L’enjeu
Pour garder à la culture européenne toute sa place dans la nouvelle
géographie des savoirs, il importe d’assurer la présence
de notre patrimoine et de nos créations sur l’Internet.
Leur diffusion sera efficace à la condition d’être coordonnée
: pour avoir un impact comparable aux grands projets étrangers actuels,
notamment américains, la France et l’Europe doivent se doter
de projets phares, accessibles et fortement visibles à travers de nouveaux
portails de la connaissance dans lesquels les moteurs de recherche permettent
de naviguer aisément. C’est ainsi que sur votre impulsion, Monsieur
le Président de la République, est né le projet de Bibliothèque
numérique européenne. La création d’une telle bibliothèque,
pluriculturelle, plurilingue et représentative de l’identité
européenne, offrira un point d’accès privilégié
aux ressources numériques des pays de l’Union européenne,
au service de tous les citoyens.
A cette fin, le Président de la République a décidé
la constitution, par décret du 13 juillet 2005, d’un comité
de pilotage en vue de la création d’une Bibliothèque numérique
européenne. Associant les directions et les établissements publics
de mon ministère (Livre, Archives, BnF, INA), les départements
ministériels concernés (industrie, enseignement supérieur
et recherche, affaires européennes) ainsi que des experts publics (Conseil
général des Mines, Documentation Française) et privés
(Editis, Thomson, Syndicat National de l’Edition), le comité
s’est déjà réuni à 4 reprises. A l’issue
d’une phase intense de concertation et de réflexion, ayant mobilisé
de nombreux experts, son secrétaire général, Monsieur
Alexandre Moatti, a présenté au comité de pilotage du
11 janvier un Livre blanc ainsi qu’un Rapport
de synthèse. Le projet est entré désormais dans
sa phase opérationnelle.
L’avant-projet français dispose désormais d’orientations
éditoriales, scientifiques et techniques suffisamment précises
pour être proposées à nos partenaires européens,
pour être discutées et enrichis avec eux. Il convient de s’assurer
de l’accord formel des Etats de l’Union qui souhaitent s’associer
à l’initiative française, pour constituer sans tarder
un groupe pionnier, capable de bâtir rapidement les fondations européennes
du projet :
Une bibliothèque des savoirs
Le comité préconise la constitution d’une bibliothèque
numérique pour le grand public : une bibliothèque des savoirs.
Organisée autour d’axes représentatifs de la culture européenne,
elle doit associer, dès la
conception, éditeurs et ayant-droits dans le respect des droits en
vigueur. Cette bibliothèque sera centrée sur l’imprimé,
mais pourra accueillir ultérieurement d’autres médias.
Gage d’efficacité et de visibilité, les fonctions de recherche,
d’affichage et d’hébergement des données seront
confiées à un portail Internet unique. Gage de sécurité
et de souplesse les fonctions de production et d’archivage des données
numériques seront du ressort de chacun des partenaires.
L’apport français à cette bibliothèque numérique
pourrait représenter de 300 000 à 400 000 documents.
Les contenus proposés par la France agrègeront de nouvelles
collections numériques, mais aussi la Bibliothèque numérique
de la BnF, Gallica, sous réserve que ces contenus soient modernisés
et évoluent en 2006 afin d’être conformes aux standards
de visualisation et d’indexation retenus. Le budget nécessaire
à cette opération sera évalué et dégagé.
Deux maquettes ont été présentées au comité
de pilotage afin d’illustrer les principales options techniques envisagées
: mode texte et image combinés, affichage en surbrillance des résultats
des recherches. Afin d’éprouver ces solutions techniques sur
une base de contenus plus large, le développement d’un prototype
est en cours. Une dotation spécifique de 400 000 euros a été
réservée par mon département ministériel à
cette fin.
Un projet de dimension européenne
Il convient de s’assurer plus avant de la volonté et des capacités
financières et techniques de nos partenaires européens. A cette
fin, j’ai demandé aux membres du comité de pilotage de
chercher à associer des partenaires européens dans leur domaine,
et j’ai en particulier demandé à M. Jean-Noël Jeanneney,
président de la Bibliothèque nationale de France et vice-président
du comité de pilotage d’identifier, de fédérer
et de mobiliser les bibliothèques nationales européennes candidates.
