Discours et communiqués de presse

Présentation des Années croisées France-Russie 2010

mardi 10 juin 2008


Présentation des Années croisées France-Russie 2010 avec Alexandre Avdeev, ministre de la Culture de la Fédération de Russie et la Ministre Christine Albanel

Je suis très heureuse de lancer à vos côtés l’année croisée France-Russie qui se déroulera conjointement dans nos deux pays en 2010. La présence dans ce salon d’une importante délégation russe, ainsi que de nombreux partenaires déjà fortement impliqués, témoigne de notre volonté à tous de faire de faire de donner à cet événement le rayonnement qu’il mérite.

Contrairement aux traditionnelles Saisons culturelles, les Années croisées France-Russie ne se limiteront pas aux seuls échanges artistiques même s’ils y tiendront une place de choix. Elles mettront également en avant l’ensemble des secteurs qui sont au cœur des échanges entre nos deux pays : l’économie, la coopération scientifique et technique, ainsi que les échanges éducatifs et sportifs seront également à l’honneur.

Le but est de montrer le nouveau visage de deux pays qu’on qualifie trop souvent d’« éternels ». La France éternelle, la Russie éternelle : on voit bien les images qui sont associées, les valeurs et les grands noms qui sont convoqués pour saisir en quelque sorte l’âme de nos deux pays. Cette âme, ces racines, nous en sommes fiers, mais elles ne doivent pas masquer la France et la Russie du XXIe siècle. Cette manifestation sera le reflet à la fois de la richesse de nos patrimoines, de notre histoire et de la vitalité de notre création. Elle mettra en avant la force des liens qui nous unissent depuis des siècles.

Avec la Russie, nous nous connaissons bien et depuis longtemps. Et comme souvent dans les amitiés entre les pays, nous nous connaissons d’abord par la culture. Les artistes, les penseurs, les écrivains ont toujours été à la fois des éclaireurs et des ambassadeurs.

Je ne pourrais citer tous les artistes russes qui ont contribué à forger les liens entre nos deux pays mais comment ne pas rendre hommage à celui qui est vénéré chez vous comme un des fondateurs de la langue russe, le plus grand des poètes, le plus romantique des auteurs, celui dont le Bolchoï a célébré la semaine passée (le 6 juin), comme tous les ans, l’anniversaire, Alexandre Serguéïevitch Pouchkine ? Il s’exprimait avec tant d’aisance en français, il était si fin connaisseur de la culture française que ses camarades du Lycée de Tsarskoie Celo l’avaient surnommé « le Français - Frantsousse ».

Je pense aussi à Marie Vassilieff, boursière des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, venue à Paris en 1907 pour un simple voyage d’étude mais qui s’y fixera définitivement. Elle fondera en 1910, avec d’autres compatriotes, l’Académie russe puis l’Académie Vassilieff que fréquenteront Picasso, Modigliani, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Soutine, Zadkine et bien d’autres encore.

Comment ne pas citer, également, Serge de Diaghilev et ses célèbres ballets russes, dont la première saison eut lieu au Théâtre du Châtelet en 1909, il y a près d’un siècle. Ces ballets russes font aujourd’hui référence en art chorégraphique et ce n’est pas un hasard s’ils ont soulevé l’enthousiasme de Debussy, Ravel ou Satie. Le public français leur doit en outre la découverte de célèbres chorégraphes, comme Massine, Nijinski ou Balanchine. Serge de Diaghilev est aussi important en France que Marius Petitpas, marseillais, l’est en Russie.


Et lorsque le mur qui a divisé l’Europe et le monde s’est effondré, il y a près de vingt ans, les artistes et les penseurs russes et français se sont engagés avec ardeur dans leur redécouverte mutuelle. On se souvient de la création par Andreï Sakharov et Marek Halter des Collèges universitaires français à Moscou et Saint-Petersbourg au début des années 1990 ; du Festival d’Avignon de 1997, qui avait mis à l’honneur les grands maîtres du théâtre russe ; ou encore de ces musiciens et artistes français, Pierre Boulez, Fabrice Hyber, qui ont fait leur « voyage en Russie », comme on faisait, en d’autres temps, un « voyage à Rome ». Plus récemment, en 2003, le tricentenaire de Saint-Petersbourg a été l’occasion de redécouvrir la beauté de la langue russe, imprégnée de nombreux mots français, au musée des Invalides, à travers la magnifique exposition « Quand la Russie parlait français ».

L’année croisée France-Russie permettra d’écrire une nouvelle page dans les relations culturelles franco-russes. Vous l’avez compris, la culture sera au cœur de l’événement. La richesse de la programmation choisie par les maîtres d’œuvre de cette Saison, Messieurs Chvydkoï et Chibaeff, va permettre d’illustrer pleinement la pluralité et la vitalité de nos cultures. De très nombreuses institutions de nos deux pays se sont mobilisées et je tiens à les remercier chaleureusement.

Je laisse le soin au commissaire général de l’exposition de vous en donner le détail, mais je veux d’ores et déjà annoncer que le coup d’envoi de la manifestation sera donné en mars 2010 par une prestigieuse exposition au Louvre, « Sainte Russie » qui retracera près de mille ans d’histoire.

Je tiens également à souligner la place faite aux expressions contemporainse, aux nouvelles générations d’artistes dans tous les domaines, arts plastiques, cinéma, musique théâtre… La France aura des ambassadeurs de choix, et notamment Annette Messager, Angelin Preljocaj ou encore Philippe Fénelon, qui créeront, pour l’occasion, des œuvres originales.

De nombreux projets sont naturellement encore à l’étude et j’invite les institutions, les établissements culturels à se mettre à l’heure russe pour cette année placée sous le signe de la redécouverte mutuelle. Le XXe siècle a été synonyme, en Europe, de tragiques déchirures. Donnons un autre sens à ce siècle qui commence et réalisons cette prophétie de Victor Hugo : «Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne !»

Vous le savez, nous sommes aujourd’hui à trois semaines d’une échéance importante : la Présidence française du Conseil de l’Union européenne. Si la Russie n’est pas membre de l’Union européenne, elle en est un partenaire incontournable. La création en 2004 d’un espace commun Europe-Russie portant sur la Culture et l’Education est le fruit d’une initiative française. Au moment même où je prononce ces paroles, se déroule à Moscou la réunion du groupe de travail conjoint UE-Russie sur la coopération culturelle. Sous sa Présidence, la France souhaite pleinement contribuer à ce que la négociation du futur accord de partenariat et de coopération s’engage sous les meilleurs auspices possibles.

C’est à nous, acteurs et décideurs des politiques culturelles, qu’il incombe de développer et de promouvoir les richesses culturelles de l’Europe, d’insister sur la nécessité d’un dialogue des cultures. La Fédération de Russie, immense par sa taille et par la richesse de ses cultures, de ses peuples, de ses langues (plus d’une centaine au total), est un très bel exemple de diversité culturelle.

Cette diversité sera à l’honneur, en France, pendant toute l’année 2010. Je souhaite que nos concitoyens saisissent cette occasion pour mieux connaître la culture de ce pays et la force des liens qui nous unissent depuis des siècles.

photos : Farida Bréchemier/MCC