Introduction :
- Blandine Kriegel m'a remis le 14 novembre dernier son rapport sur la
violence à la télévision. Je tiens à nouveau
à la remercier, ainsi que sa commission pour la qualité du
travail réalisé ;
- Un des effets très positifs de la
mise en place de la commission Kriegel est d'avoir favorisé, dans le
dialogue et le débat, la prise de conscience par chacun de sa
responsabilité face à un développement de la violence dans
la société.
- Je l'ai dit dès le 14 novembre, je me
sens très proche, philosophiquement et politiquement, de l'esprit
républicain qui anime ses analyses et ses propositions : faire confiance
à la liberté et à la responsabilité.
- Je retiens notamment du rapport les points suivants :
- Les
relations entre la télévision et la violence de notre
société suscitent depuis longtemps des débats
récurrents. Le rapport apporte une réponse pondérée
: sans faire de la télévision le bouc émissaire, il
retient l'existence d'un " effet net " de la violence à la
télévision. Cette réalité nous renvoie à
notre responsabilité.
- Je note également que le rapport
propose une définition de la violence : " la force
déréglée qui porte atteinte à
l'intégrité physique ou psychique pour mettre en cause dans un
but de domination ou de destruction l'humanité de l'individu ".
- Le
rapport insiste à juste titre sur la nécessité de faire
prévaloir le droit des enfants, dans le cadre d'une démarche
volontaire et responsable des différents acteurs sociaux et
culturels.
- Face à cette analyse, le rapport fait un certain nombre de
recommandations. Elles s'adressent tant à l'Etat qu'aux diffuseurs,
éditeurs et distributeurs de chaînes.
- Je souhaite d'ores et
déjà vous faire part des orientations claires que retient le
Gouvernement
1 - Tout d'abord, le rapport appelle les diffuseurs et éditeurs à un comportement responsable et leur recommande un certain nombre de mesures.
- Je ne doute pas que cet appel sera entendu sans pour autant que
l'Etat ait à en passer par des mesures coercitives. C'est d'ailleurs
tout le pari du rapport.
- Deux séries de propositions retiennent
particulièrement l'attention :
- Je ne doute pas que cet appel sera
entendu sans pour autant que l'Etat ait à en passer par des mesures
coercitives. C'est d'ailleurs tout le pari du rapport.
- Deux séries de propositions retiennent
particulièrement l'attention :
A/ celle sur la pornographie, forme de violence
sexuelle, qui doit être mise hors de portée des enfants,
- Je note, pour m'en féliciter, que sur cette question les
débats initiés par la recommandation du CSA de juillet dernier et
développés au sein de la commission Kriegel ont suscité
une prise de conscience et amené les diffuseurs à proposer, pour
la première fois, la généralisation de mesures de double
cryptage ou d'autres dispositifs techniques de contrôle d'accès
qui permettent de protéger les enfants du risque de tomber sur des
programmes pornographiques.
- La proposition de loi de Mme Zimmermann et
de MM. Bur et Rivière, qui sera prochainement examinée par
l'Assemblée Nationale, fixera un cadre juridique utile à ces
principes.
- Je salue également la démarche du CSA qui a
confié à un cabinet d'experts le soin d'examiner
l'efficacité des systèmes de double-cryptage proposés par
les chaînes. - Ces mesures ont d'ores et déjà
commencé à être mises en uvre de façon
volontaire par les chaînes concernées. Ainsi, le double cryptage
est déjà appliqué depuis le 18 novembre par
CanalSatellite, je m'en réjouis.
- Pour ce qui est de la diffusion
de Canal+ en analogique, la chaîne a proposé un système
d'option qui permettra aux abonnés de choisir d'avoir accès ou
non aux films pornographiques.
- Ces mesures me semblent plus
adaptées qu'une interdiction.
Le rapport propose également le " détachement des abonnements aux spectacles ou aux chaînes pornographiques des autres bouquets proposés "
- Cette préconisation va dans le même sens : permettre
aux adultes de faire un choix éclairé et d'assurer leur
responsabilité de parents
- Une telle mesure relève avant
tout des distributeurs de bouquets (satellite et câble). J'ai
demandé à la Direction du Développement des Médias
de se rapprocher d'eux pour examiner les suites possibles.
B/ celle sur les programmes violents et pornographiques diffusés entre 7h et 22h30, heures d'écoute familiale, sur les chaînes en clair.
- Je note que pour les uvres pornographiques, c'est
déjà le cas (catégorie V : autorisés uniquement
entre 0 et 5 h du matin). - En ce qui concerne la violence, cette
préconisation doit être appréciée en fonction de la
définition proposée par la Commission qui ne recouvre pas les
catégories de programmes existantes. A l'évidence, nombre de
films de catégorie III (-12 ans) ne peuvent être
considérés comme d'une "force
déréglée
"
- Blandine Kriegel elle-même
rappelait vendredi dernier lors d'un colloque que cette préconisation
visait essentiellement les films de catégorie IV (-16 ans) et V (-18
ans).
