent Albert Elbaz de la maison Lanvin, Bettina Walter, costumière d’opéra ou Régine Gaud, peintre…

Lionel HUCK, tapissier-décorateur au musée du Louvre

Vous êtes intervenu au titre de la conservation, de la restauration et de la restitution historique de mobiliers tapissés, de tentures, de décors à l’antique dans la Chambre de Madame de Récamier, de Madame Valtesse de la Bigne au Musée des arts décoratifs, au salon de musique du Musée de la Malmaison. Aujourd’hui, vous êtes un spécialiste de la décoration intérieure, de la confection des garnitures de meubles, de la pose des étoffes et des tapis et vous participez ainsi à la préservation de pièces exceptionnelles au Musée du Louvre ainsi qu’au montage d’expositions.

Raffaele LLARDO, premier d’atelier tailleur Haute Couture chez Christian Dior

Vous avez fait vos premières armes chez Coccia di Mare, en Italie, en tant que modéliste pour robes de mariées, puis chez Jitrois à Paris, en tant que responsable de l’atelier cuir.

Depuis 1999, vous avez intégré la maison Dior et gravit tous les échelons. En tant que premier d’atelier tailleur, vous coordonnez l’ensemble des activités de l’atelier et vous réalisez des tailleurs haute couture pour John Galliano. Votre travail consiste à transposer ses dessins en volume, à choisir les tissus, à faire les toiles et superviser la confection. Depuis janvier 2000, vous avez réalisé environ 400 modèles dont certains pour des personnalités telles que Céline Dion, SHaron Stone, Charlize Theron, etc.

Michel JAMET, restaurateur, ébéniste

Formé dans un atelier qui travaillait principalement pour le château de Versailles, vous avez ouvert votre propre lieu en 1977 pour restaurer du mobilier et des objets d’art. Vous avez ainsi restauré la commode Riesener pour la Bibliothèque du Roi Louis XVI, une grande armoire en marqueterie Boulle pour le Musée des arts décoratifs et le secrétaire Boulle, qui se trouve derrière moi, et appartenant au Mobilier national. Votre notoriété vous a conduit à travailler en Grande Bretagne, en Allemagne ou au Getty Museum de Los Angeles...Parallèlement, depuis 1982, vous formez des élèves à la conservation-restauration de mobilier, à l’Institut national du patrimoine.

Joël LAPLANE, luthier en guitare classique et flamenco

Après une maîtrise de physique et un DEA en acoustique au CNRS, vous avez obtenu une licence de concert en guitare. Vous êtes alors entré chez un luthier dont vous assurerez la succession. Vous avez déposé 7 brevets, fruit de vos connaissances scientifiques et techniques. Parmi vos réalisations, citons la guitare transparente de Francis Lalanne, qui est exposée aujourd’hui, la guitare grand concert, brevetée, avec un manche prolongée sous la table d’harmonique pour Turibio Santos, guitariste brésilien.

Vous avez également mené des recherches avec plusieurs laboratoires d’acoustique. Enfin, vous enseignez à l’ITEM (Institut technologique européen des métiers de la musique).

Philippe NICOLAS, graveur, sculpteur sur pierre dures et fines

Dans votre domaine d’activité, en glyptique et en sculpture, votre notoriété n’est plus à faire. Vous avez travaillé à des projets prestigieux proposés par Cartier, Jar, Dior et bien d’autres. Votre talent est sans égal pour repérer dans un bloc de pierre les volumes à exploiter. Pour exemple, vous avez sculpté une boîte lilas dans une silice mauve de 15 kgs en provenance de Russie. Parmi vos pièces uniques, je citerai l’épée d’académicien composée de cabochons en cristal de roche, qui est exposée aujourd’hui, et des portraits gravés sur des pierres précieuses et des pierres fines. Plusieurs de vos œuvres ont été présentées dans le monde entier.

Etienne RAYSSAC, sculpteur sur bois, ornemaniste

Vous reproduisez à partir de dessins ou de photos des pièces de mobilier mais aussi des décors entiers pour la boutique Shiseido, au Palais Royal, pour le Parlement de Rennes, ou encore pour la boutique Guerlain, de la rue de Sèvres. Vous réalisez aujourd’hui un décor sculpté pour un monument historique de la place Vendôme, dont un élément est présenté dans le salon Carré.

Vous collaborez avec le cabinet Pinto, architecte d’intérieur et intervenez à la chapelle de l’Oratoire du Mans, au château de Trecy, ainsi que pour des clients étrangers. Après avoir travaillé pour Serge Lutens, Jean-Charles de Castelbajac, Jean-Paul Gaultier, Mikimoto, vous envisagez des partenariats avec des designers, des architectes.

Alain de SAINT-EXUPERY, serrurier d’art

Vous restaurez des pièces prestigieuses appartenant à des musées, des antiquaires, des collectionneurs et des particuliers. Pour le musée Le Secq des Tournelles, à Rouen, vous avez examiné et évalué la collection de serrures et de clés en vue de sa remise en état. Pour les Archives nationales, vous avez restauré l’armoire de fer de la salle du trésor des Chartes et pour le musée Jacquemard André, la serrure d’une paire d’armoires d’époque Louis XIV.

Dans ce secteur en difficulté, pour que votre fils puisse vous succéder, vous avez établi des partenariats avec des designers en vue de réaliser des mécanismes complexes et inédits assistés par ordinateur et avec des simulations en 3D.

Nelly SAUNIER, plumassière

Le métier de plumassier a connu son apogée au début du XXème siècle avec 425 professionnels. Aujourd’hui il n’en compte plus que 4 mais, grâce aux grandes maisons du luxe et à la haute couture, il se perpétue. Votre talent a ainsi servi des maisons telles que Nina Ricci, Jean-Paul Gaultier, Nicolas Le Cauchois, Givency, Paco Rabanne, Chanel et bien d’autres.

Depuis la convention de Washington et la réglementation de la faune et de la flore, vous utilisez des plumes rares provenant de stocks sur le territoire français, mais vous recourez surtout à des plumes d’oiseaux de basse-cour que vous transformez par la couleur et la taille. Votre passion pour les oiseaux exotiques vous a amené à vous intéresser aux Indiens Kogi de Colombie, parés de plumes, pour les aider à protéger leur environnement.

Eric SEYDOUX, sérigraphe d’art

François Bouillon, Pierre Buraglio, Philippe Compagnon, Béatrice Casadesus, Claude Viallat, Shirley Jaffe et bien d’autres artistes saluent la qualité de votre démarche créative.

Depuis vos études artistiques à New York, vous avez su équiper votre atelier d’un matériel très moderne et spécialisé pour répondre aux demandes spécifiques des artistes. Ainsi les encres UV, les vernis sélectifs ou les encres en relief que vous utilisez permettent-ils de nombreux effets spéciaux. Vous réalisez des éditions pour des artistes contemporains et imprimez des livres d’art. Vous avez participé à la Biennale de Venise et présenté des impressions sur verre. Vos expositions sont nombreuses dans des musées français, étrangers et dans des galeries d’art.