Discours et communiqués de presse

 

Le grand pari de l’agglomération parisienne

séminaire de coordination scientifique

Université de Paris 8 – Vincennes - Saint-Denis - jeudi 11 décembre 2008

Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui pour ce séminaire qui marque une étape cruciale du Grand Pari de l’agglomération parisienne.

Je veux remercier chaleureusement le président de l’Université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, Pascal Binczak, qui accueille la confrontation studieuse de vos travaux.

Le 17 septembre 2007, en inaugurant la Cité de l’architecture et du patrimoine, le Président de la République lançait un double défi, inédit : inventer la métropole de l’avenir et dessiner le Grand Paris des prochaines décennies. Imaginer ce XXIe siècle qui sera, nous le savons, celui de la civilisation urbaine ou encore de la « condition métropolitaine », pour reprendre une expression qui vous est chère.

L’année dernière, en effet, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les Nations Unies recensaient plus de citadins que de ruraux dans la population mondiale.

C’est un tournant majeur de l’histoire des sociétés, à l’échelle internationale.

Et il nécessite, pour le penser, non plus un Vauban, un Baron Haussmann, mais des « think tanks » mobilisant les plus éminents chercheurs et les meilleurs praticiens.

Des « ruches » pluridisciplinaires capables non plus d’urbaniser mais d’humaniser ; non plus de protéger mais de tisser des liens ; non plus de tracer des boulevards et de construire des fortifications mais de penser la complexité, l’informe, le multiple, l’hybride, le vivant, l’évolutif.

Et cette complexité doit être appréhendée sous l’angle du développement durable des territoires, qui est la priorité pour le futur. Priorité marquée à l’échelle internationale par le protocole de Kyoto et en France par le Grenelle de l’environnement.

Pour nous, pour nos enfants et petits-enfants, il y a là un projet politique d’une importance capitale, qui met en jeu l’avenir de nos civilisations, comme le disait André Malraux.

Penser la métropole du XXIe siècle est déjà, en soi, une gageure. Appliquer ces réflexions au Grand Paris est un autre défi de taille.

Paris n’est pas une ville à inventer de toutes pièces. Paris est un livre ouvert de l’Histoire de France, une cité qui a repoussé ses enceintes, ses murs, ses frontières, siècle après siècle.

Il y a moins d’un siècle et demi, Belleville, Les Batignolles, Montmartre étaient encore des « faubourgs ». Et dans un siècle et demi, sans doute, le mot de « banlieue » sera devenu désuet, à son tour.

Paris est une synthèse constamment réinventée du patrimoine et de la création.

Et elle a aujourd’hui besoin d’idées neuves, d’un nouveau souffle créatif.

C’est pour cela que le Président de la République a confié au ministère de la Culture et de la Communication, chargé de l’architecture, le soin d’organiser cette consultation. C’est un choix très important, qui n’est pas seulement symbolique.

Parce qu’il affirme le rôle clé des architectes, leur rôle de synthèse entre les très nombreux enjeux du développement durable : enjeux écologiques, sociaux, économiques, culturels, esthétiques…

Parce qu’il donne la priorité à l’imagination, à l’audace, sur le simple établissement de normes.

Ce rôle clé des architectes, je l’ai défendu pendant la présidence française de l’Union européenne. Et il a fait l’objet d’un texte spécifique, adopté par le Conseil des Ministres européen le 20 novembre dernier.

Le grand tournant urbain du XXIe siècle nécessite des solutions à grande échelle. Je suis très heureuse que l’Europe se soit saisie de cet enjeu et ait placé les architectes au cœur de la réflexion.

Le Grand Paris sera donc, grâce à cette consultation, grâce à vous, un laboratoire d’idées pour la métropole européenne mais aussi internationale du futur. Un laboratoire d’idées, mais pas une utopie.

Le Président de la République a en effet insisté à juste titre sur le caractère « réaliste » de cette consultation.

Les défis que vous devez relever sont aussi multiples que concrets : la question de la densification, de la maîtrise de l’étalement urbain, de la qualité des abords des villes, de la construction durable, par exemple.

Vous avez ainsi, les uns et les autres, travaillé sur l’analyse du paysage des métropoles mondiales, mais pour mieux situer ensuite vos travaux sur l’agglomération parisienne, de façon très concrète.

