Allocution de Catherine Trautmann,
pour la remise de décorations à Fête de l'Internet
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de Catherine Trautmann, pour la remise de décorations à Fête de l'Internet Cité des Sciences et de l'Industrie Vendredi 17 mars 2000 |
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Mesdames, messieurs, chers amis, J'ai le plaisir de vous accueillir pour cette troisième édition de la Fête de l'Internet. Comme l'année dernière, la Cité des Sciences et de l'Industrie nous reçoit, et j'en remercie notre hôte, Monsieur DEMAZURE. Cette année nous avons choisi - partenaires publics et privés de la fête - de centrer cette manifestation sur la place d'internet dans la vie quotidienne. Les visiteurs pourront, en parcourant les différents espaces thématiques, en participant aussi aux démonstrations et aux forums, qui sont beaucoup plus nombreux que l'année dernière, mesurer l'avancée de l'internet dans la vie de chacun, dans la vie de tous les jours. Ils constateront que l'internet- c'est la grande différence avec la situation que nous connaissions l'année dernière- s'étend aujourd'hui à tous les domaines de la vie quotidienne: le commerce électronique, les services publics plus accessibles, la recherche d'un emploi, l'accès aux contenus, les nouveaux médias, et, bien sur, la possibilité de s'exprimer et de communiquer. Je constate, avec une certaine fierté, que les contenus culturels prennent toute leur place dans ce développement. L'an passé, nous évoquions les réalisations du Louvre. Sans nul doute, l'événement cette année sera la montée en puissance de Gallica, la B.N.F en ligne, qui propose déjà 35 000 titres et va bientôt en proposer 50 000. Déjà les lecteurs en ligne de la bibliothèque téléchargent l'équivalent de mille ouvrages par jour. Il faut insister sur le rôle d'un tel service. Les personnes qui ne peuvent pas fréquenter la bibliothèque, pour des raisons médicales, ou d'éloignement, ont accès à cette collection numérique et peuvent obtenir un livre en quelques minutes. Les enseignants, les universitaires peuvent travailler sur ces ouvrages de référence dont un grand nombre ne sont plus disponibles ; le service est gratuit, et les livres sont libres de droit. Et ils peuvent être communiqués autant qu'il est nécessaire sans dégrader l'original. Bien sûr, la bibliothèque numérique ne se substitue pas à la bibliothèque traditionnelle. Mais nous avons là un exemple de ce que peut proposer le service public de la culture - et, ici, nous sommes plutôt en avance - en même temps qu'une illustration du rôle extraordinaire de l'internet pour la culture. La question des contenus de l'internet prend une place grandissante. Il était souhaitable que l'état puisse intervenir plus activement pour soutenir cette production de contenus. Il nous est apparu en effet que, si de nombreuses sociétés proposant des services sur l'internet pouvaient trouver différentes sources de financement, le secteur de l'édition de contenus avait plus de difficultés à en bénéficier. Le Centre National du Cinéma consacrera cette année 50 MF à ce soutien aux contenus en ligne. Les premières aides seront attribuées avant l'été. Le ministère mettra sur pied d'autre part un système de guichet unique, avec un financement renforcé, pour les aides à la création. Dans la société de l'information, le rôle des artistes, des créateurs est central. Non seulement parce qu'ils créent les formes nouvelles qu'appelle le développement du média internet, mais aussi parce que leur pratique interroge en profondeur les logiques qui structurent les technologies de l'information. Il ne s'agit pas de préconiser une approche utilitariste. La technique est d'abord un moyen au service de la création, mais la créativité est aussi un des moteurs de la recherche technologique. Nous accueillerons d'ailleurs, pendant la période de la Présidence française de l'Union Européenne, la Conférence mondiale d'ISEA 2000, qui sera la principale manifestation mondiale sur l'art et les technologies de l'information. Qu'il s'agisse du domaine culturel, ou des autres domaines de l'internet, tous les pays - y compris les Etats Unis- sont confrontés au même risque, d'une société de l'information à deux vitesses, d'une inégalité d'accès à l'internet, inégalité à la fois sociale et culturelle. