Cher
Dany Boon,
Il fallait le faire…
Eriger le maroille en symbole et la baraque à frites en fierté
nationale ;
Faire de Bergues la capitale du cinéma et un nouvel Eldorado pour les
tour operator ;
Imposer le patois Ch’ti dans les cours de récréation,
dans les dîners mondains et les journaux télévisés
;
Et apparaître, en digne représentant du « North of France
», sur les couvertures des plus grands journaux de cinéma américains
!
Il fallait le faire et vous l’avez fait avec amour, avec humour, avec un film rempli d’humanité, de tendresse, de simplicité, un film que vous avez réalisé, dites-vous, « de façon artisanale ». Et ce film « artisanal » est rentré tout naturellement, sans effraction, dans l’histoire de notre cinéma. Mais non sans fracas ! Dès la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis, le cœur de la France a fait « Boon » !
« Il pourrait atteindre les 10 millions de spectateurs », prophétisait début mars un journal parisien. On était loin du compte. Le raz-de-marée « Ch’ti » est en passe de couler une seconde fois le Titanic et ses 20,7 millions d’entrées. Et j’invite le public à se mobiliser pour dépasser le record ! Vous avez ravivé l’amour des Français pour les salles obscures et rien que pour cela, cher Dany Boon, nous vous sommes infiniment reconnaissants.
Plus qu’un succès, votre film est devenu un véritable phénomène, abondamment commenté, disséqué, étudié, par des critiques de cinéma bien sûr, mais aussi des sociologues et des linguistes, et jusqu’au très docte directeur de la revue Esprit ! Pour un film qui n’en manque pas, cela s’imposait effectivement… Tout le monde parle du phénomène et se demande quel est ce Ch’ti qui sommeille apparemment en chacun de nous et que vous avez réveillé.
Cette effervescence, cette agitation sympathiques vous ravissent
et vous amusent. Vous promenez sur elles ce regard à la fois émerveillé
et complètement décalé qui a séduit le public
depuis vos débuts. Est-il besoin de rappeler les étapes d’une
carrière jalonnée de succès qui s’expose depuis
plusieurs mois dans les colonnes de tous les journaux et sur tous les écrans
de télévision ?
Cette effervescence, cette agitation sympathiques vous ravissent et vous amusent.
Vous promenez sur elles ce regard à la fois émerveillé
et complètement décalé qui a séduit le public
depuis vos débuts. Est-il besoin de rappeler les étapes d’une
carrière jalonnée de succès qui s’expose depuis
plusieurs mois dans les colonnes de tous les journaux et sur tous les écrans
de télévision ?
Pour ceux qui auraient vécu hors de France, dans un caisson étanche ou sur la lune ces derniers mois et même ces dernières années, je rappelle que vous n’êtes pas seulement l’un de nos plus grands humoristes-pantomimes, passé maître dans l’art de croquer l’absurde, le dérisoire, l’obsessionnel dans le quotidien. Vous n’êtes pas seulement le père du dépressif adepte de la méthode Coué, de l’ingénieur potache de chez Renault qui invente la Twingo dans un moment de délire, de l’enfant qui livre une lutte homérique contre la capuche de son K-way, ou encore du culturiste qui a l’air de soulever un énorme poids quand il réfléchit.
Vous êtes aussi le comédien de grand talent,
au répertoire étonnamment varié, qui nous a fait rire
dans La Vie de chantier, une pièce que vous avez porté à
l’écran sous le titre La Maison du bonheur, ou encore dans Le
Dîner de cons, aux côtés d’Arthur, qui est présent
parmi nous et que je salue. Dans cette pièce, vous avez repris brillamment
le rôle du regretté Jacques Villeret, après avoir déjà
côtoyé François Pignon dans La doublure. Vous êtes
ce soldat qui nous a émus dans Joyeux Noël, le très beau
film de Christian Carion, et ce confident inattendu et tendre de Daniel Auteuil,
dans Mon meilleur ami, de Patrice Leconte.
Et puis, Claude Berri, qui n’a pas son pareil pour déceler les
vrais talents, dans le cinéma comme dans l’art contemporain,
s’engage à vos côtés pour l’aventure des Ch’tis.
Une aventure collective, avec une troupe d’acteurs qui ont tous mis
autant de cœur que vous dans le projet. Kad Merad, hilarant en indéracinable
homme du « Chud », qui pleure « une fois en arrivant et
une fois en repartant » ; Line Renaud, « Mademoiselle from Armentières
», en mère possessive au grand cœur, Michel Galabru en terrible
Cassandre méridionale, Zoé Félix en Pénélope
angoissée et compatissante, Anne Marivin en postière pétillante
et blonde comme la bière (« Cht’i ») …
Une aventure collective également avec le public, celui du Nord-Pas-de-Calais, tout d’abord, qui voit son blason redoré et les clichés éculés tomber un à un, comme un décor de carton-pâte. C’est la magie de l’illusion comique qui opère. Et très vite c’est toute la France qui s’enthousiasme pour votre film. Sans compter les multiples territoires qui en ont déjà acheté les droits.
Il est quand même piquant de constater que celui qui
a connu a ses débuts l’angoisse de la salle vide pour des spectacles
produits avec ses deniers personnels, à ses risques et périls,
aura aussi été celui qui pendant plusieurs semaines a provoqué
l’angoisse de la salle pleine dans tous les cinémas qui avaient
les Cht’is à l’affiche et étaient contraints de
refuser du monde. Par l’effet d’un phénomène que
nos sociétés contemporaines ne connaissent qu’exceptionnellement,
quand dix millions de bouches suggèrent à dix millions d’oreilles
d’aller voir un film en assurant que la promesse de bonheur sera tenue…
Alors, ce soir, cher Dany Boon, devant vos amis, devant votre famille –
et je sais combien elle compte pour vous –, je voudrais tout simplement
vous dire un grand merci. Merci pour votre humour, merci pour votre tendresse,
merci pour votre simplicité qui ne sera en rien, je le sais –
je l’espère ! – entamée par votre succès
colossal. Merci à l’homme de spectacle, dont une longue complicité
avec le public, un vrai sens de la scène et du jeu ont aiguisé
la créativité. Merci pour tout ce que vous nous avez déjà
offert et pour vos nouveaux projets – vous venez à peine d’achever
le tournage du dernier film de Danièle Thompson, Le code a changé,
dont le père, Gérard Oury, détenait avant vous le record
de fréquentation pour un film français, avec La Grande Vadrouille.
Danièle Thompson, qui a hérité de son talent et de son
jugement très sûr, a dit que son père aurait été
heureux de vous céder son trône. C’est sans doute le plus
bel hommage que l’on pouvait vous rendre.
En présentant votre film en avant-première à quelques invités en février dernier, j’avais rappelé que la comédie est un art difficile, parodiant ainsi une des pensées d’un de vos maîtres, Raymond Devos à qui l’on doit cette jolie maxime : « Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter ». Et bien justement, passons aux choses sérieuses :
Dany Boon, au nom de la République, nous vous faisons Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres !
photo : farida Bréchemier/MCC