REMISE DES INSIGNES DE CHEVALIER DANS L’ORDRE DES ARTS ET DES LETTRES
A PHILIPPE ROBINET

23 mai 2008


© Farida Brechemier / MCC


Cher Philippe Robinet,

Je suis très heureuse de rendre hommage aujourd’hui à un éditeur passionné par son temps, qui lève le voile sur les injustices, les barbaries modernes en offrant une tribune précieuse à ceux que, d’ordinaire, on n’entend pas. Aimé Césaire disait : « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. » Il était leur porte-voix, vous en êtes aujourd’hui l’éditeur.

Sonder notre monde, scruter l’actualité a été votre première passion. Avant de vous lancer dans le monde de l’édition, vous avez en effet été directeur des médias et membre du comité de direction de l’institut BVA, puis cofondateur et directeur général du quotidien national Infomatin, qui a préfiguré les quotidiens gratuits, par son faible coût et la concision de ses articles. La presse est un univers que vous connaissez bien et vous avez d’ailleurs publié sur ce secteur plusieurs ouvrages de référence.

C’est en 1996 que vous décidez de vous lancer dans l’aventure des éditions du Serpent à plumes, une maison qui devait satisfaire votre immense curiosité et votre goût de l’ailleurs.

En 2002, vous fondez OH ! Editions, dont vous êtes aujourd’hui co-Directeur, avec Bernard Fixot et Edith Leblond. Aujourd'hui la plupart de vos livres apparaissent dans les listes de best-sellers.

OH! Editions pourrait n'être qu'une fabrique de succès éditoriaux, dirigée par des hommes très avisés, uniquement soucieux d'épouser l'air du temps. Ce n'est pas le cas. Par une production volontairement limitée et une orientation totalement contemporaine dans le choix des documents publiés, votre maison d’édition se veut le reflet d’une époque.

Les livres que vous aimez et que vous publiez sont des livres de combat, qui expriment toujours un point de vue sur la société contemporaine, sur l’état du monde. Ce sont, presque tous, des livres engagés. Je pense au Manifeste contre la pauvreté de Martin Hirsch. Je pense à Brûlée vive, ce livre bouleversant de Souad qui traite des crimes d’honneur. Je pense à Femmes sous emprise de Marie-France Hirigoyen qui aborde la question les femmes battues. Je pense à Vivre libre de Loubna Méliane, qui décrit la situation des femmes dans les banlieues. Ces livres ont réveillé les consciences, nous ont permis de mieux voir, de mieux comprendre les drames de notre époque.

Ils ont eu un impact bien réel. Ainsi, grâce au livre de Souad, les crimes d'honneur sont aujourd'hui reconnus et la fondation qui avait aidé Souad est aujourd’hui agréée « expert »auprès de l'Onu. Vous vous impliquez dans chacun de ces combats, dans chacun de ces livres qui ne sont pas, pour vous, des livres d’actualité mais bien des livres de société.

Ce ne sont pas, en tous cas, des livres rapides. Je sais que vous apportez beaucoup de soin à la préparation, à la confection et au lancement de chaque ouvrage. Car vous voulez faire partager à vos futurs lecteurs votre conviction initiale.

Vous alliez le goût et la stratégie, misant énormément sur lancement d'un livre. Un lancement avisé, précis, mûri, calculé, organisé dans tous les détails.

Et puis il y a les livres qui ont une destinée émouvante. Ainsi, celui du livre posthume de Michel Serrault que vous avez porté, accompagné jusqu'au bout. Vous pouvez être fier de ce court testament de l'acteur, inachevé et merveilleux.

Je salue aujourd’hui à travers vous un éditeur avisé, un homme engagé, à l'affût de tous les soubresauts de notre société, soucieux de traduire tous les problèmes de notre temps.

Philippe Robinet, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.