Christine Albanel, ministre de la Culture
et de la Communication, tient à souligner son attachement à
la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre, garant de la diversité
de la production et de la diffusion éditoriales. Elle rappelle que
cette initiative, loin d’être dépassée, ne cesse
de faire école : à ce jour, près de la moitié
des pays européens ont mis en place un dispositif équivalent,
soit par voie législative, soit par le biais d'accords interprofessionnels.
Le Mexique a adopté une mesure similaire il y a seulement quelques
semaines.
En France, cette loi a permis le développement d’un réseau
de diffusion particulièrement dense, dans lequel la librairie indépendante
a su conserver toute sa place. C'est ainsi que l'ensemble des circuits de
diffusion du livre (librairies indépendantes, grandes surfaces, grande
distribution, sites de vente en ligne...) proposent 600.000 titres disponibles
dont environ 60.000 nouveautés chaque année, et assurent la
vente de plus de 460 millions de livres par an.
Cette loi n’a aucun caractère inflationniste. Pendant de nombreuses
années, l’évolution du prix du livre a suivi celle de
l’indice général des prix à la consommation ; ces
dernières années, elle a même été inférieure.
Avec un prix de vente moyen autour de 10 euros et des catalogues de poche
très riches, le livre reste très abordable.
C'est pourquoi la loi sur le prix unique du livre demeure un des piliers de
la politique du livre.
En témoigne le plan pour le livre récemment adopté par
le Gouvernement : ses principales mesures en faveur de la librairie (dispositif
de labellisation, allégement de la fiscalité, création
d'un fonds de soutien à la transmission, augmentation des capacités
de soutien direct du Centre national du livre) reposent sur la conviction
que le maintien et le développement d'un réseau indépendant
de librairies constituent le meilleur moyen de donner à chaque livre
une chance de rencontrer son public, et d'offrir aux lecteurs un accès
à l'ensemble de la création littéraire, qu'il s'agisse
des nouveautés ou des livres de fonds.
Dans le cadre de l'examen par le Parlement du projet de loi sur la modernisation
de l'économie, deux amendements viennent d'être déposés.
En visant à réduire de deux ans à six mois le délai
à respecter avant de solder les livres, ces amendements remettent en
cause une disposition particulièrement importante de la loi. Une telle
mesure aurait des effets très négatifs sur la diversité
éditoriale, en favorisant les bestsellers au détriment des productions
plus confidentielles. Elle fragiliserait également les librairies indépendantes,
qui réalisent, d’après certaines études, plus de
la moitié de leurs ventes sur des livres de plus d’un an. Elle
aurait enfin pour conséquence, à terme, de faire monter le prix
moyen du livre, en obligeant les éditeurs à augmenter leur prix
initial.
Dès le dépôt de ces amendements, Christine Albanel avait
pris l’attache de la commission des affaires économiques de l’Assemblée
nationale. Elle tient à saluer l'attitude de la commission qui a donné
un avis défavorable à ces amendements. Elle remercie particulièrement
son président, Patrick Ollier, et son rapporteur, Jean-Paul Charié.
La ministre n'en est pas moins ouverte à une discussion sur la modernisation
de la loi de 1981, qui a du reste connu plusieurs évolutions importantes
depuis son adoption.
Elle estime que cette discussion pourrait avoir lieu dans le cadre du Conseil
du livre qui doit être prochainement installé, et qui comprend
des parlementaires parmi ses membres. Elle souhaite naturellement y associer
les parlementaires auteurs des amendements.