Discours et communiqués de presse


"L’Adoration du veau" de Francis Picabia entre dans
la collection du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou

vendredi 21 septembre 2007

Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, et Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, présenteront lundi 24 septembre 2007 à 9h00 au Centre Georges Pompidou, un chef d’oeuvre de Francis Picabia : l’Adoration du veau, acquis par l’Etat grâce au mécénat et au Fonds du patrimoine, pour le Centre national d'art et de culture Georges Pompidou.

L’acquisition aux Etats-Unis, auprès d’un collectionneur privé, a pu être financée grâce au Fonds du patrimoine, grâce au mécénat de la Clarence Westbury Foundation créée par Jacques Boissonnas, et grâce à un don de la société des amis du Musée national d’art moderne présidée par François Trêves.
Francis Picabia (1879-1953), dont l’oeuvre traverse toute l’histoire de l’art de la première partie du XXe siècle (impressionnisme, cubisme, dadaïsme, surréalisme, abstraction...) a réalisé cette toile aux débuts des années 40.

La source de l’Adoration du veau provient de Paris magazine (numéro de juin 1938). Il s’agit d’une reproduction d’un collage de l’artiste allemand Erwin Blumenfeld de 1937 quiparaît à un mois d’intervalle dans deux revues parisiennes. Une première fois, en mai, il est reproduit dans L’Amour de l’art (n°5) sous le titre Minotaure. Un mois plus tard, dans Paris Magazine, il a pour titre "Surréalisme". C’est au collage de 1937 que Picabia emprunte son cadrage à mi-corps et sa monumentalité.

Certains éléments de la composition de l’Adoration du veau présentent des parentés avec le premier état du collage d’Erwin Blumenfeld. Dans sa version de 1936, intitulée Autoportrait avec un masque (collection du Centre Georges Pompidou), des mains soutiennent de part et d’autre la tête de l’animal. Dans la peinture de Picabia, ces mains sont réinterprétées, démultipliées pour devenir les bras tendus qui ressemblent à des saluts fascistes. La nature antifasciste du collage de Blumenfeld ne fait aucun doute (l’oeuvre apparaît également sous le titre Le Dictateur). Depuis l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne, le photographe a multiplié les oeuvres dénonçant la nature barbare, violente du nouveau régime. L’Adoration du veau de Picabia transpose la virulence politique du dadaïsme allemand dans le contexte de l’actualité française des années quarante.

Les titres sous lesquels paraît le collage de Blumenfeld en 1938 ne pouvaient qu’ajouter à son intérêt pour Picabia. Associé au surréalisme, le tableau devient un nouveau commentaire ironique de Picabia qui, avec lui, moque le Minotaure sous l’égide duquel André Breton a placé son mouvement depuis 1933. Depuis 1922, date du tournant que Breton imprime au dadaïsme parisien, Picabia n’a eu de cesse de railler un surréalisme dans lequel il voit une trahison de Dada, opérée sous l’égide du « dictateur » Breton.

La collection du Centre Georges Pompidou comporte aujourd’hui 42 oeuvres de Francis Picabia dont 22 peintures réalisées entre 1904 (Effet de soleil sur le Loing, achat de l’Etat en 1905) et 1949 (Les points, achat du Centre Georges Pompidou en 1989) qui reflètent toutes les étapes de son oeuvre : début impressionniste, cubisme, dadaïsme, surréalisme, pseudoréalisme photographique et abstraction.
La dernière oeuvre entrée dans les collections (avant l’Adoration du veau) est Femme au bulldog (1941-1942) acquise en 2002.