PFUE 2008Présidence française de l’Union européenne

Discours de Christine Albanel prononcé lors du
colloque du Forum européen des politiques architecturales,
consacré à l’Architecture et au développement durable


Bordeaux - jeudi 9 octobre 2008

signature par Madame la ministre de la convention Sur l'opéra de Bordeaux
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le président de la Communauté Urbaine de Bordeaux,
Monsieur le président d’arc en rêve,
Monsieur le président de l’association du forum européen des politiques architecturales,
Monsieur le président du Conseil national de l'ordre des architectes,
Messieurs les directeurs des écoles d'architecture, et le directeur de l'école nationale supérieure d'architecture et du paysage de Bordeaux
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui à Bordeaux pour ce Forum qui devrait nous permettre de nourrir une politique ambitieuse de l’architecture en Europe.

Et je crois que nous ne pouvons que nous sentir inspirés dans un tel lieu, cet entrepôt admirablement réhabilité par Denis Valode, Jean Pistre et Andrée Putman en 1990. Dans une telle ville, aussi, Bordeaux, et son agglomération qui ont connu une renaissance spectaculaire, tout à fait exemplaire du dynamisme que l’architecture peut apporter à un territoire. Ce ne sont pas Patrick Bouchain, Olivier Brochet, ou encore Jacques Ferrier, ici présents, qui me contrediront. Ils ont été les artisans de cette renaissance et je tiens à les saluer, ainsi qu’Alain Juppé et Alain Feltesse qui ont fait le pari de la culture pour leur territoire. Un pari gagnant.

Je veux également saluer le centre d'architecture Arc-en-rêve qui est vraiment un fleuron de la diffusion de la culture architecturale en France et en Europe, un établissement pilote, qui contribue à la découverte de nouveaux talents, à la sensibilisation des maîtres d’ouvrage et mène des opérations innovantes de pédagogie auprès des jeunes et du public scolaire. Merci à sa Directrice et à son Président de nous accueillir aujourd’hui.

Merci enfin à Rob Docter, président du Forum européen des politiques architecturales, ce think tank qui réunit depuis 2000 les professionnels et les institutions en charge de l’architecture de tous les pays de l’Union. Pourquoi un tel forum est-il plus que jamais nécessaire aujourd’hui ?

Parce que l’architecture est un enjeu essentiel pour le cadre de vie futur des citoyens européens. Quand on réhabilite un lieu tel que celui-ci, on ne donne pas seulement une seconde vie à un patrimoine exceptionnel, on crée un nouveau poumon pour la ville, un nouvel espace de rencontres pour ses habitants. On lance une dynamique, un mouvement, on tisse des liens.

Les villes européennes doivent aujourd’hui faire face aux mêmes défis, multiples et inédits, tels que l'étalement urbain, l’évolution des modes de vie des habitants, la nécessaire réhabilitation du patrimoine ancien et bien sûr le plus grand défi du XXIe siècle, le respect de l’environnement, la construction durable, thème de cette conférence.

Les architectes nous prouvent tous les jours qu’ils peuvent proposer des solutions qui garantissent la diversité architecturale, l’attention aux paysages urbains et ruraux, une meilleure maîtrise des ressources énergétiques, des habitats à la fois plus collectifs, plus denses, et plus agréables à vivre. Arc-en-rêve a d’ailleurs eu l'occasion de traiter ces sujets au-travers des expositions « voisins, voisine » et « collectif », inscrites dans l'agenda des manifestations PFUE.

Les architectes, urbanistes, paysagistes refondent aujourd'hui leurs pratiques pour inventer une nouvelle écologie urbaine, qui passe non seulement par un renouvellement des écritures architecturales et une réinterprétation des pratiques traditionnelles, mais aussi par une approche intégrée et créative qui mêle enjeux économiques et enjeux sociaux. Une révolution est à l’œuvre dans nos modes de vie et ce sont nos architectes qui la fomentent. Tout particulièrement la nouvelle génération, qui a intégré ces nouveaux enjeux dès sa formation.

Plus que jamais, l’architecture est à la croisée des chemins. A l’heure où le développement durable est plus qu’une préoccupation, une urgence, l’Europe doit placer l’architecture et les architectes au cœur du débat.

J’ai donc souhaité inscrire ce thème à l'agenda de la réunion du conseil des ministres de la culture du 20 novembre, afin que les 27 s’accordent sur un texte qui fasse suite à la charte de Leipzig sur la ville durable et solidaire, et qui s'inscrive dans la nouvelle stratégie de l'Union européenne, adoptée par le conseil européen en 2006.

Les négociations entre experts progressent, et nous devrions parvenir rapidement à des conclusions qui permettront des avancées concrètes.

Par exemple, une meilleure prise en compte de l'architecture et de ses spécificités, notamment sa dimension culturelle, dans l'ensemble des politiques publiques pertinentes (cohésion sociale, développement durable, recherche) ; une plus grande attention à l’enjeu de développement durable dans le cadre des programmes européens ou à l'occasion de commandes publiques ; un effort également en matière de formation initiale et continue des professionnels du cadre de vie à cet enjeu.

Nous souhaiterions aussi, au niveau européen, et je sais que c’est une question très importante, que les cahiers des charges des concours dressent des objectifs globaux (économiques, sociaux, culturels et environnementaux), plutôt que d’imposer de simples normes techniques. Il existe déjà un concours de ce type, en Belgique.

Un autre point important, sur lequel nous souhaitons obtenir un consensus entre les 27 partenaires, c’est le renforcement de l'éducation à l'architecture et au cadre de vie, notamment dans les programmes d'éducation artistique et culturelle. Nous pourrions également réfléchir à l’organisation d’un grand rendez-vous européen annuel autour de ces questions.

Enfin, nous allons faire en sorte que les instances européennes associent étroitement à leurs travaux les réseaux d'experts, tels que le Forum européen des politiques architecturales ou le réseau des écoles et établissements d'enseignement.

Ce qui est important aujourd’hui, c’est que l’Europe se saisisse pleinement de cet enjeu. Ce n’est pas évident, puisqu’il est à la croisée de nombreux secteurs, et cela nécessite que plusieurs ministères des 27 pays coordonnent leurs actions. Il était donc très important que ces propositions s’inscrivent également à l’ordre du jour de la réunion informelle du conseil des ministres en charge de l'urbanisme et du logement, les 24 et 25 novembre prochains à Marseille.

« Une ville durable et solidaire » : ce sera également le thème du Forum des villes qui réunira plusieurs centaines d’acteurs européens des politiques urbaines les 2 et 3 décembre à Montpellier.

Une ville plus respectueuse à la fois de l’homme et de l’environnement. Une ville qui panse les plaies de ses grands ensembles conçus dans l’urgence et invente de nouveaux habitats collectifs, tout en réutilisant avec intelligence ces architectures du XXe siècle. Une ville qui porte la même ambition pour son centre que pour ses périphéries et ses abords, et qui s’adapte aux nouveaux modes de vie de ses habitants. Une ville qui donne, comme ici, une nouvelle ambition, une nouvelle vocation à son patrimoine. Une ville agréable, inventive, qui se pense dans la durée. C’est un grand défi pour l’Europe et elle doit se donner les moyens de le relever.

Merci de contribuer à faire avancer cette réflexion. Je vous souhaite à tous de fructueux écha©nges.

Signature par madame la Ministre de la convention sur l'opéra de Bordeaux.
© J-M. Fuzeau - DRAC Aquitaine