Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre
chose. Je la tiens pour essentielle à l’homme autant
que les battements de son cœur. »
Ces mots empreints de militantisme poétique ont été
écrits par Pierre Seghers, poète, essayiste, parolier,
éditeur, passeur de cultures et de mémoires, qui consacra
sa vie à la poésie. Pierre Seghers, né en 1906
d’un père chimiste inventeur de papiers photographiques,
entre en littérature à l’âge de vingt-deux
ans en rencontrant le graveur et imprimeur Louis Jou alors installé
aux Baux-de-Provence. En 1938, il fonde les Éditions de la
Tour et publie son premier recueil, Bonne Espérance.
L’année suivante la guerre éclate, précipitant
le jeune poète vers son destin : mobilisé à Nîmes,
Pierre Seghers crée la revue Poètes
casqués (P.C. 39), dont le premier abonné se
nomme Louis Aragon, puis Poésie 40,
qui rallie les poètes engagés dans la Résistance.
En mai 1944, le premier ouvrage de la collection « Poètes
d’aujourd’hui », consacré à Paul Éluard,
sort des presses de l’imprimerie du Salut
public à Lyon. Ami des horizons lointains, le capitaine
des éditions Seghers affrète bientôt un nouveau
bateau. Son nom ? « Autour du monde ». Sa vocation ? Explorer
les terres inconnues de la poésie universelle. De Pablo Neruda
à Fernando Pessoa, de la Chine au Gröenland, Pierre Seghers
publiera de son vivant près de deux mille poètes du
monde entier.
Cette prodigalité ne l’empêchera pas de mener à
bien une œuvre personnelle de premier ordre. Dans les années
soixante-dix, l’éditeur, qui a cédé sa
maison à Robert Laffont, rédige La Résistance
et ses poètes, puis adapte en -français les trois grands
poètes de la Perse : Saadi, Hafîz et Khayyam. Fondateur
de la Maison de la poésie de la ville de Paris, inaugurée
en 1983, il poursuit son œuvre poétique, avec Poèmes
pour après et Éclats, où s’exprime son
parti pris de bonheur et de vitalité :
« Ô mon amour, la vie s’en va, la vie s’en
vient, elle est superbe Comme une fête sur le fleuve, comme
un sentier à travers bois ».