I / Les négociations sur le régime de l'intermittence du spectacle conduites entre les organisations syndicales et patronales gestionnaires de l'Unedic ont abouti à un accord signé le 26 juin dernier.
J'ai entendu les inquiétudes et les incompréhensions que suscite cet accord au sein de la communauté artistique.
Depuis le 26 juin dernier, j'ai procédé :
- à l'expertise de l'accord, tant au sein du ministère qu'en
liaison avec l'UNEDIC, rencontrée le 3 juillet.
- à des
discussions et concertations avec l'ensemble des organisations
syndicales. Deux séances collectives ont eu lieu les 2 et 3 juillet
derniers. Des consultations bilatérales, au niveau des syndicats de branche et des
confédérations nationales, ont eu lieu toute la semaine, et notamment le 5
juillet dernier.
- à des rencontres avec des artistes et
des directeurs de festivals et de théâtre afin de prendre la juste
mesure de leur appréciation de l'accord, de leurs inquiétudes et de leurs
attentes.
J'ai enfin rencontré ce matin, lundi 7 juillet, les organisations nationales signataires de l'accord au sein de l'UNEDIC.
II / A l'issue de cette semaine de travail, je fais l'analyse suivante :
1 - L'accord du 26 juin dernier sauve et pérennise le régime spécifique d'assurance chômage des intermittents du spectacle, du cinéma et de l'audiovisuel. Très fragilisé, ce régime était en effet menacé dans son existence même.
En un peu plus de 10 ans le nombre des intermittents a été multiplié par 2, les allocations servies par près de 4, et le déficit 2002 (plus de 800 M) représente près du tiers du déficit prévisionnel 2003 du régime général.
Pour la première fois, son maintien dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle résulte d'un véritable accord impliquant les employeurs au niveau confédéral. Il a été précédé d'une large négociation.
Il ne faut pas perdre cet acquis, faute de quoi le régime peut réellement disparaître, ainsi qu'en attestent les lourdes menaces qui ont pesé sur son existence même en 2002, et contre lesquelles je m'étais élevé avec force.
2 - Cet accord comporte des avancées :
3 - L'accord a toutefois suscité de nombreuses inquiétudes, auxquelles je suis très attentif.
Les consultations de ces derniers jours ont fait apparaître en effet plusieurs points insatisfaisants. Je souhaite en relever trois en particulier.
C'est à ces trois problèmes que je souhaite me consacrer à présent.
III / Un plan en trois axes
1. Je demande tout d'abord solennellement aux partenaires sociaux de bien vouloir se réunir une nouvelle fois, très rapidement, pour revoir l'accord sur quatre points précis :
Ces mesures de report ménagent une longue période de transition, et permettront notamment la mise en uvre de mesures de lutte contre les abus et de soutien à l'emploi.
Par ailleurs, j'ai pu également obtenir de l'UNEDIC des éclaircissements sur deux points ambigus de l'accord :
- Le temps de travail peut être déclaré aussi bien en heures qu'en cachets pour les artistes ;
- Les stages dispensés par l'AFDAS continueront d'ouvrir droit à indemnisation chômage pour ceux qui les suivent.
Si l'ensemble de mes demandes est satisfait, l'équilibre de cet accord sera renforcé. Je demanderai alors à mon collègue, François FILLON, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité, de délivrer rapidement son agrément.
2. Un plan de lutte contre les abus en tous
genres
J'ai entendu les remarques, fondées, de ceux qui disent que le
régime de l'intermittence, destiné en priorité aux métiers de
la création, a été détourné par des usages abusifs,
parfois à grande échelle.
Ma conviction personnelle est, de longue date, que des abus fragilisent ce système. Sur ce point aussi, l'accord doit être complété. L'UNEDIC et l'Etat doivent faire converger les efforts, de façon beaucoup plus efficace.
a. Les partenaires sociaux de la branche de l'audiovisuel et du spectacle (FESAC
et organisation syndicales) doivent poursuivre leurs négociations visant à
réserver effectivement le recours à l'intermittence aux circonstances
d'emploi qui le justifient. Je sais que les partenaires y sont disposés et je les
y encourage.
b. Je demande également aux entreprises employeurs de
salariés intermittents de s'engager sur un code de bonne conduite en la
matière. Je réunirai très prochainement ces patrons pour le leur
demander.
c. Le Gouvernement facilitera la mise en uvre des
contrôles au niveau de l'UNEDIC en faisant évoluer le droit : 2 ordonnances
seront prises à la rentrée, notamment pour permettre le croisement des
fichiers sociaux et l'extension du guichet unique pour les employeurs du spectacle
occasionnel.
d. Je tiens également à vous faire part ici de l'engagement pris par le ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité d'intensifier, de façon spectaculaire, dès cet automne, les contrôles de l'inspection du travail dans les entreprises, notamment audiovisuelle, qui recourent à l'intermittence. Trois régions seront plus particulièrement ciblées : Ile-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur.
e. Je demande enfin aux chaînes publiques d'être exemplaires. Je confie dès aujourd'hui à M. Bernard Gourinchas, président de l'association des employeurs de l'audiovisuel public, une mission d'analyse, de coordination et de vigilance dans ce domaine.
3 - Un plan en faveur de l'emploi et de l'activité
dans le secteur du spectacle vivant
Il est de la responsabilité de
l'Etat et des collectivités territoriales d'agir pour le soutien et le
développement de l'emploi des artistes et des techniciens.
Des mesures
nouvelles spécifiques seront mises en place en ce sens par le Gouvernement
dès 2004 pour développer l'emploi artistique et culturel, destinées
à l'emploi culturel et des moyens de la création dans les secteurs du
théâtre, de la musique, de la danse, des arts du cirque et de la rue.
Une première enveloppe de 20 M sera affectée à ce plan. > Une fiche annexe présente les orientations possibles de ce plan.
Par ailleurs la possibilité d'adapter le dispositif de solidarité nationale servi par l'Etat aux chômeurs de longue durée (allocation spéciale de solidarité) en faveur des secteurs du spectacle, du cinéma et de l'audiovisuel, sera étudiée.
J'ai bien compris l'émoi des professions du spectacle vivant et leurs craintes quant à l'évolution de leur statut au sein de notre société. Les crises ont parfois la vertu de nous obliger à reposer les questions essentielles : celles de la création, de son mode de production, de la place du spectacle dans notre société, et, bien évidemment, des responsabilités de l'Etat.
C'est pourquoi j'ai décidé d'ouvrir, dès septembre, un débat national sur le spectacle vivant.
Dans une situation que je sais difficile pour tous, je tiens à marquer mon soutien aux salariés, aux techniciens, aux artistes et aux structures concernées (festivals, compagnies, théâtres), et à appeler chacun à faire preuve de responsabilité, en ayant aussi à l'esprit l'importance des festivals pour les économies locales, et le moment très privilégié de rencontre entre la création et les publics qu'ils constituent.
J'ai la conviction que les mesures que je propose apportent une réponse aux inquiétudes voire aux angoisses qui se sont exprimées.