Discours de Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur à Isaach de Bankolé
2 juillet 2008



© Farida Bréchemier / MCC


 

Cher Isaach de Bankolé,

C’est un très grand plaisir pour moi de vous accueillir aujourd’hui, pour rendre hommage à un acteur au talent immense qui a servi une œuvre d’une rare diversité. Vous ne vous êtes jamais laissé enfermer dans un rôle, dans un genre, ni même dans un pays !

Vous êtes avant tout, cher Isaach de Bankolé, un acteur sans frontières. C’est d’ailleurs une vocation de pilote d’avion qui vous a poussé, je le crois, à quitter votre pays natal, la Côte d’Ivoire, pour vous installer en France. Mais vous préférez très vite les planches au ciel et trouvez dans le cinéma et le théâtre un autre moyen de voyager.

Le public vous découvre dans le milieu des années 1980 grâce à des comédies populaires qui restent dans toutes les mémoires : Vanille Fraise de Gérard Oury avec Sabine Azéma et Pierre Arditi, Les Keufs de Josiane Balasko. Dans Black Mic-Mac de Thomas Gilou, aux côtés de Jacques Villeret, votre personnage de faux marabout hilarant vous vaut le César du Meilleur espoir Masculin en 1987.

Bien loin de ces rôles grand public, vous révélez un autre visage sur les planches, où vous devenez un acteur clé du théâtre de la révolte, de la solitude et de la marge de Bernard-Marie Koltès. Vous participez ainsi, aux Amandiers, avec Patrice Chéreau, à cette aventure fondatrice du théâtre contemporain. Vous incarnez Abad dans Quai Ouest, le parachutiste dans Le Retour au désert et le dealer dans La solitude des champs de coton.

C’est Claire Denis qui a décelé votre extraordinaire puissance dramatique et lui a donné une chance de s’épanouir sur grand écran. Elle vous offre en 1988 le rôle de Protée dans la très belle fresque camerounaise Chocolat, puis le rôle de Dah dans S’en fout la mort. C’est grâce à elle, toujours, que vous rencontrez Jim Jarmush, qui vous permet d’écrire un nouveau chapitre de votre carrière cinématographique. Il vous offre l’un des cinq rôles de chauffeur de taxi dans Night on Earth. C’est le début d’une belle complicité, qui se poursuit avec Ghost Dog, aux côtés de Forest Whitaker, où vous campez ce personnage qui hante l’univers du samouraï, avec sa fantaisie bien à lui et son verbe haut que personne ne comprend, puisqu’il parle français !

Je ne peux, faute de temps, épuiser la liste des œuvres qui ont jalonné votre rêve américain. Elles révèlent, encore une fois, un comédien qui excelle dans tous les genres.

Le cinéma indépendant, avec, je viens de le dire, Jim Jarmush, mais aussi James Ivory ou encore Lars Von Trier, qui vous offre le rôle magistral de l’ancien esclave Timothy dans Manderlay, une réflexion virulente à l’allure de fresque théatrale sur l'histoire des Etats-Unis et, plus généralement sur les fondements les plus sombres de l'âme humaine.

Je pourrais citer également les films plus grand public dans lesquels vous avez joué et qui vous ont assuré une notoriété internationale, comme Miami Vice de Michael Mann, ou Casino Royale de Steven Obanno.

Mais la consécration est aussi venue de ce pays qui vous a fait naître au cinéma, la France, où vous avez tourné le film magnifique de Julian Schnabel, Le Scaphandre et le papillon, avec Matthieu Amalric. Vous y jouez, avec beaucoup de justesse, l’ami farfelu, décalé, qui apporte une bouffée d’air frais, peut-être de rêve, à l’univers hospitalier.

Avec tant de rencontres, de voyages, tant d’expériences différentes –vous achevez en ce moment le tournage de deux coproductions franco-américaines, Battle in Seattle de Stuart Townsend et Before I had no name de Giada Colagrande – il n’est pas étonnant que vous ayez exprimé le désir de passer de l’autre côté de la caméra. Vous avez ainsi réalisé en 2000 un documentaire intitulé Traveling Miles sur votre épouse, la grande chanteuse de jazz Cassandra Wilson.

Vous êtes, cher Isaach de Bankolé, un artiste complet, curieux de vivre nouvelles aventures, d’explorer de nouveaux genres, de révéler de nouvelles facettes de votre talent. C’est, je le crois, la signature d’un immense acteur.

Isaach de Bankolé, au nom du Président de la République et des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'Honneur.