Discours et communiqués de presse

 

 

Discours de Christine Albanel prononcé pour l'ouverture du séminaire sur le développement durable organisé par le ministère de la Culture et de la Communication, à la Bibliothèque nationale de France.

lundi 16 mars 2009

Monsieur le Président, cher Bruno Racine,
Madame la Commissaire générale, chère Michèle Pappalardo,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs,
Mesdames et Messieurs les intervenants,
Chers amis,

Je suis particulièrement heureuse d’être parmi vous aujourd’hui pour ouvrir ce séminaire sur le développement durable.
Et je tiens à remercier chaleureusement Bruno Racine.
A la fois pour son accueil mais aussi pour l’action de son établissement.
En tant que membre fondateur du Club des Etablissements Publics pour le Développement durable, la BnF contribue, depuis des années, à la réflexion sur les enjeux du développement durable.

Ce séminaire est un moment important pour moi, et pour nous tous, parce qu’il est l’occasion de réunir culture et développement durable dont, trop souvent, les liens ont été oubliés.

C’est une conviction profonde pour moi, il n’est sans doute pas de domaines dont les enjeux soient plus proches :
La culture, comme le développement durable, pose la question du modèle de société que nous voulons et de l’avenir que nous désirons construire.
Ainsi :

 Tous deux voient dans le monde un héritage à transmettre et à renouveler. Cet héritage, c’est notre patrimoine environnemental, mais c’est aussi notre patrimoine culturel. Ce sont les traces sensibles de notre histoire, ce qui fonde l’individu et la collectivité.
 Tous deux aspirent et contribuent à l’épanouissement de l’individu, à la construction de sa liberté et de son indépendance.
 Tous deux, enfin, souhaitent, pour tous, pour aujourd’hui et pour demain, l’accès aux biens fondamentaux qui font la dignité de l’homme.

C’est pourquoi j’en suis profondément convaincue, la construction d’un monde durable passe aussi par la culture. La culture doit être le 4ème pilier du développement durable.

Là est la motivation profonde de ce séminaire qui doit nous aider à bâtir une stratégie ministérielle cohérente et concertée de développement durable, inscrite, tout y contribuant, dans nos stratégies nationale et européenne.

C’est pourquoi nous devons, tous ensemble, participer à son élaboration et à sa mise en œuvre : Administration Centrale, DRAC, EP, services départementaux de l’architecture et du patrimoine…

C’est pourquoi nous devons le faire avec nos collègues des autres ministères et avec nos partenaires européens.

Le moment choisi pour ce séminaire est un temps fort et opportun, marqué :
 par la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, avec deux projets de loi majeurs en cours de discussion,
 par la création d’un plan Etat exemplaire décidé par le gouvernement,
 par l’élaboration d’une nouvelle stratégie nationale de développement durable.

Sans oublier qu’en décembre, à Copenhague, se tiendra le sommet mondial pour l’environnement et que l’Union Européenne travaille sur une nouvelle stratégie commune de développement durable pour 2010.

Le MCC ne pouvait être à l’écart de ce calendrier et de ces enjeux qui nous concernent tous.

C’est pourquoi nous avons décidé d’avancer rapidement à deux niveaux d’action complémentaires :

1er niveau : l’élaboration d’un plan administration exemplaire, propre au MCC, en liaison étroite avec le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire.

Je tiens à remercier chaleureusement la Commissaire générale au développement durable, Michèle Pappalardo, présente à nos côtés ce matin pour ouvrir ce séminaire, ainsi que la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno, dont le message viendra clore la journée.

Leur réflexion, leur regard seront des contributions précieuses, indispensables à la richesse des débats.

Je remercie également les nombreux experts publics et privés, qui ont accepté d'apporter leur concours à ce séminaire et de nous aider dans cette démarche.

2ème niveau : l’élaboration d’une stratégie propre au MCC en faveur du développement durable. Elle vise à compléter, avant la fin de l’année 2009, la stratégie nationale dont la France va se doter.

J’y tiens tout particulièrement.

Nous avons nos réponses à apporter, nous avons notre rôle, original et indispensable, à jouer sur la voie du développement durable.

Il passe par au moins 4 domaines d’action :

1) La politique du patrimoine :

C’est un point important car la tentation est grande pour certains de mettre dos à dos patrimoine et développement durable, de considérer comme inconciliables les mesures de protection du patrimoine urbain et paysager et les objectifs du développement durable.

C’est pourquoi je tiens à le redire aujourd’hui : patrimoine et développement durable poursuivent le même objectif : la préservation de nos héritages ; la protection et l’amélioration de notre cadre de vie.

2) La contribution de l’architecture à la mise en œuvre d’une ville plus durable et plus solidaire, d’une ville rendue à l’homme, qui refuse les réponses immédiates sans souci du lendemain.
Tout cela, en collaboration étroite avec le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire.

C’est, je pense, l’un de nos plus grands défis, un défi à la fois culturel, environnemental et urbain, qui doit prendre en compte l’évolution de nos modes de vie, la densification et la maîtrise de l’étalement urbain, la qualité des abords des villes, notre patrimoine ancien et le développement durable.

