
C’est avec beaucoup d’émotion que je vous retrouve aujourd’hui, vous qui avez été pour moi, pendant ces années inoubliables à Versailles, des appuis essentiels et de véritables « amis ». Vous qui avez tant donné pour ce fleuron de notre patrimoine national et universel. Vous vous inscrivez dans la lignée la plus prestigieuse de ces mécènes, de ces hommes et femmes pétris de culture et passionnés d’histoire, qui ont aidé, tout au long du siècle dernier, Versailles à retrouver son lustre et l’éclat qui fut le sien sous Louis XIV.
Cela fait cent ans en effet que la Société des Amis de Versailles tisse un réseau du cœur et de l’esprit pour favoriser la restauration de ce lieu de mémoire, empli de l’esprit du grand siècle, et son rayonnement dans le monde entier. Cela fait cent ans que des personnalités éminentes mêlent leur histoire à celle de ce château, sous l’impulsion fondatrice de Pierre de Nolhac, conservateur. Aujourd’hui, cette Société d’Amis fait figure de pionnière et d’exemple, tant elle a su rendre sa présence généreuse et sa bienveillance discrète indispensables.
Et parmi ces mains tendues, celles de nos amis américains le furent avec une ferveur et une constance qui les honorent. De John D. Rockefeller, après la première guerre mondiale, Gérald et Florence Van der Kemp après la seconde, à Madame Catharine Hamilton et à tous les American Friends aujourd’hui, c’est un même dévouement sans borne, c’est un même amour pour ce lieu unique au monde. Je crois que c’est aussi cela, la magie de ce château et de ce domaine : cette faculté à rassembler les talents les plus divers, à concentrer les amitiés les plus solides, par-delà les soubresauts de l’Histoire. Vous l’incarnez avec force, chacun à votre manière, chacun selon votre parcours, forcément singulier, mais dont la route a croisé celle de ce château et de l’une de ses plus grandes ambassadrices, Catharine Hamilton, pour ne plus la quitter. C’est vous, cher Olivier de Rohan, qui avez eu l’idée lumineuse de confier à cette femme de culture et de cœur le soin de créer une Société d’amis américains. Et vous avez, Mesdames, répondu avec beaucoup d’enthousiasme à leur invitation.
Presque dix ans après, les « American Friends of Versailles » sont devenus l’une des sociétés d’amis américains les plus actives, les plus respectées, les plus influentes, avec 600 membres qui font régulièrement des visites à Paris.
Les American Friends ont contribué à redonner toute leur couleur à des pages entières de l’histoire de ce domaine, les plus glorieuses comme les plus intimes et secrètes. Grâce à vous, le bosquet des Trois Fontaines, chef-d’œuvre de Le Nôtre, l’un des favoris de Louis XIV, et aujourd’hui l’un des trésors du domaine, a retrouvé sa splendeur d’origine. Comme le Pavillon Frais retrouvera très bientôt la beauté que lui offrit Ange-Jacques Gabriel, dans les jardins du petit Trianon.
Je suis très heureuse de saluer aujourd’hui cinq personnalités qui animent – au sens véritable d’insuffler une âme – ces Sociétés d’Amis et ce Château.
Cher Olivier de Rohan,
L’histoire de votre famille, qui plonge ses fières et nobles racines dans les terres de Bretagne, est intimement liée à celle de notre pays et de ses Rois. Et c’est sans doute cette histoire qui est à l’origine de votre amour immodéré pour Versailles et plus généralement pour le patrimoine de notre Nation. Cela fait maintenant vingt ans que vous présidez la Société des Amis de Versailles, avec le talent et l’énergie que l’on sait, et qui ont valu à ce cercle d’élargir considérablement à la fois le nombre de ses membres et celui de ses activités.
