Jean-Henri Riesener fut, avec Boulle, le seul ébéniste
de l’Ancien Régime dont le nom était encore connu
au XIXe siècle, de Balzac par exemple. Comme beaucoup d’ébénistes
parisiens des XVIIe et XVIIIe siècles, c’était
un émigré -rhénan. Fils d’un menuisier
en sièges, il naquit à Gladbeck (Rhénanie du
Nord – Westphalie). Il fut formé à Paris dans
les années 1750 par son compatriote bien connu, Jean-François
Oeben, fournisseur de la marquise de Pompadour, installé à
l’Arsenal. D’Oeben, Riesener retint notamment le goût
des meubles mécaniques et l’art de la marqueterie de
fleurs. Il ne devait quitter l’Arsenal qu’à l’extrême
fin de sa vie. En effet, après la mort d’Oeben, il dirigea
son atelier grâce à l’appui de sa veuve, sœur
de l’ébéniste Roger Vandercruse La Croix, qu’il
épousa en 1767 et dont il eut un fils, le peintre portraitiste
Henri-François Riesener. Jean-Henri devint maître en
1769, année durant laquelle il livra à -Versailles le
célèbre bureau à cylindre de Louis XV commencé
par Oeben en 1760 (Versailles). En 1774, il succéda à
Gilles Joubert comme ébéniste du Garde-Meuble de la
Couronne, fonction qu’il remplit avec succès jusqu’en
1784. Il fut alors remplacé par Guillaume Benneman, en partie
pour des raisons d’économie, mais continua à travailler
pour Marie-Antoinette. Il jouissait aussi d’une abondante clientèle
privée. La Révolution brisa la carrière de Riesener
dont les dernières années pâtirent de difficultés
financières.
Riesener était comme Boulle ou Cressent un véritable
créateur de formes et de décors. Il a forgé un
style qui lui est propre et qui est immédiatement -identifiable.
La répartition des surfaces en trois compartiments constitue
l’un de ses traits les plus caractéristiques, qu’il
s’agisse de façades de commodes, de cylindres de bureaux
ou de ceintures de tables ; le compartiment central est -toujours
fortement marqué. Riesener a exécuté parallèlement
des meubles sobrement couverts d’un placage de magnifiques acajous
et des meubles très décorés. Dans le domaine
du décor, il s’est d’abord servi d’une mosaïque
de « rosettes » inscrites dans des octogones, qu’il
a remplacées vers 1784 par un -frisage de losanges en sycomore
teint appelé à l’époque « satiné
gris », ces -différents fonds encadrant d’admirables
tableaux en marqueterie – vases de fleurs ou trophées.
Les meubles de Riesener sont accompagnés de bronzes dorés
éblouissants par la qualité de la ciselure, exécutés
sous sa direction, sur lesquels les motifs néoclassiques à
la mode sont tempérés par l’abondance des chutes
et des guirlandes de fleurs.
La production subsistant de Riesener est considérable et, bien
des meubles royaux ayant été vendus pendant la Révolution,
enorgueillit les musées du monde entier. Il faudrait citer
beaucoup d’œuvres majeures, telles les deux plus monumentales
: la commode de la chambre des petits appartements de Louis XVI à
Versailles (1775 ; Chantilly), rythmée par quatre cariatides
en bronze, sur laquelle l’ébéniste dut remplacer
le décor monarchique sous la Révolution, et l’armoire
à bijoux de la comtesse de Provence (vers 1780 ; coll. de S.
M. la reine d’Angleterre), surmontée d’un groupe
d’enfants en bronze -soutenant les armes de la princesse, que
George IV acheta en 1825.
Ce fut pour Marie-Antoinette que Riesener créa ses œuvres
les plus harmonieuses ou les plus audacieuses, dans les dernières
années de l’Ancien Régime : l’ensemble de
meubles en « satiné gris », si élégants,
de ses petits appartements des Tuileries (1784), dont une commode,
un bureau à cylindre et une table de nuit sont conservés
au Louvre et une table de toilette au Petit -Trianon ; les trois commodes
et les deux encoignures en acajou, majestueuses, exécutées
pour son salon des nobles de Versailles (1786), qui ont en partie
repris leur place ; la commode et le secrétaire en laque du
Japon, matériau -rarement utilisé par Riesener, de ses
appartements de Saint-Cloud (New York) ; ou, plus précieux
encore, le bureau à cylindre et la table à ouvrage plaqués
de losanges de nacre, qui ont aussi retrouvé leur destination,
le boudoir de la Reine à Fontainebleau.
Les meubles de Riesener influenceront la production néo-Louis
XVI du second Empire.
Par la créativité de son œuvre comme par son rôle
historique Riesener occupe une place éminente dans l’évolution
du mobilier français.