Ce grand défi, l’architecture le relève.
Chaque jour, les architectes le prouvent, dans le respect des contraintes techniques qu’ils contribuent aussi à repousser, et par l’invention de nouvelles écritures architecturales.
Ils contribuent à une meilleure maîtrise des ressources énergétiques, ils inventent un cadre plus agréable à vivre, mêlent nos patrimoines hérités et la création la plus inventive, garantissent la diversité architecturale.
Ils inventent une écologie urbaine.

C’est pourquoi nous devons promouvoir ce rôle fondamental des architectes. C’est le sens même du « Grand Paris ».

C’est pourquoi nous devons également aider les architectes, les maîtres d’œuvre et les maîtres d’ouvrage à prendre en compte ces questions. Et je tiens à dire qu’elles sont d’ores et déjà au cœur de la formation des architectes, dont le ministère de la Culture et de la Communication a la responsabilité.

C’est pourquoi, enfin, nous tenons à ce que notre politique d’équipements culturels prenne en compte les enjeux du développement durable. Que ce soit pour les nouveaux projets – je pense notamment au futur Centre des archives de Pierrefitte – ou pour les rénovations et réaménagements.

3) Mais le développement durable repose aussi sur une politique soucieuse de tous les publics : il nous faut garantir l’accès à la culture pour chacun.
Le développement durable pose la question, essentielle, de l’accessibilité de tous à l’éducation et à la culture.
Pour nous, cela veut dire : accessibilité physique de nos équipements culturels, de nos musées, de nos monuments, par la prise en compte des besoins des personnes handicapées. C’est le cas dans le cadre de la commission nationale « Culture et handicap ».
Mais cela veut dire aussi : accueil des publics éloignés de la culture. C’est ainsi qu’en 2009 nous renouvelons les conventions Culture et Hôpital, Culture et Prison. Ces publics, ce sont aussi ceux des quartiers difficiles. La culture est ainsi au cœur de la politique de la ville.

4) Enfin la préservation et le développement de la diversité culturelle et linguistique s’inscrivent également dans les enjeux du développement durable.
La déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle de 2001 a permis de reconnaître pour la première fois la diversité culturelle comme « héritage commun de l'humanité ». Elle a fait de sa sauvegarde un impératif concret et éthique inséparable du respect de la dignité humaine.
Avec elle, le rôle de la diversité culturelle dans le développement culturel a été reconnu.

Je citerai également la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel ratifiée le 20 juin 2007 par 78 États.
Ce patrimoine, transmis de génération en génération, procure un sentiment d'identité essentiel dans la mondialisation et contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine.

Dans cette perspective, je pense, qu’il nous faut chercher de nouvelles voies pour convertir la créativité des pays en développement en industries culturelles durables.
Cela pourrait constituer un moteur de leur développement économique, encourager la création d’emplois dans les domaines de la musique, de l’édition, du cinéma, de l’artisanat et du spectacle, tout en contribuant à la diversité culturelle.

Au total, l’enjeu est aussi de diffuser une « culture du développement durable » :

Rien ne change si nos façons de penser ne changent pas.

Et ceux qui bousculent nos façons de penser, ce sont les artistes.

Leur rôle est essentiel dans l’invention d’un autre rapport au monde, plus durable, plus humain :
- parce qu’ils préservent cette part précieuse qui échappera toujours au monde marchand,
- parce qu’ils portent toujours un regard singulier sur notre monde,
- mais aussi parce que certains intègrent dans leurs œuvres les enjeux du développement durable :
Que l’on pense aux designers, comme Matali Crasset ou les frères Campana, qui détournent les matériaux de récupération, façonnent des objets réutilisables.
Que l’on pense également aux plasticiens, aux écrivains, aux dramaturges, aux cinéastes qui interrogent notre société et nous poussent à la réinventer.

Là sont les contributions de la culture à la construction d’une société durable. Là est notre rôle.

Au cours de ce séminaire, les deux niveaux d’action seront envisagés : la matinée sera consacrée au programme « administration exemplaire » et l’après-midi à l’exploration de ce que l’on pourrait appeler notre « politique culturelle durable » ou, en tout cas, notre stratégie d’ensemble.

Cette politique, ou cette stratégie, il va de soi que nous devons la promouvoir et la penser à l’échelle européenne.

Nous le pouvons.

J’en ai fait l’expérience à Bordeaux lors d’un grand colloque européen sur les politiques architecturales pendant la Présidence Française.

Mais également lorsque j’ai défendu le rôle de l’architecture dans l’invention d’une « autre ville », plus durable et harmonieuse.
Tous les Européens se sont retrouvés sur cette question et le Conseil des ministres européens a adopté, le 20 novembre dernier, un texte faisant suite à la charte de Leipzig sur la ville durable et solidaire.

D’une certaine façon, on le voit, le vieux débat nature-culture est dépassé. La culture, comme l’écologie et le développement durable, visent ensemble à pérenniser nos richesses et nos ressources fondamentales. Elles inscrivent, toutes trois, leurs politiques dans le temps long de l’humanité.

Tout cela, nous y parviendrons grâce à vous et avec vous.
Je vous remercie toutes et tous pour votre présence et votre contribution à ce défi collectif qui nous revient.
Je vous souhaite de fructueux échanges et une belle journée inaugurale, porteuse d’une politique d’avenir.