- Des dispositions existent déjà dans les conventions
entre les chaînes et le CSA pour limiter ces types de programmes :
-
l'heure limite pour la catégorie IV (-16 ans) est 22 h 30
- elle est
de 22 h 00 pour la catégorie III (-12 ans).
- Pour ce qui est des horaires matinales (7H proposé par le
rapport), je demande à la DDM de conduire une étude
complémentaire pour affiner la question afin de tenir compte le cas
échéant des habitudes de consommation télévisuelle
en zone urbaine.
- En ce qui concerne le cinéma, une exception, qui
est une tolérance, existe pour les programmes de catégorie III
(-12 ans) : un certain nombre d'uvres peuvent être diffusées
en première partie de soirée sur chaque chaîne tous les ans
(4 uvres).
- Je pense que cette exception, à
l'appréciation du CSA, doit être conservée tout en
étant utilisée de façon à privilégier les
films de réelle qualité artistique plutôt que les plus
"violents", au sens de la définition proposée par le rapport.
Cette question fera l'objet d'une concertation avec les chaînes, en
liaison avec le CSA.
- Au-delà des films de cinéma, qui ne
représentent qu'une faible proportion des programmes diffusés
entre 7h et 22h30, il est nécessaire que les diffuseurs s'assurent
qu'aucun programme violent, selon la définition proposée par la
Commission Kriegel, n'est diffusé sur cette tranche horaire (notamment
les bandes annonces et publicités
) Là encore, en liaison
avec le CSA, je me rapprocherai des diffuseurs pour voir avec eux de quelle
manière apporter ce type de garantie au public.
- Dans l'esprit du
rapport Kriegel, je préfèrerais naturellement une démarche
volontaire. Les diffuseurs doivent rester responsables, sous le contrôle
du CSA, de leur diffusion. Un code de bonne conduite pourrait clarifier les
règles applicables.
- Les chaînes thématiques ou
cryptées, notamment les chaînes "cinéma", me semblent
relever d'une problématique différente, dès lors que le
foyer a le choix de s'abonner ou pas. Afin de permettre aux parents de
s'abonner en toute connaissance de cause, je souhaite que les bouquets
envisagent la possibilité d'indiquer dans leurs outils de promotion et
de communication, pour chaque chaîne proposée, la proportion de
programmes déconseillés à certains publics diffusés
entre 7h et 22h30.
- La mise en uvre effective par les chaînes
thématiques de la signalétique fixée par le CSA doit
également être irréprochable.
C/ Le rapport propose également des démarches volontaires des chaînes rendant plus visibles les orientations prises :
- Rendre publique une charte de déontologie,
- Vérifier que leurs fictions télévisuelles respectent les
critères de la Commission de classification des films,
- Mettre en
place des comités de contacts consultatifs,
- Appliquer une nouvelle
signalétique positive pour les programmes " jeunesse ".
- Ces propositions sont positives. Mes prochains échanges, en
liaison avec le CSA, avec les diffuseurs me permettront de vérifier
qu'ils sont effectivement bien disposés à prendre des mesures en
ce sens. Je compte sur une démarche volontaire des chaînes,
légiférer serait sans doute nier leur sens des
responsabilités.
- En ce qui concerne le service public, je
m'attacherai à ce qu'il continue à se montrer exemplaire. Je note
qu'il a déjà une charte d'antenne, un médiateur, et un
comité des programmes à France 5. A
FranceTélévision, cette réflexion devra s'articuler avec
celle sur la mise en place du " comité consultatif des programmes "
institué par la loi du 1er août 2000 mais qui n'a pas encore
été mis en uvre.
- Les chaînes thématiques
devront à l'évidence faire l'objet d'une réflexion
spécifique, vu leur nombre (150 environ).
D/ Enfin, le rapport propose
un volet éducatif :
- Diffusion d'émissions incitant au
respect d'autrui et au dépassement de la violence
- Des
émissions éducatives de ce type, diffusées en
priorité dans les tranches horaires des programmes pour la jeunesse, en
particulier par les chaînes publiques.
- Un programme
éducatif d'apprentissage de la lecture critique de l'image
élaboré conjointement par des éducateurs et des
réalisateurs
- A l'évidence, le service public, qui propose
déjà des émissions de cette catégorie, doit
continuer à être exemplaire et à constituer une
référence, et ce sur l'ensemble des chaînes du groupe dans
le respect de leurs identités.
- Le rapport Clément
apportera également des recommandations utiles sur d'autres programmes
ou d'autres façons de les agencer qui pourraient encore mieux trouver
leur place sur la télévision publique.
- Je demanderai au
Président de FranceTélévisions de me faire des
propositions très rapidement.