Vous avez un sens aigu du commerce. A la fois au sens où on l’entend aujourd’hui, puisque vous avez accompli une brillante carrière qui vous a mené à la tête de diverses sociétés internationales. Mais aussi dans son sens premier, celui du commerce des hommes, des relations sociales, amicales, ce « commerce de la vie » dont parlait La Rochefoucauld dans ses Maximes. Vous avez en effet tissé des liens étroits avec de très nombreux mécènes, que vous avez su rendre fidèles à la cause de Versailles. Dès votre arrivée à la tête de cette Société d’amis, vous avez voulu l’ouvrir à tous les amoureux du château, les particuliers comme les entreprises, et bien entendu nos amis américains.
Ces mécènes sont, pour Versailles, bien plus que des donateurs, ce sont aussi des médiateurs passionnés, des passeurs inspirés, qui organisent des visites et des conférences, et qui encouragent la recherche scientifique, à travers notamment l’excellente revue Versalia et des aides à la publication.
Vous êtes aussi d’extraordinaires chasseurs d’objets, de ces objets dont vous dites qu’ils aiment revenir à leur lieu d’origine. Grâce à la Société des Amis de Versailles, de très nombreuses porcelaines de Sèvres, des meubles inestimables, et notamment la célèbre commode de Riesener de la bibliothèque du Roi, ont pu retrouver leurs décors. Le salon d’Hercule et son plafond ont pu retrouver leurs couleurs, ainsi que le Cabinet des dépêches et l’horloge extérieure. Je ne peux citer ici l’ensemble des trésors de Versailles qui vous doivent leur retour ou bien leur restauration. Cent œuvres acquises grâce à la Société des Amis sont aujourd’hui exposées dans un parcours intimiste, dans l’appartement intérieur du Roi, pour célébrer le centenaire de votre association. C’est un très bel hommage, tout à fait mérité, à ces hommes et ces femmes, dont vous faites partie, qui ont contribué à sauver véritablement Versailles de la ruine.
Vous avez également su nouer des rapports solides, des rapports de confiance avec la direction du château – je peux en témoigner – qui apprécie tant votre grande connaissance des arts et de l’histoire que votre esprit aiguisé et votre réservoir inépuisable d’idées et de projets. Je sais que vous songez à créer des groupes de collectionneurs, pour acquérir des gravures, des tableaux et des meubles. Je ne doute pas que vous saurez mener ce nouveau projet à bien, comme tous ceux que vous avez menés jusqu’à présent.
Vous êtes un véritable aiguillon pour l’administration et même si vous aimez à souligner avec modestie, lorsqu’on vous interroge à ce sujet, que l’apport de la Société des amis à Versailles ne remplacera jamais celui de l’Etat, nous savons tous combien cet apport est tout à fait essentiel. Il a d’ailleurs été reconnu à sa juste valeur puisque vous siégez dorénavant au Conseil d’administration.
Au-delà de l’aide inestimable que vous apportez à Versailles, vous avez modifié profondément la perception du mécénat en France, en faisant reconnaître le rôle fondamental de la société civile et des associations aux côtés de l’administration. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.
Je salue aujourd’hui un grand homme de culture et de
conviction,
un mécène éclairé, digne de l’esprit des
Lumières, un ami véritable du patrimoine et des arts français.
Olivier de Rohan, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.
Mesdames,
Avant de saluer chacune d’entre vous, je voudrais vous dire, à toutes, combien j’ai pu apprécier votre action à mes côtés lorsque j’étais Présidente du Château de Versailles. Faire vivre un réseau de 600 généreux donateurs, l’accueillir en France, orchestrer les réceptions dans les meilleures maisons françaises, les trajets, cela demande beaucoup de temps et d’énergie, mais aussi de sérieux et de professionnalisme. Vous êtes les grandes ordonnatrices de cette amitié franco-américaine telle qu’elle s’incarne à Versailles. Vous avez su aussi faire en sorte que ces liens que vous avez tissés perdurent, en invitant les nouvelles générations à être du voyage. Beaucoup d’amitiés sont nées à Versailles grâce à vous, et je ne doute pas qu’elles prendront brillamment la relève.
Vous offrez aux Etats-Unis l’image d’une France raffinée, cultivée, mais aussi généreuse et ouverte. Je vous en remercie de tout cœur.
