Le projet de loi relatif aux archives, présenté
au nom du Gouvernement par Christine Albanel, ministre de la Culture et de
la Communication, a été adopté cette nuit en première
lecture par l’Assemblée Nationale après avoir été
examiné par le Sénat le 8 janvier dernier.
Dans son discours introductif la ministre a évoqué les échanges
« très constructifs » au sujet de ce texte entre le Gouvernement
et le Parlement, notamment avec le rapporteur de la commission des lois de
l’Assemblée Nationale, le député François
Calvet. La ministre a considéré que le projet réalise
désormais, après son examen par les deux chambres, « un
équilibre harmonieux entre les besoins exprimés par les chercheurs
et le grand public, et la protection des intérêts relatifs à
la vie privée des personnes et à la sûreté de l'État
».
Le texte comporte trois aspects principaux, autour desquels se sont focalisés
les débats.
En premier lieu, il opère une très large ouverture de tous les
fonds d’archives.
D’abord, la communicabilité immédiate des archives publiques
à toute personne qui en fait la demande devient le principe, et l’existence
de délais de communication pour les documents qui mettent en cause
certains secrets protégés par la loi, l’exception.
Le projet supprime ainsi le délai minimum incompressible de trente
ans pour toutes les archives publiques, posé depuis 1979.
Ensuite, les nouvelles dispositions adoptées par les députés
réduisent dans des proportions très sensibles le nombre et la
durée de tous les délais de communication.
Ainsi, les documents aujourd’hui soumis à un délai 100
ans seront désormais accessibles à l’issue d’une
période de 75 ans, ce qui représente « un gain d’une
génération », souligne Christine Albanel. Il s’agit
des recensements de l’INSEE, des minutes et répertoires des officiers
publics ou ministériels, des dossiers judiciaires et des registres
de naissance et de mariage de l’état civil ; les registres de
décès, qui obéissent également au délai
de 100 ans, deviennent immédiatement communicables.
Pour leur part, les documents dont le délai de communicabilité
est actuellement de 60 ans seront disponibles passés 50 ans : il s’agit
notamment des documents couverts par le secret des délibérations
du Gouvernement, de la défense nationale ou par le secret en matière
commerciale et industrielle, mais aussi des archives qui se rapportent à
la conduite des relations extérieures, à la sûreté
de l’Etat et à la sécurité publique, ou encore
à la monnaie et au crédit public. Il s’agit aussi des
documents qui mettent en cause la vie privée ou qui contiennent un
jugement de valeur ou une appréciation sur une personne identifiable,
dont le Sénat avait décidé d’allonger le délai
d’accès à 75 ans ce qui revenait, de fait, à refermer
des fonds d'archives déjà ouverts puisque accessibles après
60 ans.
Enfin, les délais exceptionnellement longs actuellement prévus
pour les dossiers de personnel et pour les documents médicaux, respectivement
de 120 et 150 ans après la naissance de l’intéressé,
sont ramenés à 75 et 120 ans.
Ne resteront par conséquent incommunicables que les
seules archives « dont la divulgation pourrait permettre de concevoir,
de fabriquer, d'utiliser ou de localiser des armes de destruction massive,
nucléaires, biologiques, chimiques ou bactériologiques »,
souligne Christine Albanel. En effet, après avoir envisagé la
même incommunicabilité pour les documents susceptibles de mettre
en cause « la sécurité des personnes », la ministre
s’est rangée à la solution proposée par le rapporteur
du texte à l’Assemblée Nationale : un délai de
100 ans, assorti d’une définition des archives concernées
qui en réduit le champ d’application au strict minimum.
En deuxième lieu, le projet donne un cadre juridique à la collecte
des archives des Présidents de la République, des Premiers ministres,
des ministres et de leurs collaborateurs avec la consécration des «
protocoles de versement », qui permettent de définir les modalités
de consultation de ces archives en accord avec les autorités qui les
ont produites. Le projet prévoit toutefois que les protocoles conclus
à l'avenir cesseront de produire leurs effets au décès
de leurs signataires et que les protocoles déjà signés
expireront vingt-cinq ans après le décès de ceux-ci.