- En ce qui concerne les
chaînes privées, il n'est pas envisageable de leur fixer des
obligations de programmation de ce type de façon réglementaire.
Mais je sais qu'elles entendront ce message et qu'elles sauront répondre
à cette attente, qui est aussi celle de leur public.
2 - Cette démarche d'essence libérale, qui en appelle à la responsabilité éditoriale des chaînes, doit avoir comme complément l'amélioration des possibilités de contrôle et de sanction des infractions par le CSA ou par le juge.
- Je note tout d'abord que la question de la violence fait déjà l'objet d'une attention toute particulière du CSA, conformément à ses missions fixées par la loi, et notamment à travers le suivi du bon respect des conventions. Je tiens à saluer ici l'importance et la qualité du travail du CSA.
A/ Le rapport estime
ainsi, à juste titre, que le CSA doit voir sa capacité à
infliger des amendes aux contrevenants renforcée.
- Pour pouvoir assurer ses missions, le CSA doit pouvoir
prendre des sanctions pécuniaires. Or les règles qui
régissent ses interventions, notamment lorsqu'un manquement est
constitutif d'une infraction pénale comme c'est souvent le cas pour les
questions liées à des programmes violents, limitent aujourd'hui
sa capacité à agir. - Le rapport propose de revoir les pouvoirs
de sanction du CSA. Cette demande rejoint celle que m'avait récemment
faite le président du CSA. Elle me paraît de bon sens. - Nous
étudierons très prochainement au Parlement une disposition
législative en ce sens.
B/ Le rapport préconise également la création d' " une commission d'évaluation de la dérive violente sur les chaînes télévisées et du respect des règles. "
- J'approuve cette excellente recommandation. Elle aurait à l'évidence sa place au sein du CSA, cette décision est cependant du ressort de cette autorité indépendante.
C/ Enfin, le rapport préconise d'aménager l'article de loi L227-24 du code pénal pour en permettre l'utilisation effective.
- Cet article du code pénal condamne toute activité de "
transport, de fabrication ou de diffusion d'un message à
caractère violent ou pornographique de nature à porter gravement
atteinte à la dignité humaine (
) lorsque ce message est
susceptible d'être vu ou perçu par un mineur ".
- Il est
cependant d'application trop complexe et, de ce fait, peu usité. Le
rapport propose d'aménager cet article de loi pour en rendre
l'utilisation plus effective.
- Je me rapprocherai de mon collègue
Garde des Sceaux pour envisager les évolutions possibles.
3 - Si la question de la violence à la télévision concerne l'ensemble de ses programmes, la commission Kriegel a également été amenée à examiner la question spécifique des films de cinéma et à l'interroger sur la classification.
- Travaillant sur la télévision, la Commission Kriegel
devait inévitablement rencontrer le cinéma.
- Le
cinéma se distingue des autres programmes audiovisuels en ce qu'il est
une uvre de création destinée avant tout à
rencontrer le public dans une salle, dans le cadre d'une démarche
volontaire de la part du spectateur.
- Le cinéma est d'ores et
déjà très encadré de façon à
permettre à chaque individu de faire ses choix de façon
éclairée. D'où l'existence d'une commission de
classification des films qui dispose d'outils précis : interdictions aux
moins de 12 ans/ 16 ans/ 18 ans, X, interdiction absolue.
- Je suis
attaché au maintien de cette commission qui doit rester propre au
cinéma pour mieux en respecter la spécificité.
- La
Commission de classification des films doit rester placée auprès
du ministre de la culture et de la communication, qui doit en rester l'arbitre
en cas de contestation. Cette formule a montré son utilité et sa
pondération.
- Le rapport propose cependant des pistes
d'évolution qui me semblent intéressantes. En particulier en ce
qui concerne ses modalités de décision et sa composition.
-
Sur cette question, je souhaite que le directeur général du CNC
engage très rapidement une concertation avec toutes les parties
concernées de façon à me faire des propositions.
La classification des autres programmes que les films de cinéma
- Le rapport insiste, à juste titre, de la différence de
régime existant entre les films projetés en salle de
cinéma et l'ensemble des images auxquelles les enfants et les jeunes
peuvent avoir accès.
- Je suis sensible à la proposition de
la commission de faire évoluer les règles applicables aux
vidéo et DVD proposant des programmes autres que des films sortis en
salle et déjà classifiés, ainsi qu'aux jeux
vidéo.
- Sur cette catégorie d'uvres, la
création d'une Commission spécifique me semble la voie la plus
appropriée.
- Là encore, je souhaite que David Kessler
puisse me remettre un rapport de proposition après avoir consulté
les professionnels concernés.
- Il s'agit là d'un sujet
interministériel (Intérieur, Famille, Education) sur lequel le
gouvernement arrêtera ses décisions sur la base de ces
propositions.