Le prix Nobel de littérature vient d'être attribué à
Doris Lessing et je m'en réjouis.
C'est une très grande romancière que les Français lisent
et admirent depuis le Carnet d'or, cette merveilleuse confession d'une femme
qui s'affranchit de tous les liens et de toutes les images anciennes.
L'enfance africaine de l'auteur a déterminé son indignation
face à l'iniquité raciale et aux blessures des plus humbles.
Son oeuvre traduit cet état d'alerte d'une conscience sensible à
tous les déchirements du monde. Doris Lessing s'est élevée
avec audace contre tous les dogmes qui entravent la liberté de l'individu
ou d'un peuple, et, fière de son indépendance, n'a pas voulu
se laisser enfermer dans la cause féministe dont elle a pourtant
été considérée comme l'une des pionnières.
Forte de la sagesse que confère la connaissance de soi-même,
elle s'est émancipée des lois autobiographiques pour s'adonner
à la fiction où elle oppose à toutes les rigueurs morales
son bonheur de la provocation et son goût du défi.