Alberto Santos-Dumont occupe une place de -premier plan parmi les
-pionniers de l’aéronautique, -passant avec autant de
succès de l’aérostation à l’aviation.
Personnalité originale et médiatique, il a joué
un rôle décisif pour faire de Paris la capitale de l’aviation
-pendant la première décennie du XXe siècle.
En 1901, il remporte le prix Deutsch de la Meurthe qui récompense
le premier aéronaute qui réussit, en moins de 30 minutes,
à contourner la tour Eiffel en dirigeable, à partir
du parc d’aérostation de l’aéro-club de
France à Saint-Cloud. Ses vols de 1906, à bord de son
aéroplane 14 bis, sont les premiers vols soutenus accomplis
en Europe, les premiers exécutés devant un public et
officiellement contrôlés.
Né le 20 juillet 1873, Alberto Santos-Dumont est le septième
enfant issu du mariage d’Henri Dumont, ingénieur brésilien
d’origine française, avec dona Francisca dos Santos,
la fille d’un notable de souche portugaise. Tout jeune, il est
emerveillé par les machines à vapeur ramenées
d’Angleterre et utilisées dans la plantation de café
familiale. Inspiré par les ouvrages de Jules Verne, dont il
est un fervent lecteur, il construit des petits modèles d’aéroplanes.
À dix-huit ans, son père décide de l’émanciper
et, après lui avoir remis sa part d’héritage,
l’encourage à poursuivre des études d’ingénieur,
dans la voie qu’il a lui-même suivie. En 1892, Santos-Dumont
s’installe à Paris, la ville qui lui semble la mieux
adaptée pour cet apprentissage. C’est en 1897, en lisant
un ouvrage relatant la tentative du savant suédois Andrée
pour survoler le pôle Nord, qu’il découvre les
travaux de Lachambre et Machuron, ingénieurs spécialisés
dans la fabrication des ballons. Il fait son premier vol avec Machuron
; émerveillé par l’aventure il commande aux deux
constructeurs un ballon de 180 m3, préférant l’utilisation
de soie japonaise plus légère à celle du taffetas
ou de la soie lourde. À cette époque, le problème
de la dirigeabilité des aérostats n’était
pas réglé, malgré les progrès réalisés
par Henri Giffard – qui avait construit un dirigeable à
vapeur en 1852 – ainsi que par les frères Tissandier
et Charles Renard qui utilisaient la propulsion électrique.
Santos-Dumont s’engage donc avec détermination dans la
construction d’un dirigeable en utilisant, pour la première
fois en France, un moteur à explosion. Entre 1898, année
au cours de laquelle il réalise ses premières ascensions
avec un ballon de sa conception, et 1908, Santos-Dumont réalise
seize exemplaires de dirigeables dont certains vont connaître
des fins funestes.
Esprit inventif, doté d’un grand courage physique, il
ne confie à personne d’autre que lui-même le soin
de tester ses innovations. Grâce à sa fortune, il peut
se permettre de multiplier les prototypes en s’appuyant sur
un personnel qualifié. Passionné de mécanique,
il conçoit, participe à la réalisation et teste
toutes ses machines. Il expérimente différentes configurations
pour résoudre les problèmes de rigidité et de
direction des -dirigeables. Sa persévérance trouve sa
récompense le 19 octobre 1901, lorsqu’il remporte le
prix Deutsch de la Meurthe.
Après cet exploit, Santos-Dumont va s’attacher à
construire une machine encore plus légère et économique
: c’est la n° 9 surnommée « la baladeuse »,
avec laquelle il multiplie les exploits insolites qui le font connaître
du Tout-Paris. Après un voyage au Brésil, où
il reçoit un accueil triomphal, Santos-Dumont reprend ses recherches,
accumulant les projets et construisant de -nouveaux modèles
d’essais. À partir de 1904, il s’intéresse
à l’aviation. Il conçoit notamment un petit planeur
monoplan et un hélicoptère à deux hélices
contrarotatives dont il fait construire un modèle à
grande échelle animé par un moteur de 26 ch.
Au moment où il s’engage dans cette nouvelle voie, aux
États-Unis, les frères Wright ont déjà
exécuté leurs premiers vols avec un aéroplane
à moteur. En France, le capitaine Ferber, Voisin et Blériot
poursuivent avec acharnement leurs essais avec des planeurs. Santos-Dumont
adapte à sa manière la formule inspirée du cerf-volant
cellulaire de l’Australien Hargrave que l’Américain
-Chanute a fait connaître des deux côtés de l’Atlantique.
Travaillant en marge du groupe de pionniers français, Santos-Dumont
va réussir le premier à voler avec une machine de sa
conception. Comme les frères Wright et les frères Voisin,
il utilise la « formule canard », considérée
comme plus sûre que la formule classique, la gouverne de profondeur
étant placée à l’avant de l’appareil.
Santos-Dumont, concepteur et expérimentateur, ne craint pas
de mettre en jeu sa propre vie. Pour tester son appareil, il utilise
le dirigeable n° 14 comme véhicule porteur.
En 1906, le premier vol des frères Wright n’est toujours
pas reconnu en Europe et deux prix sont créés pour encourager
les premiers vols au moyen d’un plus lourd que l’air.
Ernest Archdeacon, aéronaute fortuné, offre 3 000 francs
à celui qui volera le premier sur 25 mètres et l’aéro-club
de France 1 500 francs pour un vol de 100 mètres. La première
tentative de Santos-Dumont a lieu le
13 septembre 1906 à Bagatelle en présence d’une
délégation de l’Aéro-Club. Après
un premier soulèvement de quelques mètres, le 14 bis
retombe lourdement. Très endommagé, il est ramené
à Billancourt dans l’atelier des frères -Voisin.
Le 23 octobre, à sa deuxième tentative, Santos-Dumont
vole sur 60 mètres à 3 mètres du sol, remportant
ainsi le prix Archdeacon. C’est le -premier vol contrôlé
officiellement d’un plus lourd que l’air. Le 12 novembre,
il remporte le prix de l’Aéro-club en volant sur 220
mètres.
La dernière contribution de Santos-Dumont au développement
de l’aviation est le n° 20. En 1908, alors que ses rivaux
européens prennent leur essor et que Wilbur Wright, arrivé
en France, remporte un succès considérable en réalisant
des vols de plusieurs dizaines de kilomètres, il s’attache
à construire un petit monoplan dont l’élégance
lui valut le surnom de « Demoiselle ». En 1909, la minuscule
« Demoiselle » fait sensation, exposée au Grand
Palais, dans le hall de l’aéronautique, à côté
du Voisin, du Farman, du Wright et du Blériot. Désintéressé,
Santos-Dumont abandonne ses droits de licence et la « Demoiselle
» sera réalisée par différents constructeurs
en quelques dizaines d’exemplaires en France et à l’étranger.
C’est aux commandes de cet avion léger, proche de nos
ULM modernes, que certains de nos as de la Grande Guerre, comme Roland
Garros, feront leur apprentissage.
Christian Tilatti
conservateur du Musée de l’air et de l’espace