J'apprends avec tristesse la disparition d'Alain Robbe-Grillet.
Jouant avec le feu, la langue et les images, des Gommes à La Jalousie,
il n'aura cessé de subvertir les codes du roman traditionnel, délivrant
à jamais celui-ci de ses pesanteurs et de ses conventions. Véritable
révolutionnaire de la littérature, il n'a rien tant aimé
que la désobéissance. Dans chacun de ses romans, conçus
comme des labyrinthes, des chambres d'énigmes, il a offert à
ses lecteurs, avec une grande maîtrise et une merveilleuse ironie, le
plaisir des glissements progressifs du sens, leur permettant de penser, d'imaginer
et d'inventer à leur tour.
Artisan passionné d'un nouveau cinéma, il a su mettre en scène,
dans ses propres films, le mensonge, la poursuite d'une impossible vérité,
la volupté et tous les jeux du désir.
Je tiens à saluer celui qui, pape du nouveau roman et élu à
l’Académie française, est resté jusqu'au bout un
rebelle raffiné, un écrivain sans autre loi que celle du style,
qui éclaire encore aujourd'hui notre littérature.