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le fossé de l'internet (le " gap "). Nous devons maîtriser ce risque parce qu'il pourrait demain créer deux catégories de citoyens. En effet l'internet citoyen, c'est la possibilité de s'informer, de s'exprimer librement, de participer à ce grand forum qu'est l'internet, de bénéficier de ces nouvelles relations entre les pouvoirs publics et les citoyens. Il doit donc y avoir une égalité d'accès à l'internet citoyen. Cette exigence de démocratisation de l'internet est au centre de l'action gouvernementale pour la société de l'information. Elle est aussi à l'origine de l'initiative de la Fête de l'Internet. C'est une orientation que nous partageons avec nos partenaires de l'Association pour la Fête de l'Internet, que je salue. C'est pourquoi j'accorde une grande importance au réseau des espaces culture multimédia. J'étais tout à l'heure à la Maison des Arts de Créteil. Je serai demain à la Maison de l'image de Strasbourg. Ce sont deux exemples de ce réseau des espaces culture multimédia que nous avons lancé en 1998. On en compte aujourd'hui près de cent cinquante et nous passerons à 200 à la fin de l'année. Ce sont des lieux où le grand public peut se former à l'internet, au multimédia, dans une perspective culturelle, c'est-à-dire avec la volonté d'assimiler les technologies de l'information comme nouveaux moyens de lire, d'écrire, de s'exprimer. Mais il faut bien reconnaître que le risque de fossé n'existe pas seulement entre ceux qui sont déjà des internautes et ceux qui voudraient le devenir. Il existe aussi à l'intérieur même de l'internet. Vous savez que des affaires récentes ont opposé, sur la question du nommage des sites, des associations d'artistes et certaines sociétés. Il ne m'appartient pas de commenter les affaires en cours, mais je voudrais dire aux artistes, aux créateurs, et aussi à tous ceux qui s'expriment sur le web, professionnellement, ou à titre personnel, qu'ils me trouveront à leur côté pour défendre ce principe d'égalité sur l'internet, pour défendre leur travail et le respect de ce travail. Je l'ai d'ailleurs indiqué à Christian PAUL, député de la Nièvre, qui a reçu mission du premier ministre pour explorer l'idée d'un organisme, d'un lieu pour la corégulation. L'internet est un espace public- ce n'est pas seulement une suite d'espaces privés- et les internautes, comme citoyens, doivent être associés aux décisions, où qu'elles se prennent, qui peuvent contribuer à l'organisation de cet espace public. Ce ne sera pas facile, mais il faut utiliser les moyens du réseau et c'est une condition de base pour un développement satisfaisant de la société de l'information. Nous sommes ici pour échanger des points de vue, et pour passer, j'en suis sûre, une bonne soirée. Je ne veux donc pas prolonger ce tableau de l'internet. Je vous dis simplement- à vous qui, à des titres très divers, êtes des acteurs significatifs de l'internet français -, ma détermination à vous accompagner, et mon grand plaisir de passer cette soirée avec vous. Je vais maintenant distinguer cinq personnalités qui ont été ou qui sont des pionniers du développement de l'internet dans notre pays |
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Isabelle Aveline, Chevalier des arts et lettres Vous êtes une littéraire, vous avez fait des études de lettres et de philosophie. Vous êtes une professionnelle de l'écrit. Vous avez reçu la formation et exercé les métiers de libraire et de journaliste. Et au début des années 1990, vous découvrez le multimédia. Vous suivez en 1996 le mastère multimédia de l'ENSCI et du Royal College of Arts et la même année vous lancez Zazieweb. Zazieweb sera un des sites pionniers de l'internet francophone. C'est à la fois un annuaire des sites littéraires en français, avec plus de dix mille liens, un journal d'actualité et de critique littéraires, un forum de discussions. C'est un site communautaire ouvert à tous les francophones qui partagent la passion de la lecture. Mais pour les internautes, Zazieweb c'est Isabelle Aveline. Et vous êtes devenue une des personnalités connues de l'internet culturel français. La cohérence de votre démarche, votre opiniâtreté sont, je crois, en train de porter leurs fruits. Je m'en réjouis pour vous et je suis persuadée que vous saurez donner une extension nouvelle à vos entreprises. |
