Beverly PEPPER Beverly PEPPER
© Ricardo Morelli


" Ce qui constitue mes sculptures - et ce dont elles parlent, avant tout - c'est la temporalité. Le temps qui s'avance est désir ; passé, il devient mémoire. Entre ces deux moments, seule demeure une position essentielle : l'attente. Les sentinelles - chacune de mes sculptures est une forme de sentinelle - attendent. Le mot anglais lui-même vient du vieux français sentire : sentir, entendre, écouter, percevoir. Une sentinelle fait le guet, elle veille et attend. Quoi, précisément ? Toute forme d'existence qui se présenterait à elle - un regard, une ombre, un reflet, un mouvement de la lumière, une longueur d'ondes. Elle attend l'apparition de quelque chose qui n'est pas elle. Elle attend la preuve de son altérité : l'autre, l'interprétation de l'autre, la sensation de son approche. Et que se manifeste, par cette présence, une autre vision d'elle-même.

De même que dans Agamemnon, la sentinelle d'Eschyle attendit plus de dix ans sur le toit, offert à la fatalité de forces inconnues - celle des dieux, peut-être - ce feu de joie qui, né des flammes de la chute de Troie, embraserait le Péloponnèse et annoncerait, non seulement la fin d'une guerre épique, mais de façon plus cruciale encore l'assaut inévitable du destin, et la transformation tout aussi inévitable du châtiment tribal en avènement de la culture et du droit - ces sentinelles attendent, à la fin du siècle le plus barbare de ce millénaire, un enseignement, qu'il vienne du ciel ou bien de celui qui les contemple, avec le regard du coeur et de l'esprit.

Tandis que dans ces Jardins, en présence de leur gravité silencieuse, vous côtoyez leur force brute et leur matérialité (fer, acier, bois, pierre), ces sentinelles attendent une interprétation humaine - le coeur, la sensibilité et la force d'une transformation spirituelle que seul l'être humain est capable de leur donner. "

Beverly PEPPER


installation d'une sculpture
l'artiste et madame la ministre
sculpture: Cleopatra's wedge
Installation et inauguration de l'exposition dans les jardins du Palais Royal en présence de Madame Catherine Trautmann.
© Dominique Arriumeres. ©Atelier Internet

Biographie

Beverly Pepper est une sculpteur d'origine américaine, née à new York en 1922, dans une famille de la classe moyenne.

En 1941, à 19 ans, Beverly Pepper sort diplômée du Pratt Institute, à Brooklyn, une école de design, et devient directeur artistique d'une agence de publicité de New York.

Aux termes d'une analyse décisive, elle abandonne son métier, divorce de son mari et s'embarque pour la France où elle va étudier la peinture auprès de d'André Lhote et Fernand Léger.

Son inspiration est fréquemment mue par des improvisations solitaires, elle affirme elle-même " J'ignorais ce qu'on était censé faire et ne pas faire. Je n'ai jamais connu ni règles ni règlements. C'est sans doute aussi bien ".

Elle rencontre son futur mari, Curtis Bill Pepper, à Rome, en 1949. Ils s'installeront plus tard avec leurs deux enfants dans le Trastevere, l'ancien centre de Rome.
L'artiste expose ses peintures pour la première fois, à Rome, en 1952.

Elle travaille également le bois après une visite à Angkor Vat, au Cambodge. Un voyage réalisé en 1960 et qui sera décisif pour sa carrière de sculpteur.

En 1962, elle crée une vingtaine de sculptures, rubans d'acier tout en boucles aériennes qui seront présentées à la Thibaut Gallery, à New York.
Une sculpture de six mètres d'acier vertical est destinée à être exposée dans la ville de Spolète, pendant le festival des Deux Mondes. C'est le début de son oeuvre monumentale. " Je crois que l'acceptation de cette forme d'art du plein air, conçue pour des espaces autres que le musée, commença avec cette exposition. "

En 1965, année où l'artiste rejoint la Marlborough Gallery, elle réalise la sculpture " Hommage to Piet " pour un bâtiment de l'architecte William Lescaze, aux Etats-Unis. Cette période est également celle de l'utilisation du Cor-ten, une qualité d'acier qui a la particularité de s'oxyder lentement sous le soleil.

En 1972, Beverly Pepper et son mari quittent Rome pour l'Ombrie.

Elle se met à créer de plus en plus pour les espaces libres. " Je voulais être libre de travailler dans la nature, qui appartient à tous, plutôt que pour une élite d'initiés cultivés. "

Les années 70 sont pour elle une période de réflexion sur la géométrie des formes et leur insertion dans l'environnement. De nombreux projets paysagers sont réalisés au titre de commandes privées ou publiques. L'un des premiers est le " Dallas Land Canal and Hillside " (1971-72), long arrangement de pyramides de métal enracinées dans un sol herbeux, suivi en 1974-75 par " Amphisculture ", commande d'AT&T pour son bâtiment de Bedminster, dans le New Jersey.

Beverly Pepper a également travaillé la céramique et le fer forgé. Notamment, auprès de l'entreprise de machines agricoles John Deere, installée à Moline, dans l'Illinois. Elle a ainsi accès aux dernières technologies. Dès 1981, elle entreprend la production de sculptures appelées " Moline Markers ". Elles sont réalisées dans une qualité de fer malléable aussi résistante que l'acier et imperméable aux intempéries.

En 1987, Beverly Pepper travaille à l'étude d'un projet d'environnement pour la Fattoria di Celle, en Toscane.

En 1992 et 1994, deux sculptures-environnements réalisées à Barcelone : " Sol i ombra " et Zurich : " Palingenesis " symbolisent d'une certaine façon l'autobiographie de son oeuvre.

" On apprend toujours. Je n'essaye pas de faire de grandes déclarations. J'essaye simplement de pratiquer mon art de mon mieux. "


- Allocution de Mme Catherine Trautmann -
- Magdalena Abakanowicz -
- Beverly Pepper -
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