Avec Klaus Michael Grüber disparaît un énigmatique
et légendaire metteur en scène de théâtre et d’opéra,
l’un des artistes les plus impressionnants de notre temps, celui dont
chaque spectacle a forcé le respect, celui avec qui chaque acteur a
rêvé de jouer.
Toute sa vie, Klaus Michael Grüber a tenté d’élargir
les frontières du théâtre, de briser les conventions,
de refuser les compromis. Créateur nomade et secret, il a travaillé
en France, en Italie ou en Allemagne, son
pays d’origine, tout en restant fidèle à ses collaborateurs
: les peintres Arroyo et Aillaud, le dramaturge Pautrat.
Il a fait ses débuts de metteur en scène chez Giogio Strehler
au Piccolo Teatro de Milan. A partir de 1972, aux côtés de Peter
Stein, il a porté au zénith la Schaubühne de Berlin et
ses acteurs dont Bruno Ganz et Jutta Lampe et c’est en 1975 que la France
le découvre avec un Faust-Salpêtrière présenté
dans la chapelle de l’hôpital Saint-Louis.
Explorateur des marges et des limites du théâtre, il a souvent
choisi de mettre en scène des poètes comme Hölderlin. Capable
de faire chanter l’eau sur une scène d’opéra, son
extrême sensibilité éclatait sur les plateaux lyriques,
où ses mises en scène sublimaient toujours la musique qu’il
servait avec respect et ferveur.
Klaus Michael Grüber était un artiste et un homme d’une
élégance rare, dont l’humanité faisait de chaque
mise en scène une rencontre, une histoire d’amour. Le manque
qu’il laisse aux artistes qui l’ont connu et ceux qui auraient
tant voulu le connaître, est immense.