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Hervé Le Crosnier, Chevalier des arts et lettres Vous avez été enseignant de mathématiques, conservateur de bibliothèque. Vous êtes aujourd'hui maître de conférences au Département d'Informatique de l'Université de Caen, où vous avez créé, il y a deux ans, le DESS " Nouvelles applications Internet ". Vous avez d'abord été connu comme un de nos meilleurs experts en matière d'informatisation des bibliothèques. Après une thèse qui portait sur les " anté-serveurs intelligents " vous avez consacré de nombreuses publications à l'édition et aux bibliothèques électroniques et poursuivez vos travaux de recherche en sciences de l'information et de la communication. Vous étiez déjà un membre actif des réseaux scientifiques en ligne. C'est tout naturellement que vous êtes devenu un des pionniers de l'Internet français, d'abord dans le monde universitaire et celui des bibliothèques. En 1993, vous créez la liste de diffusion BIBLIO-FR, dont vous êtes toujours le modérateur et qui comprend aujourd'hui plus de 2000 abonnés, c'est-à-dire à peu près autant qu'il y a de bibliothèques. La contribution bénévole de BIBLIO-FR au développement de l'internet dans les bibliothèques est considérable. Et c'est à partir d'exemples comme le vôtre que je me suis forgée une certaine conception de la manière dont l'internet pourrait progresser dans le service public de la culture. Vos interventions dans BIBLIO-FR, notamment, ou comme membre du Conseil d'Administration du Chapitre français de l'Internet society, portent sur l'ensemble des questions qui intéressent le développement de l'internet. Vous n'êtes pas un tiède mais un homme de conviction. Cette compétence et cette conviction ont fait de vous une des personnalités dont les positions font référence dans les débats de cet internet citoyen que j'évoquais tout à l'heure. |
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Maurice Benayoun, Chevalier des arts et lettres Vous vous définissez vous-même comme artiste plasticien et explorateur multimédia. Et donner une image plus concrète à ces deux figures, c'est d'abord rendre compte d'une fécondité, d'une alacrité tout à fait exceptionnelles. Vous commencez par écrire et réaliser des films sur l'art, c'est-à-dire sur d'autres artistes : Tinguely, Lavier, Alberola, Sol Lewitt. En 1987, vous participez à la fondation de Z.A Production, qui est devenu l'un des studios les plus créatifs en images de synthèse. Mais ZA Production va aussi être la base arrière de vos propres recherches personnelles, de cette exploration du monde de l'image numérique, de l'interactivité, et du réseau jalonnée de nombreuses créations. Depuis 94, vous vous consacrez à la création d'installations en réalité virtuelle et de dispositifs interactifs sur l'internet. Je cite quelques titres de réalisations : " Dieu est il plat ? " montré à la Biennale Artifices, " Le tunnel sous l'atlantique " présenté à Beaubourg et Montréal, le Tunnel Paris-New Delhi, créé ici à la Villette, " World Skin ", qui obtient le grand prix d'Ars Electronica, en 98. Parallèlement à votre activité artistique, vous avez conçu plusieurs interfaces de navigation, en particulier Hypercube, qui a été adapté pour France Télécom sous la forme d'un guide de programme interactif. Agrégé d'Arts Plastiques, vous enseignez depuis 1984 la vidéo de création et les nouvelles images à l'Université de Paris I. Pour conclure ce tableau très incomplet - c'est presqu'une annonce puisque nous venons de l'apprendre - vous avez remporté avec Jean Nouvel l'appel d'offre de la RATP pour la création d'une station de métro interactive, d'un lieu public organisé autour de l'internet et de la création multimédia. Ce sera donc la future station Franklin Roosevelt. Cette évocation de vos travaux me permet d'indiquer ici que je mesure pleinement à quel point les oeuvres virtuelles, celles d'entre elles en particulier qui ne sont pas sur l'internet, ont besoin de disposer d'espaces d'exposition qui leur soient adaptés et qui traduisent une reconnaissance pleine et entière de ces nouvelles formes artistiques. |
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Anne-Marie Duguet, Officier des arts et lettres Professeur à l'UFR d'Arts plastiques et Sciences de l'art, de l'Université de Paris I, vous y donnez un enseignement sur l'art et les nouveaux médias. Vous dirigez le Centre de Recherche d'Esthétique du Cinéma et des Arts Audiovisuels. Vous avez été commissaires de l'exposition " Jean Christophe Averty ", en 1991, et de l'exposition " Thierry Kuntzel " à la Galerie du Jeu de Paume en 1993. Vous êtes aussi commissaire de la Biennale " Artifices " consacrée aux oeuvres multimédia. Vous dirigez " anarchive ", la nouvelle collection de CD-Roms et DVDRoms sur l'art contemporain éditée par le Centre Pompidou. Parmi les ouvrages que vous avez publiés, je citerais les livres sur " Jean Christophe Averty ", " les Paysages virtuels ", et la monographie sur " Jeffrey Shaw. From expanded Cinema to Virtual Reality ", publiée par le ZKM. Ce sous titre " du cinéma amplifié à la réalité virtuelle " définit assez bien le champ de vos recherches : développer une esthétique, une théorie de l'art qui, informée des démarches artistiques les plus contemporaines, et de la culture du cinéma, ose se mesurer à ces nouvelles " manières de faire des mondes ", selon l'expression de Nelson Goodman, que sont l'image numérique, le multimédia, l'uvre en réseau, la réalité virtuelle. Le développement du multimédia en ligne, la distribution d'oeuvres audiovisuelles sur le réseau, le rôle des interfaces virtuelles, autant d'éléments qui donnent à penser que nous allons connaître un nouveau langage, une nouvelle grammaire des images. Dans de nombreux pays, les arts visuels occupent une place d'importance au plus près de la recherche technologique. Mais ces expérimentations ont besoin d'être mises en perspectives, d'être formalisées, ne serait ce que pour en assurer la transmission ; bref, elles appellent un travail théorique. C'est précisément la contribution que vous apportez avec l'équipe du Centre d'Esthétique du Cinéma et des Arts visuels. |
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Jean-Pierre Balpe, Officier des arts et lettres Poète, vous avez publié plusieurs recueils, dont " Bleus ", " Le silence ", et de nombreux poèmes dans des revues, en particulier " Action poétique ", dont vous êtes le Secrétaire général depuis de longues années. C'est la poésie qui vous a conduit à la machine littérature, selon la formule d'Italo Calvino. Vous êtes un des co-fondateurs de l'ALAMO, Atelier de littérature assistée par la mathématique et les ordinateurs. Votre nom est associé, même s'il ne s'agit que d'une partie de vos travaux, à la génération automatique des textes. Vous êtes vous-même un générateur de générateurs, puisque vous avez créé des logiciels pour générer des paragraphes de fiction, des poèmes, des logiciels d'écriture automatique et interactive, et, récemment des générateurs littéraires pour internet. Depuis l'exposition " les immatériaux " à Beaubourg en 1985 et le logiciel " Roman ", vous apportez une contribution importante au développement des technologies du texte. Professeur à l'Université Paris VIII, vous y dirigez le département Hypermédia, le laboratoire Paragraphe, et les rencontres " hypertextes- hypermédias ". Paris VIII est un des pôles les plus avancés de la recherche dans ce secteur. Les internautes savent le rôle important des notions d'hypertexte et d'hypermédia dans la constitution et le développement du web. Vous réutilisez cette maîtrise technique dans des oeuvres comme le roman " La toile ", qui a obtenu en 1999 le grand prix multimédia de la Société des gens de lettres, ou dans les " Poëmes du poète aveugle ". Récemment, vous vous êtes tourné vers d'autres disciplines, en coopérant avec l'IRCAM, et en participant à l'opéra numérique Barbe bleue. Vous avez élargi le champ de vos recherches à une réflexion sur l'esthétique numérique qui vous conduit à être un des organisateurs d'ISEA 2000. J'ai un certain plaisir à vous remettre une distinction dont le titre semble avoir été choisi pour vous : les arts et lettres. Les lettres parce que vous êtes à la fois un poète et un spécialiste des textes, donc un lettré au sens plein du terme. Les arts, parce que rien ne sépare chez vous l'art-création de l'art-technè, de la technologie. |
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