Cette mission se déroule, comme prévu, en deux étapes.
Pendant une première phase, les rapporteurs ont reçu l’ensemble
des acteurs concernés (créateurs, producteurs, auteurs, diffuseurs,
distributeurs et fournisseurs d’accès à Internet). A partir
de la quarantaine d’auditions qu’ils ont réalisées,
les rapporteurs ont établi un état des lieux et ils ont identifié
des pistes pour l’avenir.
Les constats
- Les deux rapporteurs notent que les ressources pour la création audiovisuelle
connaissent une croissance limitée. Les recettes publicitaires des
chaînes privées et publiques croissent faiblement et les moyens
alloués au groupe public, s’ils augmenteront de 3% en moyenne
sur la durée du contrat d’objectifs
et de moyens, ne pourront pas aller au-delà sans repenser son mode
de financement dans les prochaines années.
- Ils relèvent la forte hausse des investissements des chaînes
historiques dans les oeuvres audiovisuelles entre 2000 et 2006 : + 38% (790
millions d’euros en 2006 contre 574 millions d’euros en 2000).
C’est l’effet positif de la réglementation et il n’est
pas question de remettre en cause le financement de la création audiovisuelle
française pour lequel l’Etat a fourni un effort considérable
ces dernières années (création du crédit d’impôt
audiovisuel et développement des fonds Etat/régions).
- Concernant l’objectif de circulation des oeuvres, qui était
recherché par le législateur en 2000 mais aussi par les décrets
Tasca, il n’est pas atteint et on ne peut que le déplorer. Le
Conseil supérieur de l’audiovisuel a mis en évidence que
seulement 40% des fictions diffusées sur les antennes des chaînes
privées qui les ont commandées ont eu accès à
un second marché sur le territoire national. Les nouveaux entrants
d’Internet souhaiteraient aussi pouvoir acquérir les droits VOD
d’oeuvres audiovisuelles françaises. Or ils ont actuellement
les plus grandes difficultés à le faire. Cette difficulté
se fait au détriment de la création française car l’acquisition
de droits VOD est essentiellement réalisée pour des oeuvres
étrangères, notamment américaines.
L’objectif de meilleure circulation des oeuvres se heurte à la
revendication d’exclusivités des chaînes. Avec le développement
de la TNT, ce mouvement tend à se renforcer. Il faut donc permettre
aux chaînes d’avoir un intérêt à ce que les
oeuvres circulent.
Les pistes de travail
Christine Albanel souhaite aujourd’hui que s’engage la seconde
phase de la mission de David Kessler et de Dominique Richard : il est essentiel
que tous les acteurs impliqués, auteurs, producteurs, distributeurs
et diffuseurs, se mettent autour de la table pour négocier ensemble
la modernisation de notre système de financement de la création
audiovisuelle française. Il faut redonner de la vigueur à l’ensemble
de la filière pour qu’elle puisse concurrencer à armes
égales les productions américaines en développant de
nouveaux formats, de nouvelles méthodes de travail pour les scénaristes
et améliorer la formation des auteurs.
Plusieurs orientations sont suggérées
- Quels seraient les avantages de recentrer les obligations des chaînes
sur les oeuvres patrimoniales (fictions, documentaires, animation) ? Cette
piste doit faire l’objet d’une discussion approfondie entre tous
les acteurs concernés pour établir le niveau optimal d’obligation
avec l’objectif de maintenir le socle de financement de la production.
- Quels seraient les bénéfices d’une évolution
de la réglementation tendant à lier le niveau d’investissement
des chaînes avec la durée des droits, la circulation des oeuvres
à l’intérieur d’un même groupe et l’intéressement
des chaînes sur différents supports afin de développer
le second marché ? Une chaîne qui investirait à un niveau
élevé aurait davantage de droits, tandis que si elle investit
à un faible niveau elle aurait moins de droits.
- Enfin, les rapporteurs souhaitent explorer la possibilité d’un
régime d’options pour les obligations des chaînes, comme
cela existe d’ailleurs déjà. Ceci permettrait de favoriser
la diversité éditoriale des chaînes à travers un
régime d’obligations différenciées mais respectant
l’égalité de traitement.
La ministre souhaite amener auteurs, producteurs et diffuseurs audiovisuels
à entrer dans la logique qui prévaut depuis longtemps dans le
domaine du cinéma, celle d’accords interprofessionnels qui servent
de base à la réglementation, avec pour objectif de conclure
ces négociations début 2008.
L’ensemble de ces propositions doivent se placer dans la perspective
d’un paysage audiovisuel tout numérique en 2011, lorsqu’il
n’y aura plus que des groupes de chaînes et non des diffuseurs
isolés comme c’était le cas en 2001. Il est indispensable
d’anticiper le nouveau modèle économique qui va s’imposer
à tous très vite, faute de quoi c’est l’ensemble
du secteur qui serait en péril et la diversité culturelle menacée.