Chère Michèle Fieschi-Fouan,
Vous êtes, depuis toujours, une merveilleuse ambassadrice de la culture et de la langue françaises, sur tous les continents où vous avez habité et enseigné. De la Grande-Bretagne à New York, de Dakar à Turin, vous avez sillonné le monde pour donner des cours et des conférences sur l’évolution de notre langue, sur sa traduction, avant de devenir responsable de la communication et des relations publiques à la Banque Sudaméris, puis à la Banca Commerciale Italiana-Franco à Paris.
Cela fait maintenant dix ans que vous avez répondu à l’invitation de votre grande amie Catharine Hamilton à rejoindre les American Friends of Versailles. Vous y jouez depuis un rôle clé, en tant que Co-Chairman et International Liaison du comité français. Votre connaissance intime du continent américain et vos talents de traductrice ont fait de vous l’ « officier de liaison » dévoué et fidèle qui porte des messages de part et d’autre de l’Atlantique.
Michèle Fieschi-Fouan, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.
Chère Anne-Marie de Ganay,
Comment ne pas se prendre de passion pour le patrimoine français quand on habite, comme vous, le château de Courances, un petit joyau du XVIIe, riche d’art et d’histoire, au parc emprunt de l’esprit de Le Nôtre, à l’orée de l’une des plus belles forêts de notre pays ? Décoratrice, peintre, vous avez créé et dirigé pendant 25 ans la boutique de décoration « Juste Mauve » et vous avez été acheteuse pendant 20 ans chez Nina Ricci, avenue Montaigne. Vous êtes une femme de goût, douée d’un amour immodéré pour le beau, que vous avez su mettre au service de votre château en Essonne, admirablement préservé et magnifiquement meublé. Je crois d’ailleurs que c’est un amour que vous avez su transmettre au sein de votre propre famille, puisque l’un des vos fils est aujourd’hui responsable du département des meubles français chez Christie’s.
Depuis 1998, vous êtes l’une des deux « Chairmen » du comité français des American Friends of Versailles, et vous avez fait part d’une générosité exceptionnelle, ainsi que vos parents, le Marquis et la Marquise de Ganay, que je salue, en accueillant plusieurs fois vos 600 amis américains dans votre demeure. Je connais votre investissement et votre efficacité et je suis très heureuse de vous témoigner ce soir la reconnaissance de la France.
Anne-Marie de Ganay, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.
Chère Hélène de Mortemart,
Avec vous, nous pénétrons l’univers feutré du luxe et de l’art de vivre à la française. Directrice Haute Couture chez Christian Lacroix, Attachée à la fondation pour la musique et les jardins chez LVMH, vous avez également été une magicienne de l’image pour Maxim’s, lançant le Maxim’s Ladies club, le Club de jeunes ou encore les dîners sans cravate. Vous avez aussi publié plusieurs ouvrages, sur des sujets aussi divers que Jackie Kennedy, Mozart à Paris, ou l’Orchestre de Paris, ce prestigieux ensemble qui fêtera demain soir ses quarante ans à Pleyel.
Votre curiosité, votre excellente intuition de communicante sont des atouts précieux pour le Comité français des American Friends, dont vous êtes Co-chairman. Merci pour tout ce que vous avez fait, merci de si bien représenter la femme française, élégante, raffinée, humaniste.
Hélène de Mortemart, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.
Chère Alexandra de Yturbe,
Vous perpétuez cette longue tradition de dévouement des grandes familles argentines au patrimoine français. Vous êtes, depuis votre mariage avec M. Jean de Yturbe, la bienheureuse propriétaire du château d’Anet, trésor de la Renaissance française, où repose Diane de Poitiers, dans une chapelle funéraire que vous venez de restaurer. Ce château au charme discret, féminin, sentimental, vous n’avez de cesse de le préserver et de le partager avec un large public.
Chairman du Comité français, vous avez vous aussi accueilli à bras ouvert les 600 membres des American Friends dans votre demeure, pour des réceptions inoubliables. Merci pour le cœur que vous mettez dans chacune de vos actions.
Alexandra de Yturbe, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier
dans l’ordre des Arts et des Lettres.
photo : farida Bréchemier/MCC