Discours et communiqués de presse

 

 

Discours de Christine Albanel prononcé à l’occasion de la cérémonie
de remise des insignes de chevalier dans l’ordre national
du Mérite à Christian Biecher


lundi 16 février 2009

Cher Christian Biecher,

Je ne sais pas s’il faut toujours chercher dans l’enfance les raisons d’une vocation, mais il paraît que votre grand-mère, devant vos maisons en Lego, l’avait prédit : « on en fera un architecte de celui-là »…
Et de fait, cher Christian Biecher, vous êtes devenu l’un de nos plus grands architectes, auquel je suis particulièrement heureuse de rendre hommage aujourd’hui.
L’un de ceux qui nous prouvent combien l’architecture est un « tout » au service de l’homme.

Jamais, en effet, vous n’avez voulu cloisonner votre art : architecture intérieure et extérieure, design et bâtiment, cette « enveloppe » des objets… vous pensez tout ensemble.

Et cela, vous l’avez voulu très tôt.Dès votre formation chez l’architecte Bernard Tschumi, Grand Prix national d’architecture, entamée parallèlement à vos études.

C’est en effet au sein de son atelier que vous commencez à concilier dans une même approche l'architecture, l'architecture d'intérieur et le design.

Vous continuerez dans cette voie en tant que chef de projet pour ses agences de Paris et de New York puis, surtout, à la tête de votre propre cabinet à partir de 1992.
Et là, vous inventez votre écriture si singulière : épurée, nette, rigoureuse et simple, attentive aux jeux de lumières et de couleurs. Il y a en vous, à l’évidence, du Paul Klee, ce peintre que vous aimez tant.

Vous tracez votre voie, imposez votre marque, dans le brouillage des codes et dans l’effacement des frontières.
Vous êtes un homme de l’harmonie et de la synthèse.

Vous le dîtes vous-même, vous êtes fasciné par ce point où se brouillent lignes verticales et lignes horizontales, comme dans les plafonds des abbatiales baroques. Vous l’avez d’ailleurs mis en scène dans la boutique de Pierre Hermé à Paris en tirant au plafond un papier peint qui se replie sur les murs.

Vous mêlez les inspirations et les cultures. Ainsi de l’origami, cet art japonais du pliage dont on trouve trace aussi bien dans vos immeubles de Prague que dans votre centre d’animation et de spectacle, place des Fêtes à Paris.

Vous mêlez les genres également, puisqu’il n’y a qu’un pas, chez vous, entre l’art et le design, entre l’architecture et les installations d’artiste.
Vous aimez explorer toutes les périphéries de l’architecture, jusqu’à la scénographie d’expositions et de lieux dédiés à l’art contemporain.
Ainsi, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, pour l’exposition « Marc Chagall, les années russes » en 1995, pour l’exposition « Gilbert et Georges » en 1997 ou pour l’exposition « Bertrand Lavier » en 2002.

Vous jouez des couleurs aussi, souvent franches, claires, étonnantes presque pour les regards plus habitués au gris de nos villes. Vous les utilisez pour envelopper les volumes, les atténuer ou séparer les espaces. « Vous introduisez le soleil qui brille dans nos bâtiments » dit de vous Issey Miyake.

Tout cela, vos œuvres le montrent.

Depuis l’éphémère restaurant Korova, qui vous valu une célébrité un peu pesante dites-vous, jusqu’au « vase Trois Roses » pour Baccarat, en passant par la Bibliothèque centrale de prêt de Carcassonne, par le Centre de long séjour de Hénin-Beaumont, par la rénovation et la transformation de l'ancienne Bourse de Budapest, par l’immeuble TUR à Tokyo, la boutique Pierre Hermé à Paris, les magasins Fauchon et Harvey Nichols ou le centre communautaire de Sora dans la banlieue de Tokyo.

En passant également par ces objets du quotidien que vous créez pour habiter vos lieux : chaises, couverts, bancs, tables…

On le voit dans toutes ces réalisations : il n’est pas de « monde » que vous refusez d’explorer. Si l’univers de luxe vous demande, vous n’oubliez pas pour autant la vocation sociale de l’architecture.

Sans doute est-ce pour cela que vous l’avez enseigné, un temps, à l’université de Columbia.

Je n’ai pas tout cité de vos œuvres, vous me le pardonnerez.
Il faudrait plus qu’un discours pour tout dire.
Des expositions par exemple, comme celle qui vous a été consacrée en 2002, au Musée des arts décoratifs à Paris.
Ou des musées, puisque vous êtes présent dans les collections du Musée du design à Lisbonne, du Fonds national d’arts contemporain et du Musée national d’art moderne - Centre Georges Pompidou.

Devant votre talent, le temps des récompenses est vite venu.

En 1993 déjà, vous devenez lauréat des Albums de la jeune architecture. En 2000, vous êtes lauréat de la Carte blanche VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) puis, en 2002, élu Créateur Maison & Objet à Paris et lauréat du prix Best New Designer au salon ICFF (International Contemporary Furniture Fair) à New York.
A ces distinctions, il en manquait une que je suis particulièrement heureuse de vous remettre aujourd’hui.


Cher Christian Biecher, vous dîtes que les architectes ont pour tâche de rendre le monde moins effrayant en le maîtrisant un peu…

Votre contribution à cette belle mission est impressionnante.

Christian Biecher,
Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier dans l’Ordre national du Mérite.