J’observe que votre attention se porte souvent sur la dimension locale des stratégies d’aménagement. Pour moi, c’est fondamental ; je vois par exemple que certains d’entre vous travaillent sur le réseau des cours d’eau. D’autres s’intéressent aux parcours quotidiens du Parisien qui travaille en banlieue. D’autres encore évoquent la nécessité d’une agriculture urbaine.

Les équipes anglaises, allemandes et hollandaises partagent ainsi la volonté d’appréhender au plus près le territoire vécu, et ce jusqu’à l’échelle de l’îlot et même de la parcelle, jusqu’à la dimension anthropologique des espaces construits.

Une dimension ne vous a pas échappé – et je m’en réjouis –, c’est celle du réseau des équipements culturels. Elle forme en effet aujourd’hui, et ce dans toutes les villes de France, une trame fondamentale du territoire métropolitain et un élément capital de ce « territoire vécu ».

Replacer la vie, l’homme, au cœur de la Cité, telle sera sans doute la grande révolution architecturale et urbanistique du XXIe siècle !

C’est un travail à la fois de titan et de fourmi. Je veux tous vous remercier très chaleureusement de votre implication et je tiens à saluer la très grande qualité de chacune de vos propositions. Vous savez que cette consultation, qui est une première, suscite de fortes attentes, à la hauteur des enjeux. Nous sommes en effet très observés hors des frontières françaises.

En France, cette consultation donne le coup d’envoi d’une nouvelle ambition architecturale à grande échelle.

Cette nouvelle ambition aura toute sa place dans le plan de relance de l’économie française présenté par le Président de la République et le gouvernement. Les villes en seront bien entendu les bénéficiaires, au premier rang desquelles l’agglomération parisienne. Ce plan touche toutes les échelles d’aménagement de l’espace, du bâtiment au territoire. Les travaux de recherche que vous menez et les structures professionnelles que vous dirigez sont donc très directement concernés par ce plan de relance économique.

Ce plan comporte un volet culturel de 100 millions d’euros qui permettra d’accélérer la restauration du patrimoine historique et de financer des investissements culturels à Paris et dans les régions.

Je vous annonce également que, dans le cadre de ce plan, 200 millions d’euros seront consacrés à des opérations exemplaires au plan de la qualité architecturale, ce critère s’ajoutant à celui de l’accesibilité pour les handicapés et à celui de la régulation thermique.

Cette nouvelle ambition architecturale aura également toute sa place dans le Plan Campus mis en œuvre actuellement par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les Présidents d’universités vont avoir besoin de vos conseils dans l’élaboration de leurs plans et je me réjouis que Valérie Pécresse ait souhaité associer les écoles d’architecture à sa réflexion.

Et pour donner corps, chair et idées à cette nouvelle ambition architecturale, nous préparons dès aujourd’hui la relève en concentrant nos effort sur les écoles d’architecture. Le Président de la République a fait de la poursuite du plan de rénovation de ces écoles une priorité. Ce sont ainsi 20 M€ d’euros supplémentaires qui leur seront consacrés dans le budget 2009.

Vos travaux, vos réflexions, les idées que vous avez confrontées aujourd’hui rencontrent donc – soyez-en assurés – une forte volonté politique.

Ils rencontrent aussi une très forte attente chez nos concitoyens, chez chacun d’entre nous – et là je m’exprime en tant que Parisienne.

Comme le dit l’équipe italienne, le Grand Paris doit porter une ambition pour tous, dans notre vie de tous les jours. Il nous faut accorder à chaque citoyen ce que Roland Castro appelle « le droit à l’urbanité ».

Il est donc essentiel que chacun puisse connaître vos démarches et participer à cet effort d’imagination collective. L’exposition de vos propositions à la Cité de l'architecture et du patrimoine en avril 2009 sera, à n’en pas douter, un grand moment et je souhaite qu’elle réunisse un très large public.

Cette consultation internationale n’est pas un concours qui couronnera un gagnant parmi les professionnels. Elle est un défi à l’intelligence collective, à l’émulation, à l’innovation qui doit susciter l’enthousiasme et la participation de tous.

Je tiens à remercier chaleureusement Paul Chemetov et Michel Lussault qui président le Conseil scientifique et apportent beaucoup de cohérence et de vision à cette réflexion. Merci enfin à vous tous qui avez l’audace et le talent de relever ce grand Pari ! Je vous souhaite à tous et à toutes un excellent appétit.