Par ailleurs, la France a proposé le 20 janvier une réponse
à l’appel à idées de la Commission européenne
sur les bibliothèques numériques.
Cette réponse met en valeur les avantages intellectuels et économiques
du projet de Bibliothèque numérique européenne, progrès
considérable par rapport aux simples programmes de coordination des
initiatives nationales ou locales, jusqu’ici privilégiés
par la Commission européenne dans le cadre du 7e PCRD.
Une bibliothèque numérique européenne devra bénéficier
du soutien financier des Etats membres et de la Commission européenne.
Si la majorité des oeuvres proposées doivent être de nature
patrimoniale et refléter les valeurs et l’identité européennes,
cette bibliothèque doit pouvoir diffuser en accord avec les ayants-droit
également des oeuvres récentes, sous droits, dont le grand public,
en particulier les jeunes
générations, est fortement demandeur.
Développer un modèle économique reposant sur le partenariat
public-privé
Dans cette perspective, j’ai demandé au secrétariat général
d’étudier les conditions de la mise en place d’une structure
réunissant des acteurs et des financements publics et privés
afin de servir de socle français au projet de Bibliothèque numérique
européenne. Il devra en particulier réfléchir à
la faisabilité et au fonctionnement d’une plate-forme de consultation
de documents sous droits garantissant la juste rétribution des ayants-droit.
Je tiens ici à remercier le Syndicat national de l’édition
d’avoir accepté que l’un de ses représentants rejoigne
le secrétariat général du comité.
Ainsi la bibliothèque numérique européenne constitue-t-elle
aussi un espace de coopération technique, juridique et financière
entre le privé et le public. Elle constitue aussi une opportunité
économique pour les éditeurs auxquels elle offre la chance de
participer collectivement à la conception d’un nouvel outil de
diffusion et d’intégration à l’Internet.
La constitution d’une bibliothèque numérique européenne
représente ainsi un enjeu technologique et industriel pour l’Europe
: il importe de définir de nouveaux modes de production et de nouveaux
outils à la fois innovants, fiables et économiquement rentables.
C’est un défi pour l’industrie européenne. L’engagement
dans le comité de pilotage d’entreprises comme Thomson, par ailleurs
partenaire du programme franco-allemand de moteur de recherche Quaero, est
dans cette optique à la fois une nécessité et un gage
de réussite.
Actions 2006
Sur le chemin d’une Bibliothèque numérique européenne,
tous les obstacles ne sont pas levés mais une véritable dynamique
est lancée et une première étape franchie. La France
et l’Europe peuvent s’appuyer sur des acquis solides comme les
savoir-faire de grands groupes industriels ou éditoriaux et l’expérience
de la Bibliothèque nationale de France et de sa bibliothèque
numérique Gallica.
Quatre actions ont été décidées pour 2006 :
- la conversion de 70 à 80% de la bibliothèque numérique
Gallica en mode texte en 2006 et la mise à l’étude de
procédés industriels de numérisation de masse,
- la mise en place d’une structure public-privé associant les
éditeurs,
- le développement d’une plate-forme diffusant des contenus à
la fois sous droits et patrimoniaux, en vue d’une ouverture d’un
service au grand public courant 2006,
- le portage européen du projet, au niveau des Etats-membres et de
la Commission comme au niveau de l’ensemble des opérateurs potentiels
(archives, bibliothèques, éditeurs).
C’est en conjuguant toutes ces compétences que la France parviendra, avec l’aide de ses partenaires européens, à jouer pleinement son rôle pour donner au savoir, aux créateurs et à la culture de l’Europe la place qui est la leur au sein de la société de l’information. La question des financements, en particulier est au coeur de ce projet mais la richesse des contenus permet aux européens, à condition qu’ils se coordonnent et restent unis, une vraie possibilité de négociation dans la course au contenus de qualité que nous connaissons